Arts

La Suède rend un tableau de Kokoschka confisqué par les nazis

STOCKHOLM — Le musée d’art moderne de Stockholm a déclaré mardi avoir rendu un tableau de l’expressionniste autrichien Oskar Kokoschka, confisqué par les nazis, aux héritiers du collectionneur juif à qui il appartenait.

«C’est avec joie et soulagement que nous voyons ce tableau de Kokoschka revenir à ses propriétaires légitimes», a fait savoir le Moderna Museet, musée d’État de la ville de Stockholm.

Arts et spectacles

40 ans des RIAP: Territoires de la performance

La 20e Rencontre internationale d’art performance sera l’occasion de faire les états généraux de la performance dans le monde. Alors que 21 zones géographiques étaient représentées en 1998, les artistes invités pour cette édition anniversaire proviennent de 60 territoires. Une carte du monde particulière, axée sur les zones périphériques, tant géographiques qu’artistiques.

La programmation, répartie sur quatre semaines en septembre, octobre, novembre et décembre, inclut des soirées de performances, des conférences et des expositions de photos. À l’issue de la RIAP, une publication colossale, qui se veut le bilan de l’évolution de la performance ces 20 dernières années, prendra forme.

L’art performance s’appuie sur les réseaux. «Les organisateurs sont des personnes clés. Ils sont habitués d’organiser des événements, de rassembler des gens. Ils connaissent bien leur territoire. Ça a pris un bon cinq mois pour rassembler toutes les 60 bonnes personnes», indique le directeur artistique Richard Martel. «C’est un gros chantier, une affaire de fous.»

Tisser des liens

Le découpage géographique par pays et par continent permet de contextualiser les pratiques, tout en étant l’occasion de tisser des liens et de découvrir le vocabulaire commun des performeurs d’une même région. 

«Il y a une chasse gardée européenne sur l’histoire, la culture et les civilisations. Par exemple, dans un livre sur l’architecture, on ne trouvera pas les monuments mayas, on va les trouver en archéologie», explique M. Martel. En s’inscrivant dans l’espace public, la performance ouvre une porte inattendue sur des enjeux culturels et des préoccupations collectives.

«Je dis souvent qu’il y a des territoires culturels superposés», illustre Guy Sioui Durand, qui a orchestré le volet autochtone de la RIAP. Certaines images, aussi, se démultiplient. Il évoque notamment le trickster, «un personnage fabuleux du monde autochtone qui joue des tours à tous les humains. C’est le corbeau sur la côte Ouest, le coyote dans les Prairies, le carcajou ici», qui a inspiré plusieurs performeurs notoires.

«La soirée du vendredi [présentée à Wendake le 14 septembre], qui regroupera 40 artistes sur trois heures, va commencer en collectif et se finir en duo, ce n’est pas l’individualité qui va primer», indique-t-il. Conviant certains éléments des cérémonies ou encore des pow-wow, il questionnera ce qui est de l’ordre du sacré, de la tradition et ce qui est propre à l’art. «Tout ça s’entrechoque et crée des discussions, une culture vivante», note-t-il.

La poète, slammeuse et militante Natasha Kanapé Fontaine, le Métis David Garneau, de Régina, qui cumule les dialogues avec les statues de John A. MacDonald à travers le pays, ainsi que la performeuse Anishinaabe Ravan Davis, qui effectue une danse sur le drapeau du Canada, feront notamment partie des invités.

«Je veux envoyer ce message de présence autochtone et en communauté et dans le territoire de l’art, ouvert à tout le monde. C’est un peu ma réponse à tout ce qui s’est passé dans l’affaire Kanata», indique M. Sioui.

Le premier volet de la RIAP, Canada & Autochtone, se tiendra du 15 au 23 septembre. Amériques et Afrique, avec notamment quatre performeurs camerounais habitués de mener des performances «courageuses», note Richard Martel, seront mis en valeur du 13 au 21 octobre. L’Europe, plus particulièrement l’Irlande du Nord, promet des performances visuellement intrigantes du 3 au 18 novembre. Ce sont l’Asie et l’Océanie qui fermeront la marche, du 1er au 16 décembre. 

Les activités ont lieu au Lieu, aux Ateliers du Roulement à billes, à L’Œil de poisson et à la Chambre blanche.

Tous les détails à inter-lelieu.org

Expositions

Julien Lebargy en mission spatiale

Il est prêt. Ou presque. En fait, depuis quelques jours, il sent monter l’anxiété à la perspective de se retrouver seul, sous l’œil imperturbable des caméras, 24 heures sur 24, pendant une semaine. Julien Lebargy part en mission.

L’ambitieux projet s’appelle Le Comité d’Organisation de la Solitude Spatiale (C.O.S.S.) et supervise 604 800 secondes de la vie de Julien Lebargy. L’artiste a demandé à trois administrateurs (Catherine Baril de la Manif d’art, Marie-Andrée Bégin de l’Université Laval, et Yohann Maubrun de la Ville de Québec) de concevoir le Manuel de procédures d’une performance décalée inspirée des missions de découverte spatiale.

Expositions

Études libres sur l’état du monde au Symposium de Baie-Saint-Paul

BAIE-SAINT-PAUL — Installés dans l’ancienne école Thomas-Tremblay, les artistes du 36e Symposium international de Baie-Saint-Paul invitent les visiteurs à découvrir, d’une classe à l’autre, une nouvelle manière, poétique, ludique ou grinçante, d’envisager le monde. L’immigration, la colonisation, la guerre, l’industrialisation et les changements climatiques deviennent, par leur lorgnette, plus tangibles et plus sensibles.

Le nouveau lieu attire les nostalgiques qui ont fréquenté l’école, mais permet aussi aux artistes de se poser dans un lieu qui favorise les discussions, les échanges et les projections, et qui réveille l’écolier curieux qui sommeille en nous.

Un cadre idéal pour Leila Zelli, qui crée une collection de courtes animations sur les paradoxes de la vie dans les pays en guerre. Elle puise des images sur Internet, puis en isole des éléments; des bribes qui papillonnent sur les murs et qui mettent en doute nos perceptions.

Sur le tableau vert, une jeune Syrienne court à en perdre haleine. «On ne sait pas si elle joue ou si elle s’enfuit, souligne l’artiste. En fait, elle joue au soccer, alors qu’avant, elle ne pouvait jamais quitter la maison. Paradoxalement, la guerre lui donne la liberté de jouer.»

Sur un mur, des feux d’artifice illuminent le ciel pendant que retentit la musique de Bambi, un film que Leila Zelli regardait en boucle, très jeune, pendant que la guerre entre l’Iran et l’Irak faisait rage dehors. «Moi aussi, enfant, je voyais les belles lumières dans le ciel sans comprendre que c’était des bombes. Maintenant, des gens amènent leur chaise sur le pont de Gaza pour assister aux bombardements et applaudir», souligne-t-elle. 

Sous le tableau, Les paysages sacrés mettent en parallèle des images d’un vieux Coran donné par sa grand-mère et des roses de Damas, une fierté syrienne qui est en train de disparaître à cause de la guerre. Pour questionner les liens entre guerre et religion, elle nous offre un objet d’art à la beauté fragile.