Asif Kapadia

Cannes: «Diego Maradona» — l’homme derrière le mythe

CANNES —Les Québécois sont fous du hockey, en général, et des Canadiens, en particulier. Ce qui n’est rien comparé à la passion démesurée des maniaques de football (le soccer). Pas pour rien que la salle de projection était archibondée lundi, à 8h30, pour la projection de «Diego Maradona», même si le film est présenté hors compétition. Après Ayrton Senna et Amy Winehouse, Asif Kapadia livre un autre documentaire percutant, qui dévoile l’homme derrière le mythe.

Le réalisateur britannique a gardé la même structure : des images d’archives avec, en voix hors champ, les commentaires de la garde rapprochée, de spécialistes et du principal intéressé. Le réalisateur se garde bien de tout jugement, laissant au spectateur tirer ses conclusions. Et c’est absolument passionnant, avec un personnage plus grand que nature.

Car il s’agit bien de ça dont parle le long métrage. Comment Diego, un petit gars élevé dans un bidonville de l’Argentine, se transforme en Maradona, un immense joueur de foot adulé par les foules. Trop.

Un Dieu du sport… aux pieds d’argile. Qui en payera un immense prix. Diego n’est pas un saint. Homme à femmes, dépendance à la cocaïne, il refuse même de reconnaître son fils «illégitime».

Mais il y a un contexte, sur lequel se concentre le documentaire : les années 1984 à 1991. Kapadia a pu compter sur les images tournées par des proches à l’époque — sans censure. Ce qui est absolument impensable de nos jours.

Après son transfert du FC Barcelone, Maradona arrive à Naples, avec un club qui n’a presque jamais rien gagné. Avec «un zeste de triche et beaucoup de génie», il tire l’équipe vers le haut, qui remporte deux championnats d’Italie.

La ville du Sud méprisée par l’Italie du Nord a sa revanche. Et place Maradona dans une cage dorée, surveillée par la Camorra (la mafia napolitaine). Diego étouffe. Ses déclarations fracassantes, et son succès, commencent à le rendre antipathique.

Puis arrive la Coupe du monde de 1990. Maradona a déjà procuré un titre à son pays, en 1986, mais il en veut encore plus. En demi-finale, l’Argentine affronte l’Italie… à Naples. Et triomphe. Un vrai crime de lèse-majesté. Maradona perd tous ses soutiens. On le traîne en justice pour sa consommation, puis il est suspendu pour un an après avoir échoué à un test antidopage (à la cocaïne).

Sans football, l’homme n’est plus rien. Il amorce une spectaculaire descente aux enfers, dont il ne s’est jamais vraiment remis.

Pas besoin d’être maniaque du ballon rond comme mon fils de 11 ans pour apprécier le Diego Maradona de Kapadia. Le film en dit autant sur un personnage hors norme que l’époque où il était au faîte de sa gloire.

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.