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<em>Saisons d’eau douce no 2</em>
<em>Saisons d’eau douce no 2</em>

Saisons d'eau douce: des bouffées d’éphémère

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
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Éloïse Plamondon-Pagé a le don de capter, sélectionner et agencer les images délicates, éphémères, radieuses. Jusqu’à la mi-mai, à ExpoCité, on peut plonger dans Saisons d’eau douce — un condensé de ses voyages peaufiné lors d’une résidence au centre d’artistes VU.

En 2017 à la Biennale du lin de Portneuf, elle présentait En chœur, des vues rapprochées de mains cueillant les plants et broyant les tiges, déployées sur des bandes de tissu suspendues. L’année suivante, chez Engramme, elle reprenait un dispositif semblable pour évoquer la mémoire de sa grand-mère dans l’installation L’air du temps.

Avec Saisons d'eau douce, l’artiste passe en quelque sort du portrait au paysage, en présentant une forêt neigeuse dans les Rocheuses, une fenêtre couverte de givre à Moncton, le fleuve Saint-Laurent devant Deschambault, un coucher de soleil sur la mer Morte, les glaciers islandais et les lagunes des Îles-de-la-Madeleine.

<em>Saisons d’eau douce no3</em>

Elles ont été collectées au fil de résidences un peu partout dans le monde ces dernières années, dont une en Islande, où les oiseaux s’invitaient sans cesse devant son objectif.

«J’avais décalé mon cycle de sommeil pour être réveillée pendant le soleil de minuit et je me suis mise à filmer l’océan et le ciel en continu, raconte Éloïse. J’ai environ mille vidéos de lumière. Pendant la résidence à VU, j’ai tenté de trouver une manière de transposer ce regard vidéo, très contemplatif, en photographies.»

Retenue à domicile au cours des derniers mois, elle a voulu retrouver cet état où l’on s’ouvre au monde, en observant tout avec attention, si facile à trouver en voyage. «Les œuvres sont ce qui reste de mon rapport au monde et de mon amour du monde», note-t-elle.

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Les photos ou images tirées de vidéos ont des couleurs incroyables pourtant bien réelles et non modifiées. Des lignes verticales laissent deviner que l’horizon a été renversé à 90 degrés. On imagine bien les promeneurs de la place Jean-Béliveau pencher la tête, comme des oiseaux curieux, pour retrouver le paysage d’origine.

Éloïse Plamondon-Pagé avoue son amour des sternes arctiques, qui migrent annuellement du pôle Nord à l’Antarctique, faisant une à deux fois la distance entre la Terre et la Lune dans leur vie. «Elles virevoltent dans tous les sens et regardent le monde à l’envers, et il y a un peu de sens dans mon travail.»

Tout comme cette idée d’immortaliser l’éphémère et de conserver les milliers de secondes qui meurent en laissant des traînées de lumière. 

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