Arts et spectacles

Cannes : Un palmarès qui ne fera pas l’unanimité

CANNES — Le palmarès de la 72e édition du Festival de Cannes ne fera pas l’unanimité. Si la Palme d’or attribuée à Bong Joon-ho pour le formidable «Parasite» est pleinement méritée, certains prix remis par le jury sous la présidence d’Alejandro González Iñárritu, sont très discutables, à commencer par le Grand prix obtenu par «Atlantique».

Il ne s’agit que de l’opinion de neuf personnes dans le monde, a tenu à rappeler le président Iñárritu. Peu importe si vous êtes d’accord, la bonne nouvelle, c’est que «les œuvres vont vivre à jamais», a déclaré le réalisateur mexicain.

Cinéma

Cannes: Prix coup de cœur pour Monia Chokri

CANNES — Monia Chokri a remporté le prix coup de cœur du jury pour La femme de mon frère, ex æquo avec The Climb de Michael Angelo Covino, dans la section Un certain regard du 72e Festival de Cannes.

Le premier long métrage de la réalisatrice et actrice québécoise, présenté en ouverture, repose sur Sophia (Anne-Élisabeth Bossé) qui, à 35 ans, se retrouve en pleine crise existentielle et qui doit aller vivre chez son frère psy Karim (Patrick Hivon). 

Leur relation fusionnelle est mise à rude épreuve lorsque le séducteur tombe amoureux d’Eloïse (Evelyne Brochu), la gynécologue qui vient tout juste de réaliser le deuxième avortement de sa sœur... La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karim Aïnouz a remporté le prix Un certain regard.

Le film prendra l'affiche au Québec le 7 juin prochain.

Cinéma

Xavier Dolan a-t-il une chance pour la Palme d’or?

CANNES — Xavier Dolan est reparti couronné à ses deux premières présences en compétition. Le Prix du jury 2014 pour «Mommy» (qui méritait mieux) et le Grand prix 2016 pour «Juste la fin du monde». Après l’équivalent du bronze et de l’argent, la Palme d’or représente l’étape logique. A-t-il une chance?

Je le constate aisément sur les réseaux sociaux et dans les réactions de nos lecteurs : l’intérêt au pays est décuplé lorsqu’un Québécois est en lice pour la compétition. Voire présent à Un certain regard, comme Monia Chokri cette année pour La femme de mon frère, ou encore dans une section parallèle.

Cinéma

Stallone à Cannes: confidences d'une star toujours en action

CANNES — «Rocky», «Rambo», mais aussi Schwarzennegger, Belmondo et... Bruce Springsteen : célébré par le Festival de Cannes vendredi, la star Sylvester Stallone, 72 ans, a fait le show en évoquant ses souvenirs durant sa classe de maître, devant un public qui lui a réservé un triomphe.

Rocky

«Les producteurs voulaient Burt Reynolds, Robert Redford. Ils auraient préféré un kangourou plutôt que moi. On a tourné le film en 25 jours pour moins d'un million de dollars. Tout le monde travaillait gratuitement. Le cadreur n'avait rien filmé auparavant. Tout était voué à l'échec. Mais à l'écran il y a Rocky, cet homme solitaire qui renaît en rencontrant une femme. À l'époque en 1976 aux États-Unis, le climat était tendu, très politique. Et moi, naïf je fais ce film optimiste, qui annonçait le changement à venir.»

Tortues

«Les deux tortues du premier Rocky sont toujours en vie. Elles doivent avoir 55 ans. Ce sont mes seules amies aujourd'hui, les autres sont morts!»

Les fameuses marches

«Rocky qui monte en courant les fameuses marches [du Philadelphia Museum of Art] symbolisait le dépassement de soi. Il y a une scène que j'ai coupée où il échoue à grimper les marches en portant son chien, qui était vraiment costaud et lourd. À la fin, j'avais les jambes qui tremblaient dans toutes les directions!»

