Écran de smartphone peint rétro-éclairé, 2018, de Nani$ôka

Un été français à L'Œil de Poisson

Six artistes français préparent des expositions à L’Œil de Poisson. Le Nani$ôka Groupe transforme l’espace de la Grande Galerie pour présenter un concert et des micropaysages peints magnifiés par des morceaux de téléphones intelligents. Léa Roch présentera trois objets poético-scientifiques dans la Petite Galerie alors que Géraldine Py et Roberto Verde concoctent chez Avatar un récit à vélo qui sera présenté dans l’Entrée vidéo.

Seumboy Vrainom :€, Hugo Baranger et Loris Estival sont à Québec depuis le début du mois de mai. Bien qu’ils développent chacun leur propre pratique, ils se rassemblent parfois sous l’étiquette Nani$ôka, qui pourrait se traduire librement par «quoi comprendre», et illustre une boucle infinie de questions et de compréhension. Cherchant à ce que les spectateurs s’impliquent physiquement dans leur proposition, ils ont imaginé un plancher surélevé, un carrelage, qui formera une grande île rectangulaire et des objets que le visiteur pourra saisir dans sa main (ou arroser…). Leur univers est régi par une trame sonore qui évolue pendant les heures d’ouverture du centre d’artistes. Chaque jour à la même heure, le même son devrait retentir. Même chargé d’outils technologiques, l’espace sera étrangement douillet, enveloppé dans des voiles colorés.

En passant rapidement dans leur espace de travail, sur la mezzanine de l’atelier de l’Œil, le visiteur inattentif pourrait prendre leurs objets pour des rebuts. Lorsqu’on dépose un écran (ou une des couches de l’écran), tiré d’un lot d’une centaine de iPhones brisés qui leur a été offert en don, sur des peintures d’Hugo Baranger, de minuscules et minutieux paysages apparaissent. L’objet bricolé révèle de petits univers délicats et insoupçonnés, des natures mortes qui intègrent des matériaux technologiques.

«Je voulais voir comment on pouvait utiliser la technologie sans la brancher», note Emmanuel Anthony. «Mêler le grain particulier de la peinture, qui n’est pas le pixel, et utiliser la rétroprojection pour éclairer, ça permet de créer des images qui déjouent les esthétiques amenées par l’utilisation de logiciels», souligne Hugo.

Lors du vernissage, ils utiliseront Google Home lors d’un concert-performance (auparavant, ils ont déjà intégré la voix de Siri). «Ce sera un peu comme une discussion philosophique, entre maître et élève, sur des définitions de mots», expliquent-ils. 

Rêver la science

«EEA n°5 (Apprendre à compter)», 2017, de Léa Roch

Léa Roch crée des catégories de faits scientifiques inventés, et suit rigoureusement des protocoles de recherche scientifiques pour comparer des données poétiques, voire absurdes. Elle est en résidence à Méduse depuis le mois d’avril, dans le cadre du programme des Pépinières européennes. Ses recherches lui ayant permis d’ouvrir de nouvelles catégories, elle a décidé de les présenter dans une exposition impromptue.

«Il y aura une fabrique de nuages, faite de sculptures de métal. Ça fait partie de la catégorie Objets de construction du monde», indique-t-elle. Sur un mur, elle présentera les résultats du croisement des photos du fond de sa tasse de café pendant 26 jours et les données météorologiques de ces journées (pour la catégorie Unité de mesure imaginaire). 

La route des maîtres

«Une famille de pensée – Les mains vides», de Géraldine Py et Roberto Verde

Géraldine Py et Roberto Verde s’appliquent à restituer, sous forme de récit radiophonique, un voyage à vélo à la rencontre de leurs artistes de référence, dont l’artiste visuel Michel Blazy (qui a beaucoup travaillé avec les matières organiques, tout comme Py et Verde), l’auteur Alessandro Baricco, le réalisateur Ettore Scola (décédé en 2016, peu de temps après leur périple), à qui ils avaient préalablement déclaré leur amour par voie épistolaire. 

Le couple a roulé entre Paris et Rome, en passant par la Suisse. «On s’est mis en route sans savoir si on allait les rencontrer, c’était un pèlerinage, avec une part d’aventure», souligne Roberto Verde. «Nous en avons rencontré quelques-uns, mais nous avons aussi rencontré des gens sur la route qui sont devenus aussi importants dans l’histoire.»

Le vernissage aura lieu vendredi le 29 juin dès 18h, au 580, Côte d’Abraham. L’exposition se terminera le 12 août.

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LA SERRE ROSE DE GIORGIA VOLPE

La roulotte du projet «Insurrection végétale» de Giorgia Volpe campera à Lévis.

Le 2 juillet, Giorgia Volpe invite le public à amener boutures et semences puis à explorer la végétation sauvage de la rive lévisienne avec une botaniste. «On part en mission!»  annonce-t-elle avec enthousiasme. La cueillette permettra de créer un vivarium dans la vitrine du centre d’artistes Regart et de garnir son Insurrection végétale. L’installation vivante, où s’entremêlent plantes et objets culturels identitaires, loge dans une roulotte qui s’illumine en rose néon le soir venu. Celle-ci sera placée dans le stationnement du 6000, rue Saint-Laurent, près du Sex-shop Eldorado et du B&B de la traverse, du 4 au 17 juillet, avant qu’elle migre vers Trois-Rivières, Victoriaville et Saint-Élie-de-Caxton. «Pour moi, tous ces végétaux qui s’entremêlent et grandissent sont une métaphore des humains et du vivre ensemble», indique l’artiste. Inscriptions requises pour l’activité du 2 juillet. Info: www.centreregart.org  

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LE MOUVEMENT PYRAMIDAL DE WARTIN PANTOIS

Élément du projet «La fabrique des perdants» de Wartin Pantois

Particulièrement actif depuis le retour des beaux jours, Wartin Pantois interviendra sur la façade de l’édifice où loge Regart pour son œuvre la plus ambitieuse à ce jour, La fabrique des perdants. Combinant des scènes de compétition et des scènes de solidarité, les images des danseurs contemporains Jean-François Duke et Ariane Voineau seront démultipliées. À l’étage, les personnages tenteront d’escalader une pyramide humaine pour se trouver au top, pendant que d’autres dégringoleront jusqu’au rez-de-chaussée. «Ils ont joué tous les rôles, comme s’il s’agissait de plusieurs moments de vie», indique l’artiste. À la hauteur des passants, des scènes d’entraide et les déchus s’entremêleront, promettant de susciter une réflexion sociale, comme les œuvres précédentes de l’artiste, qui ponctuent l’espace urbain du quartier Saint-Roch. Le vernissage se tiendra le 6 juillet à 17h, avec une performance de Jean-François Duke.