Le Britannique Jamie Harrison a conçu les décors et les illusions de «La Flûte enchantée», une expertise qu’il a développée au sein de sa propre compagnie, Vox Motus, avec des spectacles comme «Dragon», «Bright Black» et «Slick».

Festival d’opéra de Québec: la flûte réenchantée

Figure de proue du 8e Festival d’opéra de Québec, «La Flûte enchantée», mise en scène par Robert Lepage, promet d’être enveloppée d’un voile de magie, grâce à une forme d’illusions de théâtre vieille de plusieurs siècles.

Le créateur de Québec a fait appel à l’expertise du Britannique Jamie Harrison, ex-magicien, scénographe et concepteur qui a notamment signé les effets spéciaux de la pièce de théâtre Harry Potter and the Cursed Child, en plus de signer d’impressionnantes créations visuelles avec sa propre compagnie, Vox Motus, basée en Écosse.

Dans le célèbre opéra de Mozart, le Prince Tamino (qui sera joué par Frédéric Antoun) entreprend un périple pour délivrer Pamina (Simone Osborne), la fille de la Reine de la Nuit, de l’emprise de Sarastro. Au sein de la distribution, Robert Lepage retrouve des interprètes clés, comme la soprano Audrey Luna, qu’on avait pu voir en Ariel dans The Tempest, qui jouera la Reine de la Nuit, et la basse John Relyea, qui faisait Mephisto dans La damnation de Faust et endossera le rôle de Sarastro, le grand prêtre du Royaume de la lumière. Dans la fosse, l’Orchestre symphonique de Québec sera sous la direction du chef Thomas Rösner.

La Flûte enchantée sera présentée à quatre reprises cette semaine (31 juillet, 2, 4 et 6 août) et au moment d’écrire ces lignes, il n’y avait plus aucun billet disponible sur le site du réseau Billetech. 

Le Soleil a rencontré le sympathique Jamie Harrison au Grand Théâtre, pendant les répétitions.

Q    Vous avez d’abord été magicien. Quel type de tours faisiez-vous?

R    Je suis devenu magicien professionnel à ma sortie du collège. J’ai été très chanceux, j’ai pu voyager partout dans le monde. Je faisais surtout de la micromagie, avec des cartes ou de petits objets, mais aussi des spectacles de cabaret. Je n’ai pas fait de grandes illusions avant d’en intégrer dans mon travail au théâtre et alors, c’est toujours pour supporter l’histoire. 

Q    Qu’est-ce qui vous a incité à vous tourner vers le théâtre?

R    Je n’aimais pas tellement être seul sur scène. Je suis allé suivre une formation d’acteur, mais j’ai rapidement constaté que ce qui me plaisait vraiment était d’être de l’autre côté du rideau. J’ai commencé à travailler avec Candice Edmunds, une amie très proche, à Glasgow. Au début, il n’y avait aucune magie dans nos créations, tout était très sérieux, avec beaucoup de décors modulaires et transformables. J’ai commencé à créer les scénographies, parce que nous n’avions pas les moyens d’engager quelqu’un, et j’ai vraiment aimé faire ça, parce que c’est toujours différent.

Q    Vous avez souvent travaillé avec des marionnettes, tant pour vos créations que pour le West End Theater de Londres. Cette expertise vous servira-t-elle pour La Flûte enchantée?

R    Il y a quelques années, pour un spectacle intitulé Dragon, il y avait justement un dragon de 3 mètres et plusieurs autres marionnettes plus petites. Dans un autre spectacle appelé Slick, nous avons créé des corps de marionnettes avec des têtes humaines, c’était une comédie, évidemment. Puis j’ai fait le spectacle Charlie and the Chocolate Factory avec Sam Mendes, j’ai créée les Oompa Loompa, les écureuils et toutes sortes de créatures amusantes. Pour La Flûte, nous avons créé le serpent qui est évoqué dans le livret. Il est encore plus grand que le dragon, je crois qu’il doit faire 9 mètres.

«Dragon»

Q    Vous avez aussi travaillé sur Harry Potter and the Cursed Child, où il devait y avoir beaucoup de magie?

R    Beaucoup! Je faisais la magie et les illusions pour le metteur en scène John Tiffany, avec qui j’avais travaillé auparavant et qui aimait mon style, le fait que je travaille avec la scénographie existante. J’amène de nouvelles idées qui mettent à profit des techniques anciennes utilisées à l’époque victorienne, ou qui utilisent des technologies récentes.

