Retrait américain de l'accord de Paris: une décision «terrible»

Pour Stephen Gorman, photographe américain de l'Arctique, la décision du président Donald Trump de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris est «terrible» alors que les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus sentir.
«C'est terrible!», a simplement répondu Stephen Gorman, qui venait d'apprendre la décision du président quelques minutes avant le vernissage de l'exposition Regard sur l'Arctique et Étoiles boréales qui est présentée jusqu'au 14 juin aux bureaux de Parcs Canada à Québec.
«Je ne veux pas trop commenter l'aspect politique car les causes de la pollution atmosphérique sont trop complexes. Cependant, notre survie économique dépend de notre consommation et de notre production de déchets. C'est un cercle vicieux et il faudra un esprit très créatif pour nous permettre d'en sortir», a-t-il poursuivi en entrevue avec Le Soleil.
D'après lui, une décision comme celle du président Trump est l'une des raisons pour lesquelles il faut «continuer de montrer ces images de l'Arctique». «De cette façon, les gens peuvent créer des liens avec ces gens et ces animaux. Il faut montrer au monde ce qui est en train de se perdre. Je fais ce travail car je sais que je suis l'une des rares chances pour les gens de New York, Montréal et Québec de voir ces endroits.»
Détenteur d'une maîtrise en études environnementales de l'Université Yale, c'est avec sa plume et son appareil photo que le natif de New York, qui a passé une partie de sa jeunesse en Belgique, a décidé de mener son combat pour la survie de l'Arctique. Il a signé cinq livres grand format et plusieurs articles dans des magazines américains sur ce sujet qui le passionne depuis que ses parents lui on lu L'Appel de la Forêt de Jack London quand il avait 3 ans.
Au cours des dernières années, il a donc parcouru l'Alaska, le Grand Nord canadien et le Groenland pour présenter au reste du monde des images de ces régions éloignées et des effets des changements climatiques.
«Le climat change, c'est indéniable. J'ai vu plusieurs ours polaires sous le stress. J'en ai vu prisonniers d'îles jusqu'à ce que la glace reprenne. Certains sont morts de faim. J'en ai vu d'autres s'adapter tant bien que mal, comme cet ours qui vivait dans une colonie d'oiseaux, qui sont devenus sa source de nourriture», raconte le photographe.
Sensibiliser
Stephen Gorman souhaite sensibiliser les populations aux défis de l'Arctique, de sa faune et de ses habitants, les Inuit. «Vous savez, la culture des Inuit et la «culture» des ours polaires vient de la glace. Ils en ont besoin pour chasser, pour se déplacer. Et les deux s'adaptent d'une façon ou d'une autre à la nouvelle réalité. Il y a ce parallèle entre les deux.»
L'une des solutions, selon le photographe, passe par la protection des derniers grands espaces du globe qui n'ont pas encore été développés. «Comme le Refuge faunique national arctique, en Alaska, qui fait cependant l'objet de pression de la part de compagnies pétrolières et de politiciens qui voudraient aller à la recherche de pétrole dans un territoire côtier appelé ''secteur 10-02'' », poursuit-il.
Pour sa part, le photographe prépare un autre bouquin qui abordera ses voyages de l'Alaska jusqu'au Groenland. «Je reviens d'une expédition en traîneau à chiens de trois semaines dans le nord du Groenland, dans le village le plus nordique du monde. Les Inuit y chassent encore le narval en kayak et se déplacent en traîneau», raconte-t-il.
Dans ce livre, il souhaite montrer une fois de plus ce qui se produit quand la glace disparaît, l'effet que la situation a sur les êtres humains et sur les animaux, plus particulièrement les ours.
«La seule façon d'y arriver est d'établir un lien émotif avec les gens. La plupart des gens sont sensibles et veulent poser le bon geste, mais ils ont des vies tellement occupées et il y a beaucoup de concurrence pour leur attention. Si mes images ont un impact, elles les feront peut-être s'arrêter et réfléchir», conclut le photographe.