Rambo

«Personne n'en voulait. Le personnage est sauvage, mais c'est aussi un homme brisé qui revient chez lui et est rejeté. Ce film n'a rien de politique, c'est un récit sur l'aliénation. Ces vétérans ont subi des dégâts psychologiques énormes. Rambo est une machine à tuer, mais je ne pouvais le réduire à ça. Donc j'ai fait en sorte qu'il exprime sa solitude, sa peine, pour susciter l'empathie.»

Tootsie

«Après Rocky, j'ai vite su que j'étais limité en tant qu'acteur à cause de mon physique. Si j'avais voulu être Tootsie et si Dustin Hoffmann avait joué Rambo, ça n'aurait pas marché.»

Diction

«Bébé, j'ai eu une [paralysie faciale partielle] qui m'a causé un défaut de prononciation. D'ailleurs, quand j'ai commencé à tourner dans des pubs, le réalisateur ne comprenait pas ce que je disais. Quand j'y repense, je me dis qu'Arnold [Schwarzennegger] et moi, on devrait ouvrir une école de diction!»

Belmondo

«Jean-Paul [qui lui a offert une photo de lui dédicacée], je l'aime beaucoup. J'ai voulu faire un remake de Borsalino avec Kurt Russell, mais ça n'a jamais abouti.»

Rocky IV

«Je voulais un acteur qui serait géant pour suggérer un combat déséquilibré. Quand Dolph Lundgren s'est présenté, je l'ai détesté. Preuve qu'il était parfait pour Ivan Drago. Le combat a été tourné en deux mois. Je le voulais violent et j'ai été servi. On s'est vraiment tapés dessus. Il m'a mis un coup de poing au coeur qui m'a envoyé en soins intensifs pendant quatre jours. Les médecins ont cru que j'avais eu un choc en voiture.»

Regrets

«J'en ai, notamment pour des choix que j'ai faits. Ma fille m'a souvent demandé pourquoi j'ai joué dans des films si minables!»

Copland

«Pour ce film, je me suis dit "c'est l'occasion de faire autre chose". J'ai pris du poids, j'ai travaillé mon langage corporel. Je voulais me tester, voir si j'allais me hisser au niveau de Robert De Niro et Harvey Keitel.»

Arnold

«Schwarzennegger et moi on était rivaux, évidemment. Moi j'ai besoin de détester quelqu'un, ça me stimule. On est quand même devenus amis et dû attendre 35 ans pour nous réunir au cinéma dans Les sacrifiés. Avant, on n'avait jamais réussi à se mettre d'accord.»

Cobra

«Dans ma tête, j'imaginais Bruce Springsteen avec un fusil. Ce personnage était génial, mais je l'ai raté.»

Rocky Balboa

«Après l'échec de Rocky V, j'étais déprimé. Ma carrière s'effritait, personne ne me rappelait. Les producteurs ne voulaient pas d'un sixième Rocky. Dans cet épisode, il y a la boxe, mais surtout le chagrin, ce personnage qui redevient seul à la mort de sa femme. Comment gérer ça? Je voulais raconter ce vide. Ce film a été plus difficile à monter que le premier. Ça a été le point d'orgue de ma vie d'artiste.»

Cinéma

Cannes: Kechiche, un film de cul

CANNES — Abdellatif Kechiche devait présenter «Mektoub my Love: canto uno» l’an passé à Cannes. On ne perdait rien pour attendre avec la suite, «Intermezzo». Le réalisateur de «La vie d’Adèle», controversée Palme d’or en 2013, livre un navet insupportable dont les trois quarts se déroulent dans une boîte de nuit, le film d’un mononcle pervers qui se sert de sa caméra en contreplongée pour filmer le cul de ses actrices court vêtues qui se trémoussent (178 plans selon le décompte d’une journaliste). Avec en prime une scène très crue de cunnilingus de 13 minutes aux toilettes et du pole dancing...

Le trèèèèèès long métrage débute avec une scène d’une demi-heure à la plage puis se poursuit en boîte, sous une musique techno assourdissante, pendant trois heures. Pas vraiment de scénario ni de dialogues, Kechiche tente l’hypnose avec ce grand n’importe quoi, qui n’a de radical que ses ridicules prétentions artistiques d’illustrer le désir de la jeunesse.

Cinéma

Cannes: justice pour tous!