Q    Quelle était l’illusion la plus difficile à créer dans ce spectacle?

R    Techniquement, je ne suis pas censé en parler. Mais le truc le plus difficile était un moment appelé Polyjuice, où un personnage se transforme en un autre personnage après avoir bu une potion. Ça a pris beaucoup d’efforts, d’essais et d’expérimentations, mais nous y sommes arrivés. Ça ne pouvait pas seulement être un truc technique, il fallait que ça procure une certaine joie, un émerveillement, chez les spectateurs. 

Q    Que pourrions-nous voir de l’autre côté du rideau de La Flûte enchantée? Une fourmilière de techniciens en train de tirer les ficelles?

R    Nous utilisons une technique appelée Black Art, qui serait apparue vers la fin du XVIIe siècle en Allemagne. Nous utilisons un espace qui semble vide, mais où les gens peuvent se déplacer à l’arrière sans être vus. Donc si vous pouviez voir l’envers du décor de La Flûte, vous pourriez voir beaucoup plus de personnes que celles que le public verra.

Q    Pourquoi avez-vous décidé d’utiliser cette technique?

R    Lorsque j’ai rencontré Robert [Lepage] pour la première fois, il était déjà convaincu qu’en plus de la musique et des interprètes, La Flûte enchantée devait comprendre de la magie. Dans le texte, l’histoire, il y a beaucoup d’éléments magiques, mais la plupart du temps on se contente de les évoquer, sans les montrer.

«Slick»

Q    Quels éléments du livret vous ont servi de pierres d’assise pour les illusions?

R    À la création de cet opéra, le dernier truc en vogue pour impressionner un public était les trappes dissimulées dans le plancher du théâtre qui permettaient de faire disparaître et apparaître des interprètes. On a décidé de jouer avec ça, de faire apparaître des personnages au milieu de la scène. Il faut intégrer la magie tout doucement pour que ce soit enchanteur.

Q    Quelle place prend la technologie dans le travail que vous avez effectué pour La Flûte?

R    La part la plus importante de technologie que nous utilisons dans le spectacle est liée à la lumière. J’ai beaucoup travaillé auparavant avec le concepteur des éclairages, Simon Wilkinson, nous venons de gagner un prix commun pour Flight, le plus récent spectacle de Vox Motus [donné par les critiques de théâtre écossais, pour la meilleure conception]. 

Q    Comment votre collaboration avec Ex Machina et Robert Lepage s’est-elle développée?

R    Il y a plusieurs années, je suis venu observer la manière dont Robert travaille, pendant qu’il créait Jeux de cartes. Le fait qu’il travaille déjà avec les éclairages et certains costumes au tout début de la création a été très inspirant pour moi. Nos compagnies travaillent de manière similaire. Pendant le Festival international d’Édimbourg, en 2015, il présentait 887 et je présentais Dragon. Après avoir vu ce spectacle, il m’a dit que nous devrions faire un projet ensemble. Au fil des ans, c’est devenu La Flûte enchantée.

Q    C’est la première fois que vous travaillez sur un opéra. Qu’est-ce que la musique et le chant changent pour vous?

R    C’est une expérience très différente, fascinante à observer. Lorsqu’on conçoit un spectacle de théâtre, nous n’avons pas à penser autant à la position des interprètes. À cause du chant, ils doivent pouvoir se tenir debout et s’ancrer au sol. Heureusement, j’étais entre bonnes mains avec Robert. Nous entrons dans la partie de la création qui est la plus excitante, puisque les chanteurs arrivent. Ça produit un autre genre de magie.

Q    Pouvez-vous nous glisser un mot sur vos projets futurs?

R    Candice [Edmunds] et moi travaillons sur un très gros titre, un livre anglais très célèbre que nous adaptons depuis bientôt deux ans. Une histoire fantastique à grand déploiement, très signifiante et pertinente aujourd’hui, qui parle de qui nous sommes. Les spectacles que nous faisons avec la compagnie sont tous très différents. Flight n’a pas d’acteurs, le public se trouve devant une installation de 250 petites boîtes. Il a d’abord fallu faire un film d’animation, puis la musique, puis la construction. Nous avons appris à nous adapter aux besoins du spectacle.