À la fois drôle et touchante, la pièce aborde d’ingénieuse manière le thème du suicide. Sans artifice, Jonathan Gagnon y campe un homme qui a grandi avec une mère dépressive.

«Extras et ordinaires»: petits bonheurs à partager

CRITIQUE / Pour ses 40 ans, Jonathan Gagnon s’était lancé le défi de s’attaquer à un premier spectacle solo. Avec «Extras et ordinaires», qu’il pilote à Premier Acte avec autant d’aplomb que de sensibilité, le comédien peut indéniablement dire mission accomplie.

À la fois drôle et touchante, la pièce du Britannique Duncan Macmillan adaptée ici par Joëlle Bond aborde d’ingénieuse manière le thème du suicide. Sans artifice, Gagnon y campe un homme qui a grandi avec une mère dépressive. Il a sept ans lorsqu’elle tente une première fois de mettre fin à ses jours. Pour essayer de la faire sourire de nouveau, le garçon entreprend alors de dresser la liste des choses qui donnent envie de vivre. Un projet qu’il poursuivra jusqu’à l’âge adulte. Ça va de la crème glacée à se baigner tout nu, de l’odeur des vieux livres aux crêpes au canard laqué à écouter un album pour la première fois. Une liste d’abord naïve qui deviendra vertigineuse dans son accumulation de petits bonheurs. 

Jonathan Gagnon et sa complice Maryse Lapierre, qui signe la mise en scène, n’ont pas menti en utilisant le mot «défi» pour qualifier le projet. Parce qu’au-delà du fait qu’on a affaire à un comédien qui porte fin seul une œuvre théâtrale — ce qui n’est quand même pas rien! —, la nature même de la proposition le force à jouer au maître de jeu avec le public et, du même coup, à parfois sortir de son texte pour s’ajuster aux réactions de ses interlocuteurs.  

Naturel

Difficile de demeurer passif dans cette pièce participative qui prend davantage des allures de rencontre. Disposés en deux arcs de cercle autour de l’aire de jeu, les spectateurs, jamais plongés dans la pénombre, font littéralement partie du spectacle. Certains sont d’emblée appelés à lire un élément de la liste au moment opportun, d’autres à camper momentanément un personnage secondaire : le vétérinaire avec qui Jonathan a son premier contact avec la mort lors de l’euthanasie de son chien (un dénommé Jean Chréchien), son père, une psychologue en milieu scolaire, une amoureuse. 

Gagnon sélectionne ses volontaires et les guide gentiment — et avec beaucoup de répartie, devons-nous ajouter — dans l’exercice. Avec la bouille et la présence ultra sympathique qu’il a, ce n’est franchement pas facile de lui résister. Que les plus timides se rassurent, personne ne risque gros et on ne cherche pas ici à trouver dans les gradins le dindon de la farce. Bien au contraire. 

On rigole, certes, mais pas au détriment des participants. Plutôt parce que les échanges sont cocasses, qu’une part d’improvisation est incontournable pour l’acteur, que certains spectateurs vont nécessairement le déstabiliser, volontairement ou pas. Et surtout parce que selon ce qu’on a vu mardi, Jonathan Gagnon sait merveilleusement rebondir sur les réponses qui s’offrent à lui et abattre le quatrième mur. Fallait le voir, mardi, courir dans les gradins pour tenter de faire tope-là à tous les spectateurs. «Y’a ben du monde! On se croirait au Trident!» a-t-il lancé, faisant crouler la salle de rire. 

Voilà sans doute la plus grande force d’Extras et ordinaires : miser tant sur le naturel de l’interprète qu’on en oublie (presque!) qu’on est au théâtre. Gagnon s’approprie son personnage de manière si personnelle qu’on ne ressent pas la rupture de ton quand l’acteur sort de son texte pour interagir avec le public. Le sujet est sensible et on s’y attaque avec beaucoup d’humanité, en créant un beau moment de complicité. Et ça fait du bien.

Le spectacle Extras et ordinaires est présenté à Premier Acte jusqu’au 28 avril.