Un bain occupe une place centrale dans la pièce Fièvre, mettant en vedette une jeune femme dépressive (Carolanne Foucher) et son meilleur ami qui cherche à l’aider (Vincent Michaud).

Fièvre: Bain de tristesse

CRITIQUE / Pour le lancement de sa saison automnale, Premier Acte fait le pari d’aborder un thème dans l’air du temps, la maladie mentale. «Fièvre», sur un texte et une mise en scène de Rosalie Cournoyer, se fait toutefois déconcertante avec son approche souvent expérimentale et qui, la plupart du temps, laisse l’émotion en rade.

La pièce se déroule dans une salle de bain aux carreaux blancs immaculés, certains fissurés, à l’image de ce qui va se jouer sous nos yeux. Au centre de la scène, une baignoire qui devient le lieu de confidences (et de crises) d’une jeune fille jamais nommée (Carolanne Foucher) et de son ami/amant gai (Vincent Michaud) qui cherche à l’extirper d’une dépression dont elle ne voit pas la fin.

Le mal de vivre de la protagoniste, qui se fait guillerette à l’occasion pour sauver les apparences, est profond. Incapable de mettre le nez dehors, même en cette journée d’anniversaire supposée joyeuse, c’est seulement dans les eaux de son bain qu’elle trouve un semblant d’apaisement. Parce qu’elle peut flotter. Le reste du temps, dans sa vie personnelle, elle passe son temps «à caler». Intéressante métaphore.

Au-delà de la compassion dont il est impossible de faire abstraction dans les circonstances, la pièce comporte son lot d’écueils qui empêchent le spectateur de communier totalement au drame qui se joue. La (trop) longue introduction silencieuse, à un personnage, n’aide en rien à se mettre - attention jeu de mots - dans le bain. L’investissement émotif reste minime face à cette réflexion sur la relation d’aide qui s’embarrasse ici et là, histoire d’alléger l’ambiance, de gags superflus et parfois ratés.

La chimie entre les deux jeunes comédiens ne coule pas toujours de source. On note des passages surjoués qui n’aident en rien à la bonne marche du récit. En revanche, Carolanne Foucher sait se montrer troublante dans un épuisant passage lacrymal où elle fait étalage de tout ce qui va mal dans son existence.

Ce ballet mélancolique se déploie sous les notes de la pianiste Rébecca Marois, dont seul le visage apparaît tout au long de la pièce, derrière un miroir. Si quelques projections vidéos s’avèrent originales dans la scénographie, il en va autrement de celle où le personnage masculin avoue un faible pour les femmes d’âge mûr. On cherche encore le pourquoi du comment.

Au final, cette pièce qui cherche à faire œuvre utile atteint son objectif à moitié, dommage.

Fièvre est présentée à Premier Acte jusqu’au 12 octobre.

Vincent Michaud (à l'arrière-plan) et Carolanne Foucher, les deux protagonistes de la pièce «Fièvre».