La fermeture du Musée de Sainte-Anne s'inscrit dans la veine des déboires financiers qui ont touché les Rédemptoristes depuis 2014.

Musée de Sainte-Anne: nouvelles maisons pour la collection d'art religieux

La collection d'art religieux du Musée de Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-Beaupré, ne sombrera pas dans l'oubli. Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) mène des pourparlers avec l'établissement, fermé depuis l'automne dernier, afin d'accueillir sous son toit les pièces les plus importantes. Le Musée de la civilisation de Québec (MCQ) est également sur les rangs dans ce travail de conservation patrimonial.
«Nous avons officiellement le lead pour procéder à la redistribution de la collection, en partenariat avec le Musée de la civilisation et d'autres institutions», confirme au Soleil le directeur de l'art ancien au MNBAQ, Daniel Drouin, sans préciser, outre le MCQ, l'identité des autres partenaires.
Au lendemain de l'annonce dans Le Soleil de la fermeture du musée, en février, le MNBAQ avait «déjà manifesté son intérêt pour les peintures, les sculptures, les pièces d'orfèvrerie et les photographies anciennes», de véritables «trésors», poursuit-il. Une rencontre avait alors été sollicitée avec la congrégation des Rédemptoristes, propriétaire de l'institution.
La vice-rectrice du Sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré et responsable du musée, Assunta Bouchard, confirme être «en discussion» avec le MNBAQ et le MCQ. «Ils se sont gentiment offert de nous aider, mais aucune décision n'a encore été prise. On ne veut pas faire ça rapidement, on veut prendre notre temps.»
La porte-parole du MCQ, Agnès Dufour, indique qu'une première rencontre a lieu entre Mme Bouchard et le conservateur de l'établissement, Vincent Giguère. Le musée du Vieux-Port ne cache pas son intérêt pour la collection des Rédemptoristes, mais compte tenu du manque d'espace, seuls les objets «les plus significatifs» feront l'objet d'un examen attentif.
«L'intérêt du Musée de la civilisation pour [cette] collection est de conserver des artéfacts qui témoignent de la dévotion à Sainte-Anne établie au Québec depuis le 17e siècle», explique Mme Dufour. Cette dévotion a donné lieu à la production d'un patrimoine religieux exceptionnel et très représentatif de l'histoire de dévotions au Québec, de l'expression du sentiment religieux et de la culture matérielle qui y est associée, notamment le lieu de pèlerinage significatif que représente Sainte-Anne-de-Beaupré.»
«Il faut voir si ces objets vont enrichir notre collection, ajoute-t-elle. Il va falloir parler au MNBAQ et rencontrer aussi les Rédemptoristes qui voudront prendre le temps d'étudier les propositions.»
«Avant de faire quoi que ce soit, il faudra procéder dans les prochains mois à un travail d'inventaire. Il faut le faire de manière très professionnelle», explique Daniel Drouin, précisant que «c'est le souhait des Rédemptoristes que leur collection ne soit pas bradée ou conservée dans des conditions malheureuses».
Déboires financiers
Incapable d'en assurer l'entretien, la congrégation des Rédemptoristes avait décidé de ne pas ouvrir le musée au printemps, après la fermeture hivernale habituelle. Malgré la qualité de sa collection, presque essentiellement consacrée à la dévotion à Sainte-Anne, le musée peinait à attirer les visiteurs. La direction avait même décidé d'instaurer la gratuité, ce qui n'avait toutefois rien changé à l'achalandage.
La fermeture du musée de Sainte-Anne s'inscrit dans les récents déboires de la communauté religieuse. En août 2014, les Rédemptoristes avaient été condamnés à verser 20 millions $ aux anciens élèves du séminaire Saint-Alphonse, victimes de prêtres pédophiles dans les années 70 et 80. Le scandale, conjugué au vieillissement des membres de la congrégation, a obligé l'ordre à revoir ses placements financiers.