Richard Therrien
Des membres de la troupe de danse District5, de Trois-Rivières.
Des membres de la troupe de danse District5, de Trois-Rivières.

Fête nationale sans public: le party a levé! [PHOTOS]

CHRONIQUE / On n'allait pas hériter d'un show de la Saint-Jean à rabais, oh non. La version distanciée de notre fête nationale a finalement donné lieu à un spectacle grandiose, Tout le Québec à l'unisson, à l'Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières. Même sans les grands drapeaux qui flottent parmi la foule, les fêtards qui reprennent par cœur les paroles des chansons, les enfants sur les épaules de leurs parents. Il n'y a pas de doute, même sans tout ça, le party a levé!

«Ce soir, malgré le grand vide, on ressent une grande force, une grande présence, on vous sent ici avec nous», a lancé Ariane Moffatt, qui coanimait la soirée avec Pierre Lapointe. Un duo hors pair, qui avait déjà fait ses preuves l'année dernière. Dans ce spectacle diffusé mardi soir sur les quatre grands réseaux, et produit par Sylvain Parent-Bédard, la touche magique du metteur en scène, directeur artistique et réalisateur Jean-François Blais a opéré de façon magistrale. Je n'ai pas compté, mais il y en avait du monde. Des artistes heureux de prendre d'assaut une scène qui leur a tant manqué, pas du tout refroidis par l'absence de public, dans un judicieux alignement de chansons, des classiques aux succès récents. Oubliez les successions (trop souvent) ordinaires de chansons en solo ou en duo des précédents spectacles; on avait plutôt affaire à des numéros de grande envergure, tirant profit du visuel au maximum. Et on passait tout naturellement du spectacle sur scène aux séquences tournées à l'extérieur. À aucun moment, je n'ai véritablement senti la distanciation physique.

Dans le choix des chansons, on y est allé d'audace pour nous surprendre. Un Roch Voisine généreusement barbu, venu chanter Bobépine, oui, Bobépine, du grand Plume. Deux membres de Beau Dommage, Michel Rivard et Marie-Michèle Desrosiers (particulièrement en voix!), venus reprendre leurs vieux hits, quel bonheur. Repartir à zéro, du répertoire de Joe Bocan, prenait une tout autre dimension, reprise par toutes ces voix. Et cette mosaïque de choristes accompagnant virtuellement Lara Fabian dans Humana.

Coiffé d'oreilles de lapin, Hubert Lenoir a offert un splendide duo avec Pierre Lapointe.

L'Amphithéâtre Cogeco n'aura jamais eu si belle gueule que mardi soir. Vu des airs, encore plus. Ces images aériennes étaient tout simplement éblouissantes, spectaculaires, offrant un merveilleux point de vue sur la ville et le confluent de la rivière et du fleuve. Cette scène, vraiment immense, aurait pu paraître vide; elle était au contraire habitée pleinement, par les artistes mais aussi par des éléments visuels flamboyants, jusque sur le parterre vide. J'y aurais ajouté des drapeaux, un peu de bleu et de fleurs de lys. Après tout, c'est la fête nationale du Québec.

Fred Pellerin est doué pour nous émouvoir, il l'a prouvé une fois de plus mardi, avec ses réflexions toujours à propos: «On est les privilégiés de l'histoire, on est au commencement du monde». Dans une soirée qui ne manquait pas de diversité, David Goudreault nous a slamé «l'histoire du 8,4 millions de Québécois» avant de scander plus tard: «Pour moins de racisme, plus de justice». Marie-Mai, Ariane Moffatt et Coeur de pirate ont formé un puissant trio avec des chansons qui allaient droit au cœur, dont Exister, du répertoire de Marie-Mai, qui prenait l'ampleur d'un hymne à la renaissance. Coiffé d'oreilles de lapin, Hubert Lenoir a offert un splendide duo avec Pierre Lapointe, Pour déjouer l'ennui, avant d'enchaîner avec l'entraînante Ton hôtel. «Avoir l'opportunité de changer le monde et ne rien faire, pourquoi?» était-il écrit sur son t-shirt. Bonne question!

Richard Séguin, entouré de tous les artistes du spectacle pour la rassembleuse <em>Quand on ne saura plus chanter</em>.

La contribution virtuelle, notamment des orchestres durant la prestation magistrale de Diane Dufresne, était parfaite; l'enregistrement permettait de mettre en valeur des images souvent malmenées sur nos écrans ces derniers mois. Y'a pas grand chose dans l'ciel à soir de Paul Piché s'est conclue littéralement en feux d'artifice. Y'avait finalement beaucoup à voir dans le ciel hier soir.

Dans le contexte actuel, ouverture et diversité devenaient incontournables. «Soyons juste curieux des autres et de la différence. Plus c'est mélangé, et plus on apprend les uns des autres», a dit Pierre Lapointe pour présenter Elisapie, avant de reprendre avec elle et Alexandra Stréliski l'émouvante Moi, Elsie.

On n'aura probablement jamais vu autant d'artistes sur la scène du spectacle de la fête nationale: FouKi, Mélissa Bédard, Émile Bilodeau, Gregory Charles, Yannick Nézet-Séguin, Patrice Michaud, Corneille, Les soeurs Boulay, Vincent Vallières, Isabelle Boulay, Louis-Jean Cormier, Luce Dufault, Les Trois Accords, la troupe de danse District5 de Trois-Rivières, Didier Lucien, Christine Beaulieu, sans oublier les musiciens de Jean-Benoît Lasanté.

Il ressortait de cette soirée une ferme volonté de changer le monde, jusqu'au numéro final, confié à Richard Séguin, entouré de tous les artistes du spectacle pour la rassembleuse Quand on ne saura plus chanter. L'ovation, c'est au public que l'ont réservée cette fois les artistes.

Depuis quelques années, j'ai parfois reproché au spectacle de la fête nationale de ne pas nous surprendre suffisamment, de reprendre souvent les mêmes chansons, d'être sur le pilote automatique. Il n'y avait rien de tout ça mardi; on a eu droit à une fête digne de ce nom, réjouissante et réconfortante, étonnante du début à la fin. La pandémie n'a certainement pas étouffé la créativité de nos artistes; elle l'a peut-être même nourrie et enflammée.

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Le spectacle de la fête nationale a réuni une pléiade de grands noms de la chanson québécoise.