Dans la comédie «Ma mère est folle», l’actrice qui aime faire le grand écart entre gravité et légèreté joue le rôle de Nina, une femme fantasque et insouciante .

Fanny Ardant: «Je veux entrer dans des couloirs inexplorés»

PARIS — Dans «Ma mère est folle» de Diane Kurys, elle incarne une mère excentrique. Un rôle plein de fantaisie pour Fanny Ardant, actrice surprenante qui aime «explorer», «provoquer» : «Je ne veux pas jouer la bourgeoise dans un drame, c’est tellement évident.»

Elle a incarné aussi bien une amoureuse passionnée dans La femme d’à côté de François Truffaut, qui l’a révélée au cinéma en 1981, une patronne de boîte gaie dans Pédale douce de Gabriel Aghion, qui lui a valu un César en 1997, ou un homme devenu femme dans Lola Pater de Nadir Moknèche, son précédent film.

«Si c’est pour jouer éternellement le même rôle, à quoi bon?» lance l’actrice de 69 ans à la voix de velours si caractéristique, lors d’un entretien dans un hôtel parisien.

«Je ne veux pas jouer la bourgeoise dans un drame, parce que c’est mettre du noir sur du noir, c’est-à-dire qu’on ne voit plus rien», poursuit-elle, brune, élégante et vêtue de couleurs sombres, aux antipodes de la mère blonde en veste de cuir qu’elle interprète dans le film de Diane Kurys.

«Demandez-moi autre chose. Le dernier film que j’ai joué, c’est celui de Nadir Moknèche, où j’étais un homme. Ça m’a passionnée, parce que j’étais sur un terrain glissant. Ce n’est pas que je veux surprendre, c’est que je veux rentrer dans des couloirs de ma maison que je n’ai pas explorés», ajoute-t-elle.

«On est beaucoup plus dépaysé par soi-même que par un voyage de tourisme à la noix», lance-t-elle. «Je pourrais jouer le rôle d’un monstre, d’une terroriste ou de l’ennemie publique numéro un parce que je trouverais dans ce personnage quelque chose que j’aime.»

Grand écart

Dans la comédie Ma mère est folle, en salles en France mercredi, l’actrice qui aime faire le grand écart entre gravité et légèreté, œuvres classiques et succès populaires, joue — aux côtés du chanteur Vianney dans son premier rôle au cinéma — le rôle de Nina, une femme fantasque et insouciante.

Criblée de dettes, Nina décide d’aller acheter du cannabis à Rotterdam pour le revendre et se refaire financièrement, et en profite pour aller voir son fils Baptiste (Vianney), qui habite là-bas et qu’elle ne voit plus.

Aussi sage qu’elle est exubérante, il ne supporte plus cette mère envahissante et irresponsable, dont il a honte. Mais après des retrouvailles houleuses, un road trip pour rentrer en France va leur permettre de se redécouvrir.

«J’aimais beaucoup l’évolution de l’histoire et le personnage de cette femme libre, irréductible, qui ne s’avoue jamais vaincue», explique Fanny Ardant, en croquant un morceau de chocolat entre deux réponses.

«Il y a une forme de fantaisie, d’indépendance d’esprit, en dehors des lois. C’était un cocktail irrésistible», poursuit l’actrice.

«Fantaisie ou liberté»

Une «fantaisie ou au moins une liberté» que Fanny Ardant revendique aussi dans sa vie et son travail, même si elle avoue avoir, hors écran, «une vision tragique de la vie» : «Je suis peut-être énergique et positive, mais je ne suis pas optimiste. Par exemple, les films ou les livres que je choisis, les musiques que j’écoute, c’est dark is dark...»

Comme son parcours, ses projets eux aussi sont éclectiques : elle jouera en décembre au Théâtre de l’Atelier dans Hiroshima mon amour de Marguerite Duras et mettra en scène l’an prochain un opéra de Chostakovitch, Lady Macbeth du district de Mtensk, à l’Opéra national d’Athènes, avant de nouveaux rôles au cinéma.

«Je suis essentiellement une actrice, de théâtre ou de cinéma», dit-elle. «Dès que le plaisir partira, je m’en irai.»