Fabien Cloutier vient de compléter le tournage de la deuxième saison de sa série «Léo» et il a repris du service dans «Les pays d’en haut».

Fabien Cloutier au ComediHa! : Jouer avec les extrêmes

Après une première expérience concluante l’année dernière, Fabien Cloutier reprendra le 17 août la barre d’un gala du festival ComediHa!. L’auteur, metteur en scène et comédien saisira alors l’occasion de remettre son chapeau d’humoriste et, selon sa propre description, de «questionner les extrêmes».

Fabien Cloutier n’a pas chômé dans les derniers mois, entre son travail au théâtre (sa pièce Bonne retraite, Jocelyne a été présentée à Québec et à Montréal) et au petit écran : il vient de compléter le tournage de la deuxième saison de sa série Léo et il a repris du service dans Les pays d’en haut. Celui qui ne se dit pas prêt à retourner sur la route avec un nouveau spectacle d’humour a accepté avec plaisir l’invitation du ComediHa!. Même qu’il l’espérait, de son propre aveu, après son baptême d’animation de l’an dernier.

«C’est un super mandat, lance-t-il. Dans la partie humoriste de mon travail, c’est une espèce d’idéal. Ça me permet de créer du matériel. Avec le numéro que je fais dans un autre gala et ceux que je fais pour le mien, ça donne 35-40 minutes de nouveau matériel. Tu te mets les mains dedans, tu fais ça un soir et c’est fini! Et c’est parfait, il n’y a pas toute la tournée qui vient avec. C’est une formule que j’aime beaucoup.»

Le 17 août, Fabien Cloutier partagera donc les planches du Palais Montcalm avec Martin Matte, Boucar Diouf, Catherine Éthier, Julien Corriveau, Kim Lévesque-Lizotte, Louis T., MC Gilles, Michel Boujenah, P-A Méthot et Thomas Wiesel. Il est aussi de la distribution du gala animé par Kev Adams le 10 août.

Reconnu pour son franc-parler, le Beauceron a eu envie d’exploiter le thème des extrêmes, qui se sont imposés comme fil conducteur de son gala. «Ce n’est pas une ligne que je donne aux invités, précise-t-il. Mais c’est quelque chose qui nous a fait réfléchir dès le départ. C’est l’extrémisme dans la pensée et dans la performance. On dirait que le monde qui joggait il y a cinq ans, maintenant, ils font des triathlons. Il y a de plus en plus de monde qui fait des marathons. Courir, ce n’est plus assez. Là, on court dans la bouette, on court en montagne. Ça, c’est un exemple parmi d’autres. Mais j’aime cette idée-là. Ça nous donne la permission de peut-être être aussi [extrêmes] de temps en temps et de moi, dépasser ma pensée de tous les jours. Justement pour voir comment ça va réagir dans la salle.»

Dialogue fermé

Fabien Cloutier voit dans cette expression des extrêmes une fermeture qu’il souhaite mettre en exergue. «On dirait que le dialogue est de moins en moins possible, croit-il. Les gens se campent de plus en plus dans leurs positions. C’est d’autant plus troublant quand c’est bien nommé, c’est bien dit, c’est bien écrit. Les gens défendent quelque chose avec l’idée qu’ils ont sûrement raison. C’est là que ça devient difficile, parce que tu mets des gens comme ça des deux côtés et le dialogue est fermé. C’est la gauche, la droite… Il y a bien des côtés qui ont attrapé cette maladie-là.»

Entre les réseaux sociaux qui donnent lieu à des prises de position de plus en plus radicales ou décomplexées et une certaine rectitude imposée dans le discours public, Fabien Cloutier croit qu’il faut encore oser.

«Il y a des sujets qui ne sont pas drôles si on les aborde de façon modérée, estime-t-il. L’humour arrive au moment où tu vas trop loin, où tu dépasses ta pensée, où tu pousses le raisonnement à en devenir comique. On parle du fait qu’on est de plus en plus extrême, mais on réclame le droit de l’être aussi. On ne sait jamais si on fait partie du problème ou de la solution...»

À une époque où on entend qu’«on ne peut plus rien dire», Fabien Cloutier persiste et signe. «Je n’ai pas peur des réactions, tranche-t-il. Mais le discours sur la rectitude fait qu’on tourne peut-être notre langue une fois de trop avant de parler. Peut-être qu’il y a des sujets qui mériteraient encore d’être traités de façon un peu plus brutale. Mais là, on se retient», observe celui qui dit avoir reçu plusieurs commentaires après son numéro sur les retraités au festival ComediHa! l’an dernier.

«Je veux perdre le moins [de spectateurs] possible. Si tu vas plus loin, il faut que tu réussisses à faire sentir au monde que tu fais des jokes. Mais en même temps, tu ne sais jamais quand tu vas fâcher quelqu’un. L’humour, tout le monde trouve ça très drôle, mais moins à partir du moment que c’est d’eux qu’on rit...»