Pierre Lassonde vient de présider son dernier conseil d'administration au Musée national des beaux-arts.

Pierre Lassonde tire sa révérence

Attablé au café-resto du pavillon qui porte son nom, au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), Pierre Lassonde porte un regard admiratif sur le spectacle qui s'offre à lui, en ce jeudi matin, alors que les flocons tombent sur Grande Allée. «C'est comme si on était assis dehors. Tu vois l'hiver, mais à l'intérieur.»
Quelques instants plus tôt, l'homme d'affaires venait de présider son dernier conseil d'administration à l'institution muséale, après 11 ans à faire la navette entre Québec et sa résidence de Toronto. Il laisse son siège à Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain Hôtels, avec le sentiment du devoir accompli. Et surtout la fierté d'avoir contribué en partie, avec un don personnel de 10 millions $, à la construction d'un pavillon qui fait l'envie de tous.
Lors de sa nomination, Pierre Lassonde tenait mordicus à tenir un concours international d'architecture pour «donner le plus bel écrin possible à nos artistes québécois». Il a tenu son bout, malgré les réticences du gouvernement, échaudé par de mauvaises expériences. «Il ne faut pas se le cacher, on n'était pas du tout en faveur de ça. Il a fallu que j'aie les pieds bien plantés. Ç'a été une décision clé.»
La firme new-yorkaise OMA a finalement été l'heureuse élue. Un contrat qui arrivait pour elle comme une bénédiction du ciel. «C'était leur dernière chance de rester en vie. S'ils n'avaient pas notre contrat, ils fermaient. Ils ont mis tous leurs effectifs pour gagner le concours.»
Le nouveau pavillon du MNBAQ, tout en lumière, est à ce point réussi, estime Pierre Lassonde, qu'il  est primordial de développer une stratégie pour l'inscrire sur «la carte mondiale des expériences muséales», au même titre que le musée Guggenheim, à Bilbao. «Si on était capable d'aller chercher 100 000 visiteurs de plus par année, ça ferait une différence énorme pour nos artistes québécois.»
Le MNBAQ n'a pas encore atteint son plein potentiel, croit-il. Il rêve d'un aménagement, du côté ouest, vers les Plaines, où les visiteurs pourraient patiner entre les oeuvres d'art, en hiver, et se promener dans des jardins l'été. «Pour Québec, ce serait fantastique. Si on veut vendre la ville comme destination d'hiver, il faut offrir aux visiteurs quelque chose à faire.»
À 69 ans, ce grand collectionneur de tableaux d'artistes québécois - il en possède plus de 400, dont plusieurs de son peintre préféré, Jean-Paul Riopelle - compte maintenant se consacrer à un nouveau volet de sa carrière, la présidence du Conseil des arts du Canada. «Comment faire pour toucher 36 millions de personnes avec les arts est un défi d'ordre national.»
Un nouveau boulot qui l'amènera à travailler davantage à Ottawa. «C'est beaucoup plus dull qu'à Québec. Ce n'est pas la même vibe. Après 7h, il se passe plus rien...», termine-t-il, sourire en coin.
Plaidoyer pour la philanthropie
Philanthrope reconnu au Canada et aux États-Unis, dans le domaine de l'éducation et des arts, Pierre Lassonde estime qu'il reste «encore beaucoup à faire» pour sensibiliser les Québécois les plus fortunés à la générosité.
«Je vois encore des gens de Québec avec de belles fortunes qui ont de la difficulté à ouvrir leur portefeuille. Mais c'est mieux qu'avant, on a fait un bout de chemin. Aujourd'hui, c'est quelque 2000 personnes qui contribuent au MNBAQ. Ce n'est pas parce que les Québécois n'ont pas le coeur à la bonne place, mais je crois qu'ils ont trop souvent pensé que le gouvernement était là pour tout faire, mais ce n'est plus comme ça.»
Selon l'homme d'affaires qui a bâti une fortune colossale dans le domaine de l'or, la générosité est une qualité aux vertus insoupçonnées. «Ce n'est pas quelque chose d'inné, mais qu'on apprend. Quand on commence à donner et qu'on voit ce qu'on reçoit en retour, c'est le bonheur. Moi, plus je donne, plus je pense que je vais vivre vieux...»
Passionné de Québec et de Champlain
Pierre Lassonde n'est pas né à Québec, n'a jamais étudié ni habité à Québec, mais il voue pour la capitale une passion sans fin. «C'est la plus belle ville au Canada.» L'homme d'affaires nourrit aussi une admiration sans bornes pour son fondateur, Samuel de Champlain. Il a littéralement dévoré sa biographie. «Ç'a été un homme absolument incroyable. Il a traversé l'Atlantique à l'âge de 18 ans et l'a fait 52 fois dans sa vie, à une époque où le voyage pouvait prendre jusqu'à trois mois. Quand il est mort, tous les chefs amérindiens de l'époque sont venus à ses funérailles en signe de respect. Il n'a jamais fait la guerre aux tribus indiennes.»