Voici le futur et l’actuel metteur en scène de La Fabuleuse histoire d’un Royaume, Jimmy Doucet et celui qui est associé à cette production depuis 32 ans, Louis Wauthier. Ils sont apparus mercredi avant-midi, sur la scène du Théâtre du Palais municipal de La Baie, afin d’annoncer cette décision entérinée par la direction de Diffusion Saguenay.

Fabuleuse: Jimmy Doucet remplacera Louis Wauthier [VIDÉO]

Trois fois, il a flanché. Trois fois, il s’est ressaisi. Installé au milieu de la scène du Théâtre du Palais municipal de La Baie, entouré de plusieurs comédiens, ainsi que des décors de La Fabuleuse histoire d’un Royaume, Louis Wauthier a annoncé, mercredi, qu’il quitterait ses fonctions à la fin de la prochaine saison. Actif au sein de cette production depuis 32 ans, celui qui en constitue la mémoire vivante profitera du temps qu’il lui reste pour former son successeur, l’homme de théâtre Jimmy Doucet.

Assis sur un tabouret, au début de la conférence de presse organisée par Diffusion Saguenay, le metteur en scène a amorcé son intervention en cachant bien son jeu. Il venait de rappeler les changements apportés lors de la 30e édition, le succès de foule qui en a résulté, puis le maintien de l’achalandage l’été suivant, quand est venu le moment d’aborder la prochaine saison, qui se déroulera du 6 juillet au 17 août.

 « J’invite de façon particulière les gens de la région à y assister. Ce sera ma dernière saison à moi. Je suis heureux de ça », a mentionné Louis Wauthier avec des trémolos dans la voix. Les comédiens étaient dans le secret depuis dimanche et là aussi, dit-on, des larmes ont été versées. Férocement attaché à La Fabuleuse, qu’il a portée sur les fonds baptismaux aux côtés de son créateur, Ghislain Bouchard, il est toutefois resté ferme quant à ses intentions. À 63 ans, l’homme est arrivé au bout de son portage.


Il était même prêt à quitter plus tôt, a ensuite révélé le président de Diffusion Saguenay, Phil Desgagné. Or, l’entrée en fonction de la directrice générale Isabelle Gagnon, qui a fait ses débuts dans le giron de La Fabuleuse, jumelée aux liens étroits noués avec les comédiens, l’ont fait douter de la justesse de sa décision. Il s’inquiétait également pour la suite des choses. « C’est énorme comme travail. Si ça ne marchait plus, je me sentirais coupable », a confié le metteur en scène.

Ce qui a emporté son adhésion, au final, c’est la possibilité de participer au choix de son successeur et de travailler plusieurs mois en sa compagnie, histoire de lui faire découvrir tous les rouages, même les plus minuscules. Et quand Jimmy Doucet et lui se sont vus pour la première fois, c’est comme si les dieux du théâtre avaient cherché à le rassurer, tant l’impression fut favorable, des deux côtés. « Ç’a pris deux minutes et nous avons connecté », confirme Louis Wauthier.

Un patrimoine à préserver

Plusieurs fois, au cours de la conférence de presse, il a été question des connaissances accumulées par le metteur en scène au fil des décennies. Elles embrassent toutes les dimensions du spectacle, ce qui se révèle impressionnant, mais aussi inquiétant. S’il lui était arrivé quelque chose, comment se serait-on débrouillé ? Une ébauche de solution a été apportée grâce au concours de Marie-Ève Rasmussen, membre de l’équipe de production.

« Elle a tout noté, y compris les textes et les placements de scène, mais je vais quitter seulement lorsque Jimmy aura mes 32 ans de Fabuleuse dans sa tête et dans son cœur. Quand Ghislain Bouchard a créé ce spectacle, on sentait l’esprit du fjord et ce sera à nouveau le cas cette année. Mon travail sera vraiment complété quand mon successeur sera lui aussi imprégné de l’esprit du fjord, tout en apportant son esthétique à lui », énonce Louis Wauthier.

Se projetant dans l’avenir, il a eu un autre moment d’émotion en s’imaginant au sein du public, pendant une représentation de La Fabuleuse dans laquelle ses compétences ne seraient pas sollicitées. Un spectateur comme les autres, en quelque sorte. « Mon grand rêve, c’est de m’asseoir dans la salle et d’apprécier cette production », a souligné le metteur en scène, dont la phrase s’est dématérialisée avant qu’il n’ait mis le point final.

Celui qui avait été embauché en tant que chorégraphe, en 1988, a profité de l’occasion pour remercier Ghislain Bouchard, celui par qui tout est arrivé. Il a également salué l’ancien patron de Diffusion Saguenay, Claude Simard, et celle qui fut longtemps sa collaboratrice sur le plateau, la directrice de production Marie-Alice Simard. Puis, à la manière de Flaubert qui disait : « Emma Bovary, c’est moi », Louis Wauthier s’est complètement identifié au spectacle qui l’a mobilisé pendant le plus clair de sa carrière.

« La Fabuleuse, quelque part, c’est moi », a lancé le metteur en scène, en proie à une autre bouffée d’émotion. Promettant de ne pas jouer à la belle-mère après son départ, il ne conservera qu’un lien avec cette production, plus précisément avec la version proposée aux croisiéristes faisant escale à La Baie. « Pour m’amuser, je garderai l’animation des bateaux », indique le futur retraité.

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UNE RÉCOMPENSE INESPÉRÉE

Quand Jimmy Doucet a rejoint Louis Wauthier sur la scène du Théâtre du Palais municipal, mercredi, il a signalé que sa maison de production célébrerait son 20e anniversaire en juin. Les nombreux spectacles qu’elle chapeaute témoignent de son esprit d’entreprise, hérité de ses parents, autant que de sa volonté de préserver son indépendance.

Néanmoins, l’homme de théâtre originaire du Haut-du-Lac a accepté de se joindre à l’équipe de La Fabuleuse histoire d’un Royaume en tant que metteur en scène. Conscient de l’ampleur de la tâche, autant que de l’honneur qu’on lui fait, il profite au maximum des enseignements prodigués par son prédécesseur, tout en assurant la poursuite des activités de sa compagnie.

« Cette nomination, c’est comme si on me remettait un prix. C’est une récompense inespérée. Or, plus je fréquente l’équipe de La Fabuleuse, plus je réalise que cette production ressemble à ce que je fais, mais en plus gros, avec plein de gens qui sont bien “smattes”. J’ai aussi la chance de travailler avec une véritable encyclopédie, un homme gentil, drôle, qui m’apprend beaucoup de choses. Le fait que Louis soit resté constitue une opportunité grandiose. Je me sens privilégié », a commenté Jimmy Doucet.

« C’est un moment très fort de ma vie », a ajouté l’homme derrière La route des mille et une histoires, La caravane en panne et La maison coupée en deux, pour ne mentionner qu’une fraction de ses nombreuses créations. Assurant que des collaborateurs prendraient le relais pendant ses fréquentations avec La Fabuleuse, il a tenu à remercier ceux qui l’ont épaulé depuis l’amorce de son parcours.

« Je suis reconnaissant envers les comédiens et les bénévoles qui se sont défoncés pour moi, de même que la population de Dolbeau-Mistassini qui ne m’a jamais lâché. Je remercie également mes parents, mon père qui est entrepreneur forestier, ma mère qui est comptable. Je continue de casser la baraque pour leur montrer ce que je suis capable de faire », a mentionné Jimmy Doucet, qui œuvre depuis deux mois aux côtés de Louis Wauthier.