Le tableau Saint-Jérôme entendant les trompettes du