«Reanimation (Baloo Stripped Bare)» d’Oliver Beer, présenté à la Galerie des arts visuels

Oliver Beer à Manif d'art 9: retomber en enfance

Si de nos yeux d’adultes, la magie de Disney peut nous sembler factice avec ses parcs d’attractions, ses produits dérivés et ses contes sucrés débarrassés de leur cruauté originelle, aux yeux d’Oliver Beer, elle fait toujours effet. L’artiste britannique présente une relecture étonnament émouvante, construite avec des dessins d’enfants, du «Livre de la jungle» à la Galerie des arts visuels.

Déjà, il y a quelques années, il avait demandé l’aide de 500 écoliers de Nice pour recréer, image par image, des extraits des dessins animés Blanche-Neige (1937) et Alice au pays des merveilles (1951). L’an dernier à la Ikon Gallery, à Birmingham en Angleterre, il a renouvelé l’expérience, avec 2500 enfants cette fois, pour un extrait du Livre de la Jungle, produit en 1967 par le géant américain. En trois minutes, sur un seul écran, il recréait la scène où Louis, le roi des singes, chante I Wan’na Be Like You à Mowgli, avant que celui-ci ne soit libéré par l’ours Baloo.

Reanimation (Baloo Stripped Bare) d’Oliver Beer, présenté à la Galerie des arts visuels

Cette fois, les dessinateurs avaient de 0 à 13 ans. Ce qui donne des calques immaculés (les nouveau-nés), puis froissés, gribouillés, jusqu’à ce que des traits et une multitude de couleurs permettent de reconnaître les personnages. «Adolescents, ils commencent à s’en foutre un peu et à écrire des messages sur les images», note l’artiste, intéressé par la progression des dessins, qui lui donne en quelque sorte le portrait d’une génération.

Éblouis par la beauté de certaines compositions, par les détails révélateurs de personnalités, par les traits d’imagination débordante qui se présentaient à lui, il décide de construire une œuvre immersive de 15 minutes, sur quatre écrans cette fois, qu’il appelle Reanimation (Baloo Stripped Bare).

Isolés, les dessins sont parfois carrément abstraits et nous font percevoir des identités fugaces. Mis bout à bout, ils recréent une séquence visionnée par des millions d’enfants depuis un demi-siècle. La trame sonore originale, loufoque et jazzy, a été remplacée par la chanson About Today, du groupe The National, qui contribue à donner une charge émotive inattendue à l’œuvre.

Assis sur un coussin au centre de l’installation vidéo, Oliver Beer évoque le conformisme, la singularité, l’appartenance, le désir, la frustration, la peur, l’humour qui font de la séquence cinématographique un dense agglomérat de thèmes et d’émotions.

Reanimation (Baloo Stripped Bare) d’Oliver Beer, présenté à la Galerie des arts visuels

«Pour moi, Reanimation est aussi sur la perte de l’enfance. On dit parfois que tous les enfants dessinent, et que les artistes sont ceux qui n’ont pas arrêté, explique-t-il. Tous les enfants qui ont dessiné pour moi vont s’arrêter aussi, sauf peut-être un ou deux. C’est beau de voir l’identité évoluer, mais aussi s’assimiler, se conformer, de voir disparaître l’enfant. Moi-même, en faisant le montage, je n’ai pas pu tout capter.»

Les dessins qui défilent à un rythme soutenu, comme un cœur qui s’affole, semblent battre à l’unisson. La magie, ici, n’a rien de factice.

L’oeuvre d’Oliver Beer est présentée jusqu’au 31 mars, à l’occasion de Manif d’art 9, au 295, boulevard Charest Est.