L’œuvre de Yann Normand, créée au premier Symposium international de sculpture de Saint-Georges, en 2014, sur l’Île Pozer

Saint-Georges, ville aux 100 sculptures

SAINT-GEORGES — Chaque été depuis cinq ans, de nouvelles sculptures s’intègrent au paysage de Saint-Georges de Beauce. L’Île Pozer, avec ses ponts piétonniers et son musée des lilas, a été le premier territoire à les accueillir, puis les œuvres ont poussé le long de la Promenade Redmont. La prochaine cohorte, sur laquelle s’affairent 10 sculpteurs jusqu’au 17 juin, s’intégrera au cœur historique de la ville.

Dix ans, cent sculptures: tel est l’objectif de Beauce Art avec le Symposium international de la sculpture de Saint-Georges. «L’idée est de créer un espace muséal, formé de 10 salles à ciel ouvert», indique le directeur artistique Joseph Richard Veilleux.

En ce lundi matin gris, nous marchons d’une sculpture à l’autre le long de la piste cyclable et du chemin piétonnier de l’Île Pozer. Des bénévoles attentionnés s’affairent à refaire les plate-bandes malmenées par les inondations printanières. Les sculptures aussi ont eu les pieds dans l’eau, mais rien n’y paraît. Les géants de pierre et de métal n’ont pas bronché. «On mise sur la pérennité, on veut que les œuvres durent 75 ans, voire 300 ans», souligne M. Veilleux.

Les sculptures se sont intégrées au projet de revitalisation Rendez-vous à la rivière, amorcé il y a une dizaine d’années. «Je me souviens d’avoir fait une présentation intitulée ‘‘Ce que serait Saint-Georges si nous avions un plan d’eau au lieu d’une rivière asséchée’’», raconte l’architecte Paul Baillargeon, président du Symposium. Il a convaincu des bailleurs de fonds, Marcel Dutil de CANAM en tête, de financer un barrage gonflable de plusieurs millions de dollars. Puis un jardin, puis les sculptures.

«La réception», de Michel Goulet, invité d’honneur de la première édition du Symposium international de sculpture de Saint-Georges, en 2014

Des quoi? «La première année, une station de radio locale appelait ça des statues, raconte Julio Trépanier, responsable des communications de Beauce Art. Il a fallu faire un peu d’éducation. Mais maintenant, les gens commencent à comprendre ce qu’est une sculpture abstraite ou une sculpture figurative.»

Depuis quelques années, il réalise des capsules vidéo présentant les artistes locaux et internationaux qui participent au Symposium et les montrant au travail. À côté de chaque sculpture, une plaque présente l’œuvre, son créateur, des clés de compréhension. Pour la première fois cette année, Beauce Art a aussi formé des guides. Le comité artistique, lui, a déjà commencé à faire un livre.  

Cet été, la reconstruction du quai Pinon empêche l’utilisation du quai gonflable, qui crée habituellement un bassin d’eau récréatif autour de l’Île Pozer, mais à terme, la nouvelle infrastructure est l’un des territoires convoités pour étendre le musée à ciel ouvert. «On veut travailler avec les architectes et ceux qui font l’aménagement paysager pour prévoir, déjà, des espaces pour l’ancrage et l’éclairage des sculptures», indique M. Veilleux.

Louise St-Pierre, présidente d’honneur de cette cinquième mouture, est la présidente du conseil d’administration du Domaine Forget de Charlevoix, qui a aussi son jardin de sculptures en pleine nature. «On pourrait certainement faire des partenariats entre Charlevoix et la Beauce, partager des informations, avoir des œuvres et des artistes communs», expose-t-elle.  

Vue de l’expo permanente de sculptures, le long de la promenade Redmond

Mondial

Les sculpteurs qui ont mis la main à la pâte pour embellir Saint-Georges proviennent du monde entier, grâce à un partenariat avec l’Organisation mondiale de la francophonie. «Leur réseau nous donne accès à 83 pays francophones et francophiles. Ils paient aussi le transport de certains artistes», note M. Veilleux.

Parmi les sculptures léguées aux citoyens de Saint-Georges, on trouve notamment La réception, de Michel Goulet, qui fut l’invité d’honneur de la première édition du Symposium, en 2014. Marc Fugère signe Le legs, qui révèle ses secrets sur le coup de quatre heures, les jours ensoleillés. Yann Farley a signé une sculpture cinétique, Don Darby a conçu une chute échevelée, Karl Dufour, une construction réfléchissante qu’on pourrait qualifier de plasticienne, Jean-Yves Menez, de Bretagne, un œuf de dragon inspiré des rituels celtes. Chaque symposium a aussi permis à des artistes beaucerons, comme Paul Duval ou Jean-François Maheux, de se mettre en valeur. 

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LA DÉLICATESSE DES COLOSSES

Sculpter la pierre et le métal demande un arsenal colossal: scie à chaîne, fer à souder, découpeuse… et pourtant le résultat peut s’avérer aussi délicat qu’un dessin.

«La première année, on a vu que c’était vraiment un sport extrême. On en a fait la thématique de l’année suivante», souligne le directeur artistique Joseph Richard Veilleux, qui a ensuite puisé au potentiel fantaisiste de la rivière Chaudière, puis au caractère grandissime de la sculpture à ciel ouvert, pour inspirer les artistes.

Les sculpteurs de pierre unissent leurs forces pour déplacer les immenses blocs de granit et de marbre.

Ceux qui participent du 5e Symposium international de sculpture de Saint-Georges ont été invités à s’exprimer sous le thème «Sculpter l’histoire en plein air» et verront leurs œuvres installées dans le centre historique de Saint-Georges. Celle de l’invité d’honneur, Paul Duval, a déjà été installée à l’entrée du Parc Lacasse. Intitulée La rencontre, elle montre deux silhouettes longilignes et protectrices qui forment une arche.

Les neuf autres artistes ont jusqu’au 17 juin pour produire leur legs. Ils travaillent sous des abris Tempo dans le stationnement face au centre sportif de Saint-Georges. À notre passage lundi matin, les sculpteurs de pierre travaillaient ensemble pour lever des blocs massifs en utilisant un simple levier en bois : technique éprouvée et dirigée par Adrien Bobin, un tailleur de pierre de Saint-Jean, sur l’île d’Orléans.

Pour s’inscrire dans le thème, il fera une flèche du temps, en utilisant des techniques anciennes et des outils modernes. Stéphane Langlois réinterprète les clochers à sa manière, avec une œuvre intitulée Campanile. Josiane Saucier travaille sur La muse de l’oubli, qui, d’une certaine manière, par soustraction, est la mère de l’histoire. L’Italien Bettino Francini s’est inspiré d’une tradition funéraire algonquine, alors que l’Ukrainien Michael Levchanko a conçu un bateau de la mémoire, surmonté d’une figure humaine. Le Sénégalais Gabriel Malou entend graver des écritures anciennes sur deux silhouettes face à face, alors que le Français Vincent Di Vincenzo dessinera des scriptures solaires. L’archéologie du futur de Daniel Pérez Suarez (Espagne), Petit cheval de fer de Cynthia Saenz (Costa Rica) et L’énergie de la terre d’Alex Sorokin (Biélorussie) sont aussi en fabrication, devant public.

Le Symposium se tient jusqu’au 17 juin. Info: www.beauceart.com