<em>Migrations aléatoires</em>, 2019-2020, encre, graphite sur papier, 151 x 130 cm - 

Fanny H-Levy à Regart: les sommeils nécessaires

Fanny H-Levy s’est approprié l’espace d’exposition de Regart en faisant d’innombrables allers-retours sur une piste de papier, patins à roulettes aux pieds et crayons aux poings.

Avec ses passages, les papiers se sont noircis. «C’était à la fois une manière de marquer le lieu, parce que quand on se rapproche des silhouettes, on se rend compte que toutes les aspérités du sol se sont imprimées sur le papier», indique l’artiste. Une vidéo montre l’action et la station d’arrivée et de départ ont été laissées sur les murs de la galerie, traçant une ligne imaginaire, où on imagine facilement l’éreintant et hypnotisant manège — qui évoque un peu la langueur et la fatigue qui s’installe au fil des traversées quotidiennes sur le fleuve, entre Québec et Lévis.

Le soir, par la fenêtre qui donne sur la rue, les promeneurs peuvent apercevoir une silhouette qui dessine, grâce à une seconde vidéo, Comme ton ombre.

«Toute ma pratique est axée sur la question de la trace, la trace que laisse le corps, mais aussi la marque qu’on laisse dans la vie. La pratique du dessin est une forme de résistance à l’accélération de la vie», soutient-elle.

Deux grands personnages aux yeux clos, qui couvrent presque le mur du fond, ont été dessinés sur place. L’artiste les a nommés Les dormeurs du fleuve. «La dormance, c’est un peu s’extraire du monde», note-t-elle. «Dans 24/7, Le capitalisme à l’assaut du sommeil, Jonathan Crary explique comment les sociétés capitalistes grugent progressivement sur le temps de sommeil pour augmenter la productivité. Ça dérègle tout, du niveau d’anxiété aux relations interpersonnelles.»

<em>Dormeurs du fleuve</em> (détail), 2020, feutre, encre, graphite sur papier Mylar, 53,5 x 857 cm. Réalisation in situ.

Les dessins ont été travaillés sur du papier Mila, au stylo et au graphite sur le recto et au feutre sur le verso, ce qui donne une profondeur intéressante au dessin.

Des dessins de plus petits formats ponctuent le reste de l’espace. L’un d’entre eux, Les lignes qui t’ont fait, a été travaillé à partir d’une vieille photographie. On n’y distingue plus la personne qui s’y trouvait, mais le réseau de lignes, le travail en positif et en négatif crée une image organique, entre l’apparition et la disparition.

<em>Les lignes qui t’ont fait</em>, 2019, impression sur papier, encre, feutre, lignes à l’exacto, 78 x 63 cm

Fanny H-Levy reprendra son action de dessins participatifs, Traces, nos visages, dans le cadre de l’exposition Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain au Musée national des beaux-arts. Les participants y sont invités à se placer face à face pour tracer le portrait de l’autre sur un acétate. Les deux visages sont ensuite superposés. 

En attendant, l’exposition Figures sans visage : de présences et d’absences est présentée au 5956, rue Saint-Laurent, à Lévis, jusqu’au 15 mars.