L’archère Orissa Kelly

«Féria-L’attraction» touche la cible [PHOTOS]

CRITIQUE / Flip Fabrique peut faire opérer sa magie avec une nouvelle ampleur à la place Jean-Béliveau, un nouveau terrain de jeu électrisant. Sous un chapiteau de lumières suspendues, les acrobaties et mouvements de groupe galvanisent, alors que la musique de Groenland enveloppe tout.

Les 2000 places assises sont disposées des deux côtés de la scène. Les spectateurs étaient peu nombreux à la première mardi, si bien qu’on pouvait se placer tout près de l’action, voire prendre le risque de manquer quelques acrobaties pour se déplacer d’un point de vue à l’autre. Sur des voitures (qui se meuvent comme par magie sans fumée et sans bruit) et des vélos, courant ou cascadant, les interprètes nous entraînent dans une course folle, une ronde joyeuse, étourdissante et touchante en même temps.

Sur des voitures et des vélos, courant ou cascadant, les interprètes nous entraînent dans une course folle, une ronde joyeuse, étourdissante et touchante en même temps.

Au fil des numéros, des souvenirs de soirées à l’Expo ou à la Ronde, d’escalades sur les modules de jeux dans les parcs à la nuit tombée et de soirées pleines d’étoiles, sur un trampoline mouillé par la rosée, nous reviennent à l’esprit. 

Avec Féria – L’attraction, Flip Fabrique nous offre une plongée dans l’adolescence à fleur de peau et la fulgurance des amitiés. Le spectacle s’ouvre lorsque la joyeuse bande entre en piste à bord d’un corbillard bariolé, au son du refrain de Ça que c’tait du groupe Alaclair. 

Le funambule Laurence Tremblay-Wu grimpe dans une tour de régie pour ouvrir les lumières d’un parc d’attractions abandonné, tout s’illumine, l’excitation monte. Pendant qu’on suit sa progression maîtrisée sur le fil de fer, la voix cosmique de Marjorie Fiset nous tire vers le haut. La chanteuse sera visible plusieurs moments du spectacle, une belle présence qui veille sur la bande.

Un trio de casse-cous en BMX aux roues lumineuses sillonne l’espace dans un sens puis dans l’autre. Le reste de la troupe n’est jamais loin, logé sous les rampes ou surgissant avec un accessoire pour augmenter la difficulté des manœuvres. 

Les numéros de l’archère Orissa Kelly et de la charmeuse de feu Sonia Legault s’entremêlent dans une chorégraphie tournoyante où surgissent des personnages avec de grosses têtes de taureaux. Vladislav Zolotarev livre un numéro d’équilibre sur chaises aussi vertigineux que poétique. Il invitera ensuite un spectateur à taper sur une enclume avec un marteau (un accessoire dont il faudra revoir la solidité) pour donner le signal de départ aux acrobates sur une bascule surélevée et mobile. 

Vladislav Zolotarev livre un numéro d’équilibre sur chaises aussi vertigineux que poétique.

Si l’on peut s’inquiéter, pendant les premières minutes, de ne pas avoir de vue d’ensemble, on s’aperçoit assez rapidement que les acrobates ne sont jamais bien loin et que les jeux de symétrie, comme dans le numéro de trampo-­monstre, nous permettent de ne rien manquer.

Sur la roue de la mort, Carlos Marín et Dario Bermudez nous ont donné des sueurs froides avec leur apparente maladresse (avec laquelle ils peuvent aussi masquer des gestes manqués). Voir l’un d’eux sauter à la corde sur l’appareil infernal est certes impressionnant, mais le numéro détonne un peu du reste par son manque de poésie. Même en exécutant des acrobaties hallucinantes, les autres interprètes ont un côté lumineux et gamin que ces deux-là ont moins bien intégré.

Sur la roue de la mort, Yorman Garcia et Diego Gulateros nous ont donné des sueurs froides avec leur apparente maladresse.

La scénographie de Guillaume Lord transforme la place Jean-Béliveau en un espace magique, complètement isolé du monde. La mise en scène de Martin Genest s’articule autour d’un mouvement perpétuel qui nous happe et d’instants précieux, fragiles, qui nous coupent le souffle.

Souhaitons que les autres soirs, la place publique soit pleine. C’est vraiment exceptionnel d’avoir un tel spectacle de cirque gratuit à Québec.

Du 16 juillet au 1er septembre, du mardi au dimanche. À 21h jusqu’au 4 août, puis à 20h30 à partir du 6 août. 

Info: ville.quebec.qc.ca/cirque, flipfabrique.com et facebook.com/FlipFabriQue

La charmeuse de feu Sonia Legault