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Picasso. Figures. débarque au Musée national des beaux-arts du Québec

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Une tête sur la cuisse, des yeux disproportionnés ou un nez en plein milieu du front : pas besoin d’être un expert pour reconnaître les toiles iconiques du grand Picasso (1881-1973). Dès le 12 juin, le Musée national des beaux-arts du Québec invite son public à voyager au coeur d’une «rétrospective thématique» de la carrière du célèbre peintre. Avec Picasso. Figures, le MNBAQ jette un regard «actuel et courageux» sur l’Oeuvre de l’artiste : de sa misogynie documentée à ses manières de représenter les corps.

Voilà quinze ans que Picasso n’avait pas mis le bout d’une toile au MNBAQ. Si La joie de vivre. Picasso au château d’Antibes se concentrait sur une courte période, Picasso. Figures couvre toute la vie de l’artiste. Les 76 œuvres présentées au public ont d’ailleurs été produites entre 1895 et 1972, soit de son adolescence jusqu’à l’année précédent sa mort.

Montée en collaboration avec le Musée national Picasso-Paris, l’exposition estivale s’attarde ainsi à la représentation des corps que crée l’artiste, mais soulève aussi «certaines préoccupations sociales» liées à la misogynie de Picasso et à la «déconstruction de notre idéal de beauté» qu’il dessine. Le parcours est divisé en six thèmes : Figures féminines, Figures cubistes, Figures magiques, Figures sculpturales, Figures défigurées, Figures tardives.

Dès leur entrée dans la grande salle du pavillon Lassonde, les visiteurs auront l’occasion d’observer un panorama de toiles illustrant l’évolution technique du peintre espagnol, mais aussi les diverses façons dont il a représenté au fil des ans les corps des femmes qu’il fréquentait. Parmi celles-ci, on retrouve notamment le portrait déconstruit de son amante Marie-Thérèse Walter, qu’il a rencontré à 45 ans alors qu’elle en avait 17. Un exemple qui donne le ton au reste de la rétrospective.

«Grâce à la figure humaine, qui traverse l’intégralité de sa carrière, on peut donner aux visiteurs de Québec une bonne appréhension et un panorama des différents styles que Picasso a traversé tout au long de sa vie», explique François Dareau, Commissaire associé et chargé de recherches du Musée national Picasso-Paris.

Pablo Picasso, La lecture, Boisgeloup, 2 janvier 1932. Huile sur toile.

Bien que le peintre, de son vivant jusqu’à aujourd’hui, ait toujours connu la gloire, bon nombre d’archives et de témoignages soulèvent certains «comportements répréhensibles à l’égard des femmes» tels que violence conjugale, séquestration ou viol.

Si l’objectif n’est pas ici de «faire le procès de ce géant de l’histoire de l’art», l’équipe du MNBAQ souhaite toutefois faire réfléchir son public avec une grande question d’actualité : «Peut-on séparer l’oeuvre de l’artiste?»

Afin d’alimenter une discussion autour de ces enjeux, un audioguide qui «sort des sentiers battus» a été enregistré. Les visiteurs qui le désirent pourront alors suivre le parcours au rythme des voix de Mickaël Bergeron, journaliste, auteur et chroniqueur pour La Tribune ainsi que de Cassandra Cacheiro et Sara Hini, cofondatrices de The Womanhood Project. Des citations tirées de ce projet audio sont d’ailleurs apposées sur les murs de l’exposition.

«Les œuvres ont une temporalité qui leur est propre, mais les expositions aussi» - François Dareau

Puisque l’oeuvre de Picasso est «intimement liée à ses histoires d’amour, où la passion a côtoyé la violence et la destruction», le MNBAQ a notamment décidé de rendre hommage aux femmes qui l’ont inspiré. Ses six muses – Fernande Olivier, Olga Khokhlova, Marie-Thérèse Walter, Dora Maar, Françoise Gilot et Jacqueline Roque – sont ainsi présentées au public.

«Finalement, Picasso, c’était un artiste qui avait du mal à se séparer de ses œuvres. […] Donc on sait que celles qu’il a gardées, ce sont des œuvres auxquelles il état vraiment attaché et avec lesquelles il avait une histoire sentimentale intime et très forte», souligne d’ailleurs François Dareau, en rappelant que toutes les créations appartenant au Musée national Picasso à Paris sont tirées de la collection personnelle de l’artiste.

Cette introduction teinte donc tout le reste de la visite. Parmi les autres sections, qui observent l’évolution que prennent les figures des humains chez l’artiste, l’importance des formes dans son œuvre ou encore sa relation avec la mort, on questionne ainsi la volonté des femmes à se faire représenter de la sorte. Par exemple : celle dont tous les attributs sexuels sont tournés vers l’artiste était-elle consentante pour ce genre de projet? Peintures, sculptures, dessins et esquisses passent alors sous la loupe du public.

«Au départ, nous étions comme tout le monde dans le prestige et l’excitation. Mais plus le projet avançait et plus on se les questions qu’on doit se poser sur le passé de l’artiste, sa personnalité, sa relation avec les femmes. […] Petit à petit, on a donc décidé d’ouvrir l’exposition sur un discours très franc», affirme de son côté Jean-Luc Murray, directeur général du MNBAQ.

Sur la toile de gauche, on aperçoit le corps d’une femme déconstruit afin de présenter d’un même côté tout ses attributs sexuels.

Ouvrir le dialogue sur la diversité corporelle

Pour faire suite à Picasso. Figures, l’exposition Ouvrir le dialogue sur la diversité corporelle remet en question, quant à elle, l’acceptation sociale derrière le concept «d’inclusion, d’appréciation et de respect de tous les types de corps». Si la déconstruction de notre idéal de beauté apparaît comme du génie sur une toile de Picasso, quant est-il dans la vie de tous les jours?

Développée avec l’aide de Mickaël Bergeron, Cassandra Cacheiro, Sara Hini et Elizabeth Cordeau Rancourt, une créatrice de contenu culturel, cette seconde exposition crée un pont et un dialogue entre l’Oeuvre de Picasso, sa volonté de «déconstruire les canons esthétiques» et les questionnements d’aujourd’hui.

Pour faire suite à <em>Picasso</em>. <em>Figures</em>, l’exposition <em>Ouvrir le dialogue sur la diversité corporelle</em> remet en question, quant à elle, l’acceptation sociale derrière le concept «d’inclusion, d’appréciation et de respect de tous les types de corps».

Le projet, situé tout juste avant la sortie de Picasso. Figures, présente ainsi des poupées de différentes grandeurs et formes, des peintures de corps «non-normés», des photos de personnes âgées nues ou encore des sculptures issues de modèles plus gros. Des œuvres de créateurs d’ici, de l’Ontario et des États-Unis.

«Il y a de grands défis dans les musées comme le nôtre. Souvent, les gens viennent pour l’exposition internationale. Mais notre vraie mission, c’est de faire la promotion de l’art québécois. […] C’est une façon pour nous de profiter de l’attraction de Picasso pour faire découvrir des artistes d’ici», conclut Jean-Luc Murray, en espérant piquer ainsi la curiosité du public et lui donner envie de visiter les autres pavillons du MNBAQ où rayonne notre collection nationale.

Picasso. Figures et Ouvrir le dialogue sur la diversité corporelle sont présentées en exclusivité canadienne au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 12 septembre 2021.