Une image de la performance «The News Channel», créée par Gali Blay en 2017

Symposium de Baie-Saint-Paul: l’imagination au pouvoir

Le 36e Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul a commencé jeudi soir par une parade festive dans les rues de la ville. Treize projets artistiques sont maintenant amorcés dans l’ancienne école Thomas-Tremblay. Ils sont assemblés sous la bannière Art et politique, choisie par Sylvie Lacerte. Nous avons discuté avec la nouvelle commissaire, qui amorce un mandat de trois ans à la barre du grand atelier public.

«On vit dans un monde de turbulences», soutient Mme Lacerte, qui a voulu attaquer les questions épineuses comme l’appropriation culturelle, les migrants ou encore l’ambiguité médiatique «de front» dès sa première année en poste.

L’historienne de l’art établie à Sutton fréquente le Symposium depuis 1988. Elle y avait donné une conférence sur la médiation de l’art contemporain, le sujet de son doctorat, en 2008. «Je crois que la direction du Symposium tenait vraiment à avoir quelqu’un qui est intéressé à créer des liens entre l’art et tous les types de publics», note-t-elle.

Sylvie Lacerte, commissaire du 36e Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul

Les conférences et projections qui font partie de la programmation sont autant de clés pour réfléchir à l’état socio-politique du monde. Dominique Blain (28 juillet), Anaïs Barbeau-Lavalette (3 août), Carl Trahan (11 août), Aydin Matlabi (18 août) et Kim O’Bomsawin (25 août) viendront parler de la place de l’engagement, des données historiques ou encore de l’action humanitaire dans leurs démarches respectives. Inch’Allah, Les ordres, Human Flow, Persepolis et Ce silence qui tue seront projetés au cours du mois d’août. 

Treize projets

Cette année, 112 projets ont été présentés au comité de sélection du Symposium, 13 se créeront sous nos yeux pendant tout le mois d’août. «Nous avons retenu les artistes qui avaient déjà l’art et le politique dans leurs préoccupations artistiques», note la commissaire.

«Voisins», une installation d’Ari Bayuaji à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours en 2017

Pour faire écho aux débuts de l’évènement, qui a d’abord été dédié à la peinture, Lianne Ho (née à Hong Kong, maintenant établie à Toronto) et Gabrielle Lajoie-Bergeron (de La Malbaie, maintenant à Montréal) ont été sélectionnées. La première s’intéresse aux fictions du système monétaire et au climat politique déformé par les plates-formes numériques et la seconde s’intéresse aux droits des femmes et aux représentations qui peuvent être à la fois source de domination et d’émancipation.

Marie-Christiane Mathieu ira interviewer des gens de la région à bord de son laboratoire sur roues pour créer une archéologie fictive propre à Baie-Saint-Paul. «Ça demeure mystérieux, mais ça devrait donner lieu à quelque chose de documentaire, avec des dessins, des photos et des cartes géographiques glanés pendant ses périples matinaux», explique Mme Lacerte. 

«Vénus grecque africaine», une œuvre de Fred Laforge créée en 2016

Enjeux mondiaux

Ari Bayuaji, qui travaille à Mont­réal et à Bali, veut aborder l’immigration. «Il utilisera des portes pour créer des métaphores. Il s’intéresse notamment au fait qu’elles peuvent s’ouvrir, contrairement aux murs que certains cherchent à ériger entre les pays», expose la commissaire.

Gali Blay, qui vient tout juste de s’établir à Berlin et qui travaille beaucoup en Israël, «a un discours assez critique sur la manière dont les nouvelles, qui servent souvent à créer un état de panique, sont diffusées en Israël», indique M. Lacerte. 

Fred Laforge et Eddy Firmin (originaires du Saguenay et de la Guadeloupe, maintenant à Montréal), travailleront de concert sur le sujet de l’appropriation culturelle. Ils créeront à quatre mains des objets de boutique souvenir, où folklorisme et exotisme sont souvent exacerbés. «Ils s’intéressent aux rapports de pouvoir entre les groupes majoritaires et minoritaires, et ça ne me surprendrait pas qu’ils abordent la question des peuples autochtones dans leur travail.»

«Lapin meuble», d’Eddy Firmin, créé en 2016

Le Symposium se poursuit jusqu’au 26 août, le public peut rencontrer les artistes au travail du mercredi au dimanche de 12h à 17h, au 25, rue Ambroise-Fafard, Baie-Saint-Paul. 

Info: www.symposiumbsp.com