Raphëlle De Groot a sillonné le parc de l’Archipel-de-Mingan, ramassant des résidus et des rebuts et invitant les gens à parler de leurs repères.

Raphaëlle De Groot dans les villages en archipel

L’été dernier, Raphëlle De Groot a sillonné la Côte-Nord en pick-up, en charriant une tente innue et un canot à clins. Deux appâts pour amener les Autochtones et les gens des villages à venir discuter, d’abord des objets, puis de leurs repères.

La commissaire Véronique Leblanc l’avait invitée à participer à l’événement Repères/Landmarks, un des rares projets d’art actuel liés au 150e anniversaire de la Confédération. Elle devait choisir un Parc national canadien. Seule francophone, elle s’est tournée vers la réserve du parc national de l’Archipel-de-Mingan.

Les sept localités qui ponctuent 200 km de route semblaient refléter l’archipel, juste en face. Chacune a développé sa manière de nommer les choses, chacune a ses familles souches, son histoire, son bagage.

De Groot a mené une grande investigation à 360 degrés, a invité les gens à parler de leur repères. «Il y en avait qui parlaient d’histoire, de mémoire, de patrimoine, de tradition, mais il y en avait aussi qui parlaient du territoire comme tel, de la nature comme ancrage.» Puis elle a réfléchi à l’idée de subsistance, assez cruciale dans ce territoire sauvage, et à ce qui subsiste. En trimbalant son campement-exposition d’un village à l’autre, elle a commencé une cueillette d’histoires et de matière.

Ces idées de collecte, d’objets chargés de souvenirs personnels et de déplacement font partie de la démarche de l’artiste depuis longtemps. Pour Le poids des objets, qui s’était arrêté au Lieu et à La chambre blanche et qui avait culminé avec Rencontre au sommet, présenté au Musée national des beaux-arts du Québec en 2016, elle recueillait les dons, empaquetait, classait, jumelait les objets avec les artefacts des musées.

Cette fois, elle a cueilli des résidus et des rebuts, les seuls matériaux «collectables» dans une réserve naturelle. Elle a invité La Boîte Rouge Vif, un organisme de Chicoutimi, et le réalisateur Maxime Girard à entrer dans l’aventure.

Ça a donné un film d’art, Subsistances, qui témoigne du projet, mais qui lui laisse une part de mystère. «Le montage permet de comprendre les liens entre les gestes qui sont posés, mais c’est une bulle, qui porte un certain dépaysement», indique l’artiste.

Subsistances sera projeté le jeudi 15 mars à 19h (avec six autres propositions) à l’auditorium du MNBAQ dans le cadre du Festival du film sur l’art. Info: www.artfifa.com/fr