Abdellatif Kechiche pendant une conférence de presse au sujet de son film, vendredi, à Cannes

Cannes: Kechiche, un film de cul

CANNES — Abdellatif Kechiche devait présenter «Mektoub my Love: canto uno» l’an passé à Cannes. On ne perdait rien pour attendre avec la suite, «Intermezzo». Le réalisateur de «La vie d’Adèle», controversée Palme d’or en 2013, livre un navet insupportable dont les trois quarts se déroulent dans une boîte de nuit, le film d’un mononcle pervers qui se sert de sa caméra en contreplongée pour filmer le cul de ses actrices court vêtues qui se trémoussent (178 plans selon le décompte d’une journaliste). Avec en prime une scène très crue de cunnilingus de 13 minutes aux toilettes et du pole dancing...

Le trèèèèèès long métrage débute avec une scène d’une demi-heure à la plage puis se poursuit en boîte, sous une musique techno assourdissante, pendant trois heures. Pas vraiment de scénario ni de dialogues, Kechiche tente l’hypnose avec ce grand n’importe quoi, qui n’a de radical que ses ridicules prétentions artistiques d’illustrer le désir de la jeunesse.

Le soir de la première, le réalisateur franco-tunisien a quitté précipitamment la salle à la fin. Une bonne idée...

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Heureusement, ce 72e festival s’est terminé sur une bonne note avec Sybil. Justine Triet a retrouvé Virginie Efira, son actrice du très bon Victoria (2016), pour cette tragicomédie sur la dérive d’une femme. En voulant aider Margot (Adèle Exarchopoulos), Sybil (Efira) va se mettre en danger, et pas à peu près.

C’est un peu dommage qu’on ait programmé ce film réussi sur tous les plans en toute fin de parcours. Il aurait mérité un meilleur sort. Autant pour l’extraordinaire prestation de Virginie Efira — toute la distribution est solide — que le talent manifeste de Triet comme réalisatrice.

J’aurai l’occasion d’y revenir quand Sybil prendra l’affiche au Québec. Mais retenez que même s’il revisite des thèmes connus (réalité/fiction, le désir, le double, etc.), le doigté de la réalisatrice permet d’emporter le morceau.