Sous l’égide de Philippe-Audrey Larrue St-Jacques, «L’heure de pointe» a passé rapidement et a été plus recherchée que la moyenne.

Festival ComediHa!: quand Nelligan va au Beach Club

CRITIQUE / Entre l’étude de la vie au gym et les écrits d’Albert Camus, il n’y a qu’un pas que Philippe-Audrey Larrue St-Jacques franchit d’un bond allègre. L’humoriste au nom de 29 lettres, qu’on a pu voir dans «Like-moi!», vogue d’un extrême culturel à l’autre avec son matériel inusité, finissant par nous entraîner dans son grand délire existentiel.

À 20h tous les soirs, c’est L’heure de pointe au Grand chapiteau du ComediHa!. Un humoriste par soir, 60 minutes top chrono. Ça donne un spectacle d’humour en condensé, un long sprint dans le cas de Larrue St-Jacques, où il a parfois buté sur les mots, dans l’excitation, mais où il a pu offrir un bon aperçu de son univers à 200 quelques personnes.

Il brise la glace en lisant des vers d’Émile Nelligan, le plus sérieusement du monde. «Oui, ça va être comme ça tout le long. Le clash va être assez grand pour ceux qui ont vu Mike Ward [la vedette du Show mystère du jour] il y a 20 minutes!», prévient-il.

Que nenni. Pour «rejoindre la masse», il saupoudre à intervalle régulier des blagues grasses et malaisantes commençant par «Heille la gang» et parlant plus souvent qu’autrement de sperme, en les annonçant avec «l’appel du renard des parties de chasse à courre». Bonjour la réconciliation des extrêmes.

Livres et référents théâtraux

Fils d’esthètes lettrés et cultivés, l’humoriste raconte comment il a été traumatisé par l’incipit de L’étranger et éduqué sexuellement par les écrits de Foucault sur le peuple romain (où les conseils coïtaux de Rufus, «la Louise Deschâtelets de l’Antiquité», sont on ne peut plus inusités). Il puise dans les livres et les référents théâtraux comme d’autres puisent dans le vaste écueil des publicités télé et des clichés de la vie de la vie de banlieue.

Il n’a pourtant pas le ton hautain d’un Jean-Thomas Jobin ou le ton didactique d’un professeur de grec ancien. Il livre tout ça avec une diction un peu molle, un ton un peu piteux, la voix qui fait volontairement des fausses notes, si bien qu’on compatit à sa cause en l’écoutant faire la liste de ses déceptions.

En commençant par son nom «porteur d’une ambiguïté sexuelle et d’un nom de rue», en poursuivant avec son physique (abordant au passage les joies gustatives d’un régime paléo et les rituels des pousseurs de fonte au fond des gyms) et ses déceptions amoureuses. Son adolescence au pensionnat et son passage à l’école de théâtre contiennent des perles d’humiliation — appuyées par des photos, que l’humoriste se faire un devoir et un plaisir de raconter en cumulant les formulations comiques.

Sous son égide, L’heure de pointe a passé rapidement et a été moins grasse et plus recherchée que la moyenne.
Les prochains humoristes à passer à L’heure de pointe seront, dans l’ordre, Maxim Martin, Julien Lacroix, Julien Tremblay, Rosalie Vaillancourt, Olivier Martineau, Billy Tellier et Martin Perizzolo. Au grand chapiteau du Village George-V, chaque soir à 20h.