Mon autre/Alter Ego: art féminin sauvage

Il y a des correspondances et des hasards heureux. C'est ce que constatent à chaque réunion les artistes Isabelle Demers, Amélie Laurence Fortin et Fanny Mesnard, qui ont des pratiques parallèles, mais qui se rassemblent parfois pour exposer sous le nom du collectif Mon autre/Alter Ego. Le trio, devenu un quatuor avec l'arrivée de Jacinthe Loranger, investit dès lundi l'Espace Parenthèses avec ses oeuvres foisonnantes, organiques, éclectiques et par moment énigmatiques.
Leurs expositions, dont elles sont à la fois les commissaires et les artistes, deviennent des conversations où les oeuvres se répondent et se questionnent. 
Totems inventés
Il y a quelques années, Fanny, Isabelle et Amélie travaillaient toutes les trois sur la figure animale. «Leur travail m'inspirait beaucoup et ça m'aidait. Je trouvais aussi que, comme nous étions des femmes, nous partagions une sensibilité commune», note Fanny Mesnard, qui investira surtout les murs de l'espace d'exposition avec de grands tableaux et des dessins. «J'ai développé une série de dessins de totems, dont certains sont devenus des tableaux. Je voulais faire une relation avec le fond, le paysage, et j'utilise de plus en plus mes propres photos», indique-t-elle.
Une partie de corps humain, une partie animale et un masque composent ses totems inventés en puisant dans les imageries de différentes cultures du monde. Elle en a aussi fait des personnages en céramique qui portent des motifs présents dans ses dessins.
En multipliant les connexions, en créant ses propres motifs, l'artiste a l'impression de courir après quelque chose d'universel et de fondamental, qui a autant à voir avec son histoire personnelle - marquée par les voyages et une immigration de la France au Québec - qu'à son rapport au paysage.
Fossiles post-volcaniques
Cette vision éclatée du paysage vivant et luxuriant, loin du statique et du normé, la relie à ses consoeurs artistes. Isabelle Demers continue de créer des paysages volcaniques, inspirés par une île vierge née d'un séisme et étudiée par les scientifiques qui y assistent en accéléré à tout un pas d'évolution. «Si on recommençait la vie, elle pourrait être autrement. Un seul génome différent changerait tout», indique-t-elle.
À travers des collages de dessins pyrogravés et des pièces de céramique, elle crée des fossiles fantasmagoriques. Les fleurs poussent sur les crânes d'animaux, la peau humaine devient bleue ou jaune vibrant. L'artiste altère la réalité pour qu'elle demeure plausible tout en ouvrant les possibles.
De l'Arctique à Krypton
Amélie Laurence Fortin explore les thèmes de l'expédition, de la science, de la procession, de l'environnement et des recherches nordiques avec des polygones monumentaux, suspendus ou autoportants. Elle présentera la 5e relecture de sa sculpture Optimus, qui évoquera une Honda Civic au dessous éclairé par des néons. Une figure avec un aspect urbain, qui flirte avec la science-fiction, mais qui peut aussi évoquer la forme des glaciers et des rochers.
«Si mon oeuvre est influencée par ma fascination de ceux qui s'investissent avec passion dans la modification de leurs voitures [...] Optimus V, c'est aussi un mélange entre l'univers minéral et radiant de la planète Krypton de Superman et de l'aérodynamique et de la noirceur mystérieuse de la Batmobile», explique l'artiste qui espère que ces référents trouvent un écho chez les collégiens, tout en profitant du plancher ciré de la galerie qui lui offrira des conditions de présentation optimales.
«Alors qu'avec Isabelle, on est dans quelque chose de très organique, Amélie vient donner des espaces de respiration dans l'expo. Elle nous ramène au nord, alors qu'on s'évade dans l'Amazonie», indique Fanny Mesnard.
Apocalypse punk
Jacinthe Loranger a intégré le collectif après la Foire de Saint-Lambert, où les artistes se sont côtoyées. «Elle est dans la grosse installation brute, le papier mâché, la sérigraphie, elle intègre de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques dans le mix», indique Isabelle Demers. 
La Mont-réalaise, dont on a pu voir le travail chez Engramme cet automne, proposera une nouvelle mouture de son projet Bananapocalypse now, qu'elle a exposée à Dawson City cet automne. Elle s'y approprie des symboles culturels et des archétypes dans une installation foisonnante et déjantée, à la fois attirante et répulsive. 
«Elle est vraiment dans le satirique, dans le punk. Pour elle, le retour à la nature est impossible, donc ça va amener une autre couleur», note Fanny Mesnard.
L'exposition est présentée à L'Espace Parenthèses du cégep de Sainte-Foy (entrée la Margelle) du 13 mars au 2 avril. Le vernissage aura lieu le 23 mars à 17h30.