À 53 ans, Sylvie Laurin a décidé de se replonger dans les arts visuels. Cinq ans plus tard, la flamme n'a pas faibli.

Sylvie Laurin: parures vengeresses

Les bijoux et les sculptures de Sylvie Laurin sont faits de plastique fondu, d’algues, de perles et de matériaux récupérés. Mélangeant étrangeté et séduction, l’artiste entraîne le visiteur dans un parcours dystopique abordant notre dépendance au pétrole sur les deux étages de la Maison Tessier-dit-Laplante, à Beauport.
Un des collier créé par Sylvie Laurin

Son exposition, intitulée Revanche, sublime un futur proche où la nature exercerait une vendetta sur l’humain. L’artiste a chauffé des sacs-poubelle pour en faire une matière noire et solide. Elle a séché, teint, moulé et laqué des algues pour les plier à sa volonté. Au fil d’une exploration de plusieurs mois, elle a sélectionné ses matériaux possibles pour façonner une étonnante collection de broches et de colliers. Sur quatre grandes photographies faites en studio, des mannequins d’une blancheur de lune portent fièrement les parures, les doigts trempés de blanc ou le visage maculé de traces noires.

Une des quatre photographies qui font partie de l'exposition.

Puis, comme on le constate en suivant le crescendo qui nous amène jusqu’à l’étage, les bijoux sont devenus sculptures sauvages (têtes de poupées et de mannequins, objets englués, brûlés). Des pièces de Purcell, Chostakovitch et Bach contenant des envolées vocales tragiques et obsédantes jouent dans les haut-parleurs.

Une installation de Sylvie Laurin

Le corpus pour le moins singulier est le résultat de 18 mois de labeur intensif. À 53 ans, après une trentaine d’années dans le secteur financier (même si elle a tenu une galerie dédiée à l’art animalier pendant quelques années et a toujours gardé un pied à Materia, sur le CA), Sylvie Laurin a décidé de se replonger dans les arts visuels.

L'installation «Et après» qui clôt le parcours de l'exposition.

«Je me suis dit qu’à 80 ans, ce ne serait plus le moment. J’ai décidé de le faire intensivement, pour voir si j’étais sérieuse», raconte-t-elle. Elle a suivi la formation de l’école de joaillerie de Québec, puis un cours à Montréal, avant de pouvoir exposer en solo à la bibliothèque Monique-Corriveau, il y a déjà quatre ans. Elle avait alors trouvé une manière de dénoncer l’élevage industriel de poulets, dans des bijoux et quelques sculptures. Les proportions sont en train de s’inverser, et la flamme n’a pas faibli. 

Jusqu’au 12 décembre au 2328, avenue Royale, Québec.