Voyages dans l'espace au MNBAQ

Il faut pas moins de 9 salles pour déployer les 34 oeuvres de l'exposition Installations. À grande échelle. Souvent monumentales, ces créations qui jouent avec l'espace invitent le visiteur à explorer le rez-de-chaussée du nouveau pavillon Lassonde mais aussi deux étages du Gérard-Morisset, pour un fascinant périple qui relie des oeuvres-phares de la création contemporaine au Québec.
Pour Bernard Lamarche, conservateur de l'art actuel au Musée national des beaux-arts, l'installation permet de voyager dans le temps et dans l'espace. «L'installation est née en dehors des murs de l'institution. Les artistes ont investi des lieux désaffectés, des entrepôts, des usines, ce qui a permis d'éclater la dimension des oeuvres et d'épouser l'architecture et la symbolique de nouveaux lieux, explique-t-il. L'institution a un peu ravalé l'installation, certains disent même qu'elle l'a tuée, mais j'essaie de démontrer ici que dans les oeuvres elles-mêmes, il y a toujours cette aspiration à être ailleurs et à nous amener ailleurs.»
Entrer dans la première oeuvre, signée Yannick Pouliot, donne une bonne idée de ce qu'il veut dire. Sitôt la porte refermée, le visiteur est avalé, propulsé vers le haut, saisi par une musique et une lumière vive qui le transporte en un éclair à l'époque victorienne.
On est ensuite catapulté à Venise, avec l'oeuvre de Melvin Charney conçue pour la Biennale de Venise en 1986 et Monuments, de Dominique Blain, qui reproduit la caisse qui a servi à y transporter une oeuvre du Titien. L'art, même monumental, circule, et l'une des clés de sa conservation est justement d'être toujours en mouvement.
Puis, le visiteur peut entrer dans une boîte blanche tendue de fils de nylon où le temps s'étire et regarder la reproduction d'un module lunaire à travers les fenêtres de ce qui ressemble à un conteneur de transport, avant de parcourir l'installation photographique d'Alain Paiement, qui a reconstitué la vue en plongée des trois étages d'un immeuble.
«Plus on avance dans l'exposition et moins il y a de matière», fait remarquer Bernard Lamarche.
Des rangées d'arbres de maquette permettent à Diane Morin de créer un photo cinéma, alors que Pascal Grandmaison a bombardé de flashs des fleurs artificielles pour composer un film de 9600 images.
La pièce de Steven Heimbecker, qui a enregistré les vents qui soufflaient sur Québec en 2003, est un défi de conservation. La technologie qui active ces quenouilles sonores et lumineuses est devenue obsolète, tout comme les téléviseurs qui composent l'installation d'Alexandre Castonguay. On voit une chute, dont le débit change selon le passage des visiteurs, retransmise grâce aux signaux électriques des machines mourantes. Dans ces deux installations, la technologie révèle toute sa poésie.
N'arrêtez pas votre visite
Une fois la boucle du pavillon Lassonde bouclée, il faut se rendre jusqu'au pavillon Morrisset, où se trouve pourtant la deuxième moitié de l'exposition.
«Nous arrivons à la salle qui tient de l'invention, de la bricole, du collage», annonce M. Lamarche. Sur un tapis de 240 kilos de sucre vert tendre, les pièces de verre et les confiseries - appétissantes de loin, mais peu ragoûtantes de près - de Claudie Gagnon donnent à la pièce une aura de conte de fées. Comme mise en cage derrière des portes de verre, une bête de tuyaux et de fils de Jean-Pierre Gauthier y joue le rôle du monstre endormi.
Les 12 suspensions de Serge Murphy ressemblent à des fantômes de tissu et de papier alors que la salle de classe de Michel Goulet et les autoportraits de cire tordue de Louis Fortier traitent d'identité et de singularité.
Nous nous dirigeons ensuite dans des lieux conçus pour accueillir des performances. L'espace vivant de Massimo Guerrera, l'installation et le costume imprimé sur papier d'Adrian Norvid et la caravane de tissu de Marie-Claude Bouthiller seront habités par les artistes cet automne. Une installation «mouvelle» (en mouvement et nouvelle) de Diane Landry, un fascinant cinéma d'ombres conçu avec des jouets d'enfants, est isolée dans la pièce du fond.
La musique des pages-miroirs no 2 de Rober Racine, qui a extrait des notes trouvées dans les pages découpées et travaillées d'un dictionnaire, fait le lien avec la salle qui accueille la monumentale installation photographique et encyclopédique de Patrick Altman, qui a longtemps été le photographe officiel du MNBAQ et qui en a profité pour capter sur pellicule des centaines de détails d'oeuvres qui y ont été présentées.
Un dernier (!) espace est consacré à des oeuvres sociales. On entre dans le journal intime spatialisé de Charles Guilbert et Nathalie Caron, dans l'espace de travail métaphorique de Manon de Pauw et dans la salle de classe d'Irene F. Whottome.
Le menu est costaud, mais mérite d'être dégusté, quitte à ce que ce soit en plusieurs visites.