Patrick Doyon au travail à la Bande vidéo

Patrick Doyon à la Bande vidéo: Hergé revu et remixé

L'illustrateur et cinéaste d'animation Patrick Doyon s'est installé tout le mois de mars dans le studio de la Bande vidéo, à Méduse, pour recueillir, inventorier, classer, assembler et remixer de menus détails des albums de Tintin. Un exercice minutieux qui fait vibrer la ligne claire et dont on pourra voir le résultat dès le 31 mars.
«L'idée est de prendre des micro-détails répétitifs de la bande dessinée d'Hergé et d'en faire des vidéos d'animation», résume Patrick Doyon, qui voulait aussi jouer sur la confusion courante entre le septième et le neuvième art.
Le projet s'appelle GRRR, pour «Georges Rémi [le véritable nom d'Hergé] relu et remixé» et pour rappeler le grognement de Milou et le fait que dans chacun des éléments retirés de la bande dessinée réfère à la violence qu'elle porte.
Un fusil
Une étoile
«Dans les albums, il y a beaucoup de coups de poing, des menaces au fusil, donc, même si c'est fait pour la jeunesse, c'est moins innocent qu'on pourrait le croire à prime abord», constate l'artiste. Comme pour beaucoup de francophones, les albums de Tintin font partie de son bagage culturel et graphique. «J'apprécie l'oeuvre, mais je ne suis pas un fan fini. Ça m'a pris du temps avant de lire les albums, vers 18 ou 19 ans. Plus jeune, je trouvais qu'il y avait trop de texte, mais je les feuilletais beaucoup», raconte-t-il.
Même sans connaître la prémisse de l'exposition, les visiteurs devraient reconnaître, ou à tout le moins avoir une impression de déjà-vu, en voyant les animations. «Ce qui m'interpelle le plus souvent en art contemporain, c'est quand l'artiste nous fait regarder quelque chose qui existe déjà d'une autre manière», relève Doyon. «Le but est de trafiquer le moins possible l'oeuvre d'origine, à part le fait de mettre l'image en noir et blanc, très contrastée, pour mettre en valeur la ligne claire qui est propre à Hergé. En laissant la couleur, on aurait perdu la clarté de l'animation.»
Trois murs
GRRR, encore en chantier, devrait se déployer sur trois murs. Le premier est provisoirement titré Les étoiles mystérieuses. Doyon a isolé et classé toutes les étoiles qui virevoltent autour des personnages d'Hergé lorsqu'ils se cognent la tête ou reçoivent un coup de poing et les présentent en ordre chronologique d'apparition dans 22 boucles d'animation, une pour chaque album de Tintin.
Pour garder une cohésion graphique, il a volontairement écarté Tintin chez les Soviets, qui n'a pas été redessiné, contrairement aux autres albums. «Vers la fin, dans les studios Hergé, chacun avait sa tâche, un peu comme dans un studio d'animation», souligne-t-il. Les 22 boucles d'animation créeront une constellation, une sorte de carte du ciel animée de l'oeuvre du bédéiste belge. 
Le deuxième mur (baptisé Pan! pan!) sera consacré aux fusils, dont l'assemblage devrait créer une narration, voire une confrontation. «En animation, s'il y a trop d'éléments qui bougent en même temps, on perd le focus. On perd le mouvement du fusil, donc il faut choisir les bonnes images et les mettre au bon endroit», explique Doyon.
Pour le troisième mur, il s'amusera à assembler les traînées graphiques, tout ce qui représente la surprise, l'étonnement, la folie, autour des têtes des personnages. «Il y en a énormément, donc je vais sûrement faire une sélection plus pointue, pour que ce soit esthétiquement intéressant», indique l'artiste.
Image tirée de <em>Dimanche / Sunday</em>, qui a été en nomination pour l'Oscar du Meilleur court métrage d'animation. «Ça part de mes souvenirs d'enfance, de mes dimanches passés au Lac-Saint-Jean», résume Doyon.
Nommé aux Oscars
Patrick Doyon a commencé sa carrière avec une nomination aux Oscars, en 2012, et un Jutra pour son premier film professionnel, le court-métrage d'animation Dimanche / Sunday, produit par l'Office national du film du Canada. «Ça part de mes souvenirs d'enfance, de mes dimanches passés au Lac-Saint-Jean où il y avait le moment d'aller à l'église, la visite des grands-parents», résume-t-il.
Son film The Junction, réalisé pour le Red Bull Music Academy 2016, a gagné un Gold Medal à la Society of illustrators à New York et un prix coup de coeur Grafika en février. «Il met en vedette les musiciens Peaches et Chilly Gonzales qui racontent leur première rencontre et la façon dont ils abordent la musique», note Doyon.
La couverture du livre jeunesse <em>Le voleur de sandwichs</em>, publié aux éditions La Pastèque
Il a également réalisé de nombreuses illustrations, dont celles du polar graphique pour enfants Le voleur de sandwichs, écrit par André Marois et publié aux éditions La Pastèque. Les esquisses de la suite, Le gâteau empoisonné, l'attendent pour qu'il y mette la touche finale à son retour à Montréal.
«C'est étrange parce que je fais des illustrations, j'aimerais qu'elles bougent, et lorsque je fais des vidéos d'animation, j'aimerais parfois que l'image se fige», réfléchit-il tout haut. Sa résidence à la Bande vidéo est sa deuxième en carrière, après un séjour à Fontevraud, en France, qui lui a permis de travailler sur un nouveau projet de film d'animation. 
L'exposition GRRR de Patrick Doyon sera présentée au 620, côte d'Abraham, Québec, du mercredi au dimanche, de 12h à 17h, tout le mois d'avril. Le vernissage aura lieu le vendredi 31 mars à 17h.
<em>Topiary</em>, 2017, huile sur toile de Martin Golland
Martin Golland chez Guimont: perspectives et perceptions
Plusieurs espaces-temps sont assemblés dans les oeuvres que présente Martin Golland à la galerie Michel Guimont. Des images et des photographies prises lors d'une résidence à Madrid à l'été 2016 ont servi de matériel pour créer les collages sur lesquels il a basé ses tableaux.
«L'exposition crée des collisions de contrastes: des éléments architecturaux anciens et modernes sont assemblés sur le canevas», indique l'artiste, en anglais. Les oeuvres sont construites à partir de fragments, de moments volés, d'espaces entrevus. L'artiste établi à Ottawa joue, comme toujours, avec les perspectives et les perceptions.
Le galeriste note que les nouvelles oeuvres sont plus lumineuses que celles exposées en 2013. Les roses, les orangés, les verts et les bleus très clairs, presque pastels, éclatent sur la toile. La végétation, plus présente que jamais, reprend ses droits sur les constructions urbaines.
L'exposition Façades et panoramas est présentée jusqu'au 23 avril au 273, rue Saint-Paul, Québec. Info: 418 692-1188