CANNES — Xavier par ci, Xavier par là… Un peu plus et j’en oubliais la compétition. Et en même temps, qui est la vedette de «Roubaix, une lumière»? Léa Seydoux. Et qui jouait dans «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan? La belle actrice, évidemment. On n’y échappe pas. Blague à part, les deux longs métrages vus aujourd’hui avaient en commun la justice. Autant celle qui s’exerce auprès de marginaux que de la mafia. Deux quêtes de vérité, au fond.

Le titre ici fait référence au quatrième album de Metallica, … And Justice for All — qui sont incidemment les quatre derniers mots du serment d’allégeance aux États-Unis. C’est de cette égalité devant la loi dont il est question dans Roubaix..., mais aussi dans Le traître du vétéran Marco Bellocchio.

Cinéma

Cannes: Xavier Dolan, les amis d’abord

CANNES — Xavier Dolan et son équipe arboraient des mines réjouies, et des traits tirés, au lendemain de la présentation de Matthias & Maxime en première mondiale au 72e Festival de Cannes. Celles du soulagement après un accueil chaleureux. Mais aussi du plaisir de vivre ce «rêve», cette expérience magique «ensemble» pour ces amis à la vie et à l’écran. Ce film, «c’est un hommage à la force de cette amitié», a expliqué l’artiste.

Le réalisateur québécois espérait également, lorsqu’ils ont commencé à travailler ensemble sur ce projet, qu’ils pourraient partager avec eux «le vertige, le stress»qui «m’habitent depuis dix ans» sur la Croisette — et le «manque de sommeil», a lancé l’actrice Catherine Brunet sous les éclats de rire.

Cinéma

Un autre triomphe pour Xavier Dolan à Cannes

CANNES — Le Festival de Cannes a toujours été bon pour Xavier Dolan et il ne fera pas exception pour «Matthias & Maxime», chaleureusement applaudi pendant huit minutes après sa première mondiale mercredi : un autre triomphe. Le cinéaste québécois livre un drame intime sur l’identité et l’amitié, tout en retenu (pour lui), superbement réalisé et interprété.

«Ça fait 10 ans que je suis débarqué à Cannes avec J’ai tué ma mère. Depuis, ç’a été tellement enrichissant, tellement de rencontres, tellement de moments comme ceux-ci. Merci, c’est tout», a-t-il bafouillé à la fin de la projection.

Cinéma

Du Tarantino à l’état pur à Cannes [PHOTOS]

CANNES — Vingt-cinq ans jour pour jour après la présentation de «Pulp Fiction» au Festival de Cannes, Quentin Tarantino était de retour sur les lieux du crime mardi pour révéler «Il était une fois à Hollywood» (Once Upon a Time in Hollywood). Si le premier lui a permis de décrocher la Palme d’or, il serait surprenant que le deuxième, une véritable déclaration d’amour au cinéma et une ode à l’amitié, obtienne la même reconnaissance même s’il s’agit d’un Tarantino à l’état pur.

Nul doute, c’était le film le plus attendu de la Compétition de cette 72e édition. Il y avait de l’électricité dans l’air pour la montée des marches alors que le réalisateur de Reservoir Dogs traînait dans son sillage Leonardo DiCaprio, Brad Pitt et Margot Robbie. Les photographes ne se pouvaient plus, les badauds s’égosillaient… La folie furieuse.

Ce n’était guère mieux à quelques mètres de distance. Depuis les sept dernières années, je ne me souviens pas d’avoir vu une telle frénésie pour un visionnement de presse. Certains journalistes étaient en rang plus de deux heures avant le début de la projection pour s’assurer d’un accès à la salle. Du délire. Attendez à la conférence de presse de mercredi, ça va faire dur.

Est-ce que ça valait la peine de se mettre dans tous ces états? Il était une fois à Hollywood est le moins flamboyant des longs métrages du réalisateur américain. Son plus tendre aussi. Et il fait revivre une époque où le cinéma était roi (et où la télévision commençait à le déclasser dans la culture populaire).

