L’opéra rock sied comme un gant aux Hôtesses d’Hilaire. Sur scène, leur épopée sur le vedettariat, l’art et le divertissement génère un flot d’images fantasmagoriques remplies de rebondissements.

Fantasmagorique course à la gloire

CRITIQUE / L’opéra rock sied comme un gant aux Hôtesses d’Hilaire. Déjà, sur disque, Viens avec moi était un objet unique, aux plongées psychédéliques et aux remontées pailletées kitsch à souhait. Sur scène, leur épopée sur le vedettariat, l’art et le divertissement génère un flot d’images fantasmagoriques rempli de rebondissements.

On suit les histoires parallèles de deux chanteurs de Tracadie; Kevin (Robin-Joël Cool), un produit instantané de la nouvelle industrie musicale et télévisuelle, et Serge Brideau (en lui-même), l’ambitieux leader d’un groupe acadien underground. Le public était visiblement ravi de jouer lui aussi son propre rôle, hurlant des «Kevin!!» enthousiastes lors que timide pêcheur de crabes pousse sa note et exprimant vivement son désaccord lorsque Brideau quitte son groupe avec fracas.

La distribution est particulièrement bien choisie. La comédienne Diane Losier, télécommande en main, narre le drame où intervient une productrice machiavélique (Anna Frances Meyer, des Deuxluxes), qui tente de transformer la moindre étincelle artistique en machine à sous.

Chaque moment-clé a sa chanson : une reprise de Moi, j’mange à donner des frissons, une clinquante ode disco aux vedettes préfabriquées, une touchante et désynchronisée Viens avec moi servie par les Hôtesses délaissées font partie des moments forts. Le travail des choristes (les Hay Babies) et des musiciens (Hôtesses et invités) font entrer les styles éclectiques des chansons dans un grand maelstrom organique.

Au centre de la scène trône une grande bouche — un beau rappel du Rocky Horror Picture Show, avec lequel Viens avec moi partage un certain degré d’irrévérence et d’étrange séduction — qui sert de porte de scène et d’écran. Les projections hallucinogènes d’inspiration années 70, les animations inventives (dont un jeu vidéo pixelisé permettant de suivre Kevin et Serge) et les collages de photos et de magazine amènent de nouvelles couches à l’histoire, tout en se mariant tout à fait à la musique.

Avec de pimpantes chorégraphies, un jeu d’acteur juste assez décalé, une mise en scène des maîtres du genre (le Théâtre du Futur, qui a signé l’opéra rock Clotaire Rapaille), le résultat est plus que convaincant.

Il y a bien un segment avant l’entracte où on commence à se demander ce qu’il advient de Bribeau et à s’ennuyer de sa présence titanesque, mais sitôt la pensée formulée, on le voit apparaître en arrière-fond tel une geisha — ou la danseuse d’Elephant Man de David Lynch.

Le spectacle, vu à l’Impérial jeudi soir, termine sa tournée à Caraquet, samedi, où il affiche complet.