Mois Multi 2016: une odyssée sensible

La visite des installations du Mois Multi s'apparente cette année à un voyage en apesanteur ou à l'observation des mécanismes célestes. On entre, on observe, on écoute dans différents espaces et une sorte de ravissement et de fascination s'installent. Les petits tourments du quotidien s'apaisent, l'esprit s'ouvre et soudain les sons, les images, les chuchotements nous guident à travers une odyssée sensible.
Nous avons d'abord pris rendez-vous pour Le son de l'ère est froid, dans une cabane de pêche installée dans le bassin enneigé du jardin de Saint-Roch. L'expérience se vit en solitaire. Pendant 15 minutes, nous entrons dans l'intimité d'un couple d'explorateurs. Des cahiers remplis d'une écriture nerveuse et le roman Passion simple d'Annie Ernaux traînent sur les sacs de couchage, le feu crépite, le vent siffle, les fenêtres s'embuent, des pas s'approchent de la cabane, une voix chuchote : «J'ai froid»... Je ne vous en dis pas plus. Sinon qu'il faut vous hâter de réserver pour Le son de l'ère est froid, d'Anne-Marie Ouellet et Thomas Sinou, qui se termine dimanche.
La plupart des installations sont concentrées dans la coopérative Méduse. Il faut se présenter cette fin de semaine pour attraper Le pavillon des immortels heureux de Marcelle Hudon et Maxime Rioux. On s'y promène à travers une série de scénettes où des personnages filiformes dansent, giguent, font des combats d'épée et s'animent. Ce ballet mécanique entouré d'ombres a des allures de célébrations vaudou et de concert joyeusement désordonné.
Aussi dans la salle Multi (mais jusqu'au 21 février), on peut observer l'évolution aléatoire de Spectrales d'Alice Jarry, un grand filet fait de poids de pêche, de cordes et de moteurs qui évolue selon la lumière, la gravité et le temps. Le jeu de l'oie, de Patrice Coulombe et Caroline Gagné, est une installation sonore et vidéo dans un piano. Sous le couvercle relevé, remplacé par un écran, défilent des images de voiliers d'oies qui se succèdent selon les notes et vice-versa. Une vision imprégnée de poésie aérienne.
Dans le studio d'essai, juste à côté, des cloches de verre, activées par un système de cordes et de poulies, descendent du plafond, comme pour capturer des sons de souffle, d'air, d'écho et de tintements. «Il s'agit de notre interprétation du silence», note Catherine Béchard, qui signe l'installation, baptisée Les temps individuels, avec Sabin Hudon.
Nous poursuivons le voyage avec Migration dans le corridor qui longe la rue Saint-Vallier, où Stephen Cornford a installé les 140 petites machines faites de pièces de dictaphones à cassettes obsolètes. Le bruissement qu'elles produisent rappelle des cris d'oiseaux ou d'insectes, créant un intéressant nuage sonore vers les centres d'artistes des étages supérieurs.
Dans les centres d'artistes
Au cinquième, chez Avatar, Adam Basanta présente Pirouette, une installation circulaire, inspiré d'une ballerine dans une boîte à musique qui tournerait au ralenti. On y entend 1 min 20 (étiré pour donner 10 minutes) du thème principal du Lac des cygnes, mais composé de retours de sons assourdis et contrôlés.
Chez VU, Patrick Beaulieu expose les traces de son périple en kayak de la rivière Missisquoi, en Estrie, à l'embouchure du fleuve Hudson, à New York. Trente jours de lents gestes performatifs dont il tente de raviver le souvenir avec différents miroitements, une image, un vidéo et une installation sonore où des phrases extraites de chansons blues deviennent un poème chuchoté par Victoria Stanton. Dérive continentale est présentée jusqu'au 13 mars.
À la bande vidéo, le triptyque vidéo Dans l'intervalle de Sonia Stoeva et Dimo Ivanov présentent des vagues et des images aqueuses qui réagissent à l'approche des visiteurs, devenant presque des estampes ou des négatifs animés. Dans la vitrine de la Manif d'art, des images d'un volcan islandais les deux semaines précédant son éruption à l'été 2014 dialoguent avec ce qui ressemble à un électrocardiogramme, mais qui mesure les signes «vitaux» d'un ordinateur. L'installation En attendant Bárðarbunga est signée François Quévillon.
Autant de récits de voyage où les éléments de la nature, les algorithmes et les machines se laissent emporter dans une chorégraphique mystérieuse, où il fait bon se perdre.
À La chambre blanche, sur la rue Christophe-Colomb, on peut aller voir l'évolution de la résidence de Sonia Paço-Rocchia, qui crée des instruments automates aux sonorités surprenantes qui formeront un sentier sonore. Une performance est prévue le 26 février.
Aussi à voir au Mois Multi
Discipline de Matt Rogalsky, des guitares électriques qui réagissent aux pièces diffusées à la radio 100,9 FM, à la Galerie des arts visuels jusqu'au 13 mars
Hier est aujourd'hui de Nadège Grebmeier Forget, une performance en direct de Montréal et du Web diffusée sur écran dans un cube rose bonbon, à VU jusqu'au 13 mars
Matinée berçante des Incomplètes, un cabaret mobile inspiré des berceuses traditionnelles gasconnes, 14 février à 9h30 dans le hall de Méduse 
Guerrilla Spatialization Unit de Ganzfeld, un concert mobile branché sur l'architecture et des instruments modifiés, 25 février à 21h dans le hall de Méduse