<em>Une lumineuse fin du monde</em> de Pierre et Marie

Pierre et Marie: sourire au désastre

Pour les 10 ans de l’Espace Parenthèses, le duo Pierre et Marie a concocté une exposition rétrospective aux allures de feux d’artifice sur un air de catastrophe. Fidèle à son ton tendre et grave, le couple trouve des images poétiques percutantes pour sourire au désastre.

Ce n’est pas leur statut d’anciens élèves qui a valu à Pierre et Marie d’hériter de l’exposition anniversaire de l’espace d’exposition du cégep de Sainte-Foy. Marie-Ève y est passée en Science, Lettres et Arts, mais a rencontré Pierre au cégep Limoilou, en ébénisterie. «On faisait du mobilier en bois, c’était très technique, il fallait suivre les plans. Alors, on se considère comme des autodidactes en arts visuels», note-t-elle.

Le duo a profité de l’occasion pour puiser dans leurs œuvres de la dernière décennie qui mettent l’accent sur les natures mortes, les instants figés, ce fragile équilibre entre le festif et le tragique. Puisqu’ils n’ont pas eu souvent des expositions à Québec, l’exercice s’imposait et met la table pour une exposition plus ambitieuse au Musée régional de Rimouski cet été.

Une lumineuse fin du monde, la pièce-titre de l’exposition et la plus récente qu’ils aient produite, montre une chandelle en néon qui fond en trois temps.

«Ça résume le cœur de notre pratique, qui combine un sentiment d’anxiété générale devant la catastrophe imminente, le déséquilibre du monde qui nous entoure. On offre une réponse poétique, lumineuse, on résiste par le sourire», expose Marie.

Les bougies d’anniversaires sont devenues pour eux le symbole parfait d’une magie éphémère, du même ordre que celle que promettent les néons clignotants des enseignes aguicheuses. Fans de pop art, de bd et d’illustration, Pierre et Marie n’ont pas hésité longtemps avant de faire reproduire leurs dessins en tubes lumineux.

Pourquoi sommes-nous si peu à être si bien, par exemple, est constitué d’un cœur fluet qui veille au-dessus de deux étourneaux éteints.

<em>Pourquoi sommes-nous si peu à être si bien? </em>de Pierre et Marie

Le jardin d’hiver

Pour Le jardin d’hiver, un parcours extérieur qui se déploie dans le Vieux-Port et le Vieux-Québec jusqu’au 9 mars, ils ont juché leur personnage en forme de cœur dans un arbre. «Il se maintient dans une petite échelle, parmi les corneilles qui l’observent, avec son grand sourire et les yeux brillants. Il semble en parfait contrôle, mais il est toujours dans une position très inconfortable», souligne Pierre.

<em>La chute</em>

Pendant Manif d’art, en 2017, ils avaient fabriqué au Musée national des beaux-arts un grand paysage fait de toutous barbouillés de teinture sombre cousus ensemble intitulé Soudain la beauté. On en trouve des échos à l’Espace Parenthèses dans des photographies et dans la sculpture La chute, où des animaux de mousse mal en point semblent se déverser du plafond. «La surconsommation et la nature au bord de l’épuisement sont toujours un peu présentes dans nos créations», note le duo, qui puise dans les milliers de toutous trop sales ou trop usés pour être redonnés qui sont mis sur le carreau par Réno-Jouets.

<em>Soudain la beauté - scène 1</em>

Sur la photographie Les corps fantômes, quelques peluches apparaissent, dépouillées de leur revêtement. «La bourrure des toutous anciens, qui ont été beaucoup manipulés, conserve sa forme. On peut reconnaître ce qu’ils étaient avant. Mais un seul coup de vent les fait s’effondrer. Il y a de la beauté dans la trace de toute la tendresse qu’ils ont reçue», indique Marie.

<em>Les corps fantômes</em>

Ne pouvant traduire en sculpture l’aspect vaporeux qui leur plaisait, ils ont figé l’image en deux dimensions. Les deux artistes sont d’ailleurs en résidence à VU, dans la coopérative Méduse, pour intégrer davantage de formes humaines et de narrativité dans leurs photographies.

<em>La légèreté des apparences I, II </em>et <em>III</em>

Un travail déjà amorcé avec la série La légèreté des apparences, où leur fils manipule une sculpture de ballon en forme de cœur à différentes étapes de sa fabrication : de ballon d’hélium légèrement désoufflé à lourde masse d’aluminium. On le retrouve dans une autre photographie, le visage cette fois caché par un amas de toutous emojis — à la fois protubérance comique et montagne d’émotions entremêlées.

<em>La légèreté des apparences IV</em>

Ceux qui suivent Pierre et Marie depuis les débuts seront heureux de retrouver, en bon état, leurs jujubes à l’effigie de sculptures de Cooke-Sasseville, de Valérie Blass et de BGL. Distribués à l’origine individuellement par une machine à bonbons, les jujubes ont été fusionnés en amas partiellement fondus, séchés et vernis, et placés sous une vitrine comme de «délicieuses» pâtisseries — ou de précieuses œuvres d’art.

<em>Idoles</em>

L’exposition Une lumineuse fin du monde est présentée jusqu’au 6 mars à l’Espace Parenthèses du cégep Sainte-Foy.