Reste que son ambitieuse comédie noire, magnifiquement filmée, manque un peu d’air. Il faut au moins lui donner le crédit d’avoir mis en image la fin d’une époque, marquée par les cauchemardesques massacres de la bande à Charles Manson.

Cinéma

Un gars de Québec au pavillon américain à Cannes

CANNES — Lorsqu’il était ado, Laurent-Armand Lachance rêvait de Cannes. Autant pour les films que pour le glamour. «J’ai toujours voulu faire du cinéma», dit celui qui a fait un peu de figuration. Puis le p’tit gars de Sainte-Foy a étudié, est tombé en amour et a déménagé aux États-Unis, il y a 30 ans. Par un étrange retour du balancier dont la vie a parfois le secret, le voici maintenant responsable de l’organisation du pavillon américain du célèbre festival depuis… 19 ans!

Assis à une table du pavillon, qui donne sur la magnifique plage de Cannes, Laurent-Armand Lachance dégage une irrésistible joie de vivre. Sourire engageant, yeux bleus perçants, le blond cinquantenaire, jeans, chemise bleu pâle, veston marine et lunettes assorties, est intarissable.

Notre homme commence dès la mi-janvier le recrutement d’une quarantaine d’employés, puis des fournisseurs. Il arrive une semaine avant le début des festivités et reste quelques jours après la conclusion (puis prends des vacances en Europe). Des vedettes y ont leurs habitudes, de Faye Dunaway à Spike Lee. 

Les pavillons nationaux, coincés entre le Palais des festivals et la mer, font partie du paysage pendant l’événement. Il n’en a pas toujours été ainsi. Julie Sisk, sa «patronne» — Laurent-Armand est travailleur autonome —, a demandé au Festival en 1989 d’installer un business center sur la plage. 

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Ses dirigeants ont rapidement flairé la bonne affaire. Ils louent d’ailleurs les espaces à prix d’or, mais être présent, pour les pays producteurs, s’avère un incontournable pour brasser des affaires (le Québec et le Canada ont chacun leur pavillon). 

Le pavillon américain n’obtient pas d’argent du gouvernement. Il fait appel à des commanditaires et demande une adhésion. Ils sont plus de 1500 membres, «dont la moitié ne sont pas Américains». Les autres visiteurs doivent payer, contrairement aux autres pavillons (mais l’entrée est libre de 18h à 22h). Payer? Il y a une cuisine, quantité d’événements et des ateliers. Et de folles soirées, très courues.

Il s’y tient d’ailleurs le plus grand party LBGTQ du Festival, depuis 11 ans. Mardi, on attend plus de 1200 personnes pour faire la fête jusqu’à 2h.

Vocation éducative

Mais, souligne notre homme, pas peu fier, le pavillon américain a aussi une vocation éducative. Il accueille quelque 200 étudiants en stage pendant la durée du festival. Pas seulement là. Ils œuvrent aussi dans d’autres pavillons ou auprès de compagnies sur place.

En échange d’un cinq heures de boulot bénévole, les étudiants en cinéma (majoritairement), en événementiel et en cuisine, recrutés aux États-Unis, au Canada, en Asie et en Angleterre, peuvent vivre à plein l’expérience du Festival de Cannes.

«Ça leur permet d’être dans le milieu, pas juste de marcher sur la Croisette», soutient Laurent-Armand Lachance. Et même plus : on s’organise pour leur trouver des billets pour qu’ils puissent faire la célèbre montée des marches du tapis rouge. 

Et Laurent-Armand? Très occupé, évidemment. Mais il ne manque aucun des films de Xavier Dolan présentés en compétition — il y sera pour Matthias et Maxime.

Le reste de l’année? Le résident de Newport, Rhode Island, fait dans l’événementiel comme le bal du gouverneur de l’endroit ou la Tennis Week. Il a aussi coordonné un pavillon américain à la Mostra de Venise les cinq années qu’a duré l’expérience et au festival de Sundance.

Mais encore et toujours il revient, conscient de sa «chance» de participer à un «mythique» événement. «Après la première année, je ne savais pas si j’allais nécessairement revenir. Dix-neuf ans plus tard, je suis encore ici.»

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