Le renard sculpté en taille directe de Claire-Alexie Turcot

«Sorti du bois»: réenchanter les forêts

Un géant de bois a élu domicile sous le pont situé à un jet de pierre du Moulin de la Chevrotière. Il ouvre grand les bras, prêt à s’élancer dans une course folle, les pieds dans l’eau et la tête au vent. L’œuvre de Pierre Robitaille est en quelque sorte l’égérie de Sorti du bois, l’exposition qui se tient tout l’été à Deschambault-Grondines.

Il s’agit de la deuxième exposition d’un lot de trois, qui s’insèrent entre les Biennales du lin. La première était consacrée à la pierre, celle-ci au bois et la prochaine au métal, indique la commissaire Carole Baillargeon. 

Le bois est plus qu’un matériau, il occupe une place de choix dans nos expressions et notre imaginaire collectif. Plusieurs petites forêts semblent avoir poussé au sous-sol du Moulin. On jurerait que le Petit Chaperon rouge est sur le point de se pointer le bout du nez. Il y a celle de Johanne Benedetti, une tourneuse de bois qui a crée une série de gobelets, où l’écorce et les nœuds du bois créent textures et motifs. Puis celle de l’Irlandais Alan Meredith, qui tord le chêne pour en faire d’étranges coquillages tubulaires.

Les œuvres de Bill Vincent lient quant à elles les nerfs et les veines, ces réseaux du corps, aux rhizomes des branches, comme des fenêtres sur deux mondes. Dans des collages grand format, Yves Paré présente le chaos de la drave, des troncs sur l’eau, puis le tissage mathématique et organisé des villes, avec des tiges de bois. Des pièces de charbon de bois, amagalmées sur des os de poissons par la joaillière Catherine Sheedy, viennent clore le cycle imaginé par la commissaire, du bois brut aux sédiments.

Une envoûtante machine-orchestre, mise au point par Fred Lebrasseur, est à l’œuvre au rez-de-chaussée. Le musicien a reproduit avec des objets de bois (chaises, portes, lutrin, hélice) le fouillis d’un grenier. La chorégraphie mécanique qui se met en branle permet toutefois de constater que chaque pièce a été minutieusement placée pour produire une symphonie (ou une conversation!) fébrile et joyeuse, à laquelle il est impossible de résister.

Plusieurs œuvres qui évoquent les livres, les contes et les histoires ont été rassemblées à côté. Les saynètes de bois peint de Viatour-Berthiaume s’inspirent de contes de Fred Pellerin et d’histoires de Michel Tremblay, dont on peut lire des extraits. L’image d’un orme, tissée par Karen Task et des livres de référence sculptés par Guy Laramée pour créer des paysages montagneux complètent ce segment.

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Au Vieux Presbytère

Une œuvre de Guillaume Côté-Roux occupe l’entrée du Vieux Presbytère de Deschambault.

L’exposition se poursuit au Vieux Presbytère de Deschambault. Devant l’entrée, des structures de bateaux (qui rappellent des côtes de baleine) de Guillaume Côté Rioux se feront graduellement envahir par les herbes folles. Sa sculpture Les mutations inachevées, à l’intérieur, saisissante image d’une jeune fille à moitié couverte par un rabaska ou un tipi, côtoie les animaux sculptés en taille directe par Claire-Alexie Turcot, qui semblent sortis tout droit d’une fable.

Manifestation, de Sylvie Sainte-Marie, rassemble une foule de silhouettes d’oiseaux, taillées abruptement dans du bois récupéré et usé par le temps. Sa série La honte, où de petites têtes de bois sont déposées sur une ligne de cuillères pliées, évoque les affamés du monde entier. 

Au premier étage, les visiteurs peuvent prendre place et apprendre à jouer de la cuillère (de bois, bien sûr) grâce à une vidéo de Richard Cyr et son fils Mathieu Venière-Cyr, de l’entreprise Héritage. Les pièces de la joaillière Anne-Marie Rébillard, qui a façonné des pièces à partir de bois de grève et de morceaux de plastique, les collages de bois indigène aux allures de capteurs de rêve de Claudia Côté et les violons — dont un étroit violon «pochette» — du luthier Louis Saulnier forment un intéressant cabinet de curiosités.

Le grenier du Vieux Presbytère est peuplé d’hurluberlus, des volatiles joyeusement échevelés conçus par des enfants sous l’égide de Mathieu Fecteau. La population est invitée à créer d’autres créatures, qui seront mises à l’encan à la fin de l’exposition. 

Sorti du bois est présenté jusqu’au 30 septembre à Deschambault-Grondines. Info : culture-patrimoine-deschambault-grondines.ca

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LE FLEUVE DE PIERRE-PAUL BERTIN À PERCÉ

L’envol des oies blanches de Pierre-Paul Bertin

Pierre-Paul Bertin a passé les 20 dernières années de sa vie à observer le fleuve, sur la route, le long des berges ou de sa demeure de Beauport. Ses œuvres sont pleines de falaises, d’éclats de couleur et de lumière, de lignes folles et d’oiseaux échevelés.

«C’est l’envolée qui l’intéressait. Sur les battures, il guettait le mouvement», indique Paule Robert-Bertin, qui a partagé la vie de l’artiste pendant 34 ans, et qui s’applique pour que ses œuvres continuent de rayonner. 

Cet été, l’exposition Le fleuve et son espace, qui regroupe des huiles, des encres, des gouaches et des collages de Bertin, est présentée au Musée Le Chafaud, à Percé. On y trouve aussi de grandes œuvres textiles, que Mme Robert-Bertin accepte de présenter pour la première fois, et deux sculptures : L’oie blanche et La puissance de l’envol.

Les œuvres immenses et colorées, véritables courtes-pointes impressionnistes, y côtoient de nombreux dessins, aériens, en noir et blanc. Un corpus qui augure une belle immersion dans l’univers de Bertin, pour ceux qui passeront par Percé pendant la belle saison.

Au 145, route 132, Percé, jusqu’au 24 septembre. 

Info : 418 782-5100 et pierrepaulbertin.com