«Rocketman» de Dexter Fletcher

Rocketman: la bio d'Elton John vole le show à Cannes

CANNES — Ce ne sont pas toujours les films de la compétition qui suscitent l’engouement au Festival de Cannes. Il y a quatre ans, Mad Max: la route du chaos avait déclenché une véritable frénésie. Même chose vendredi avec Rocketman — une véritable folie. Tout le monde se pressait pour pouvoir entrer dans le Grand Théâtre Lumière. Et le drame biomusical sur l’ascension d’Elton John au rang de superstar du rock a littéralement volé le show!

Déjà jeudi soir, la montée des marches avait provoqué le délire, en raison de la présence de l’extravagant musicien, en compagnie de son alter ego, Taron Egerton («c’était le meilleur jour de ma vie») et du réalisateur Dexter Fletcher, qui a livré un film à la hauteur de son sujet. S’il faut jouer les comparaisons, il a outrepassé, et de loin, Bohemian Rhapsody (il avait terminé le tournage après le renvoi de Bryan Singer).

Le réalisateur s’est heureusement libéré du carcan habituel du drame biographique, notamment prenant certaines libertés avec la réalité et en présentant les chansons pas nécessairement dans l’ordre chronologique, mais en raccord avec les états d’esprit du chanteur. Même chose sur le plan cinématographique où il se permet des délires visuels souvent splendides. Il a aussi décidé de se la jouer comédie musicale avec des mouvements de caméra savamment orchestrés et des chorégraphies colorées.

C’est une véritable explosion de sons, lumière et magie que projette à l’écran le cinéaste. Bien sûr, la vie de Reginald Dwight (son vrai nom) s’y prêtait. Le premier plan, alors qu’Elton John ouvre des portes dans un flamboyant costume de diable, donne la note : le spectateur va en avoir plein les yeux. 

Le Britannique entre en thérapie, déclinant l’impressionnante liste de ses dépendances (alcool, drogue, sexe, magasinage, name it). Un prétexte pour un retour en arrière et son enfance malheureuse avec un père rigide et distant, et une mère égocentrique. Heureusement, il y a un piano et sa grand-mère qui l’encourage.

La suite est connue : son partenariat avec Bernie Taupin (Jamie Bell), le succès, l’homosexualité, les excès autodestructeurs… Tant de solitude et de besoin d’amour.

Dexter Fletcher a eu carte blanche et il ne s’est pas gêné. «Elton voulait que ça reflète sa vie, sans rien cacher. Il nous a laissés raconter cette histoire. C’est pour ça que je pense que c’est un succès à plusieurs niveaux. Pour nous et pour lui», a-t-il soutenu en conférence de presse.

Tout n’est pas parfait. On se serait passé de l’aspect psychopop. Et faire chanter certaines parties par d’autres personnages qu’Elton n’est pas l’idée du siècle. Cela écrit, rien à dire sur les interprétations de Taron Egerton — absolument confondant dans la peau du chanteur. «C’est une lourde responsabilité que j’ai eu à assumer. Je me suis surtout préparé en passant beaucoup de temps avec lui.» Si Rami Malek a gagné l’Oscar en jouant Freddy Mercury, Egerton aura ses chances.

Rocketman est un grand film populaire, avec une réalisation audacieuse. C’est rare.

Pendant la projection, Elton John était ému aux larmes, nous a-t-on dit. Un bon indicateur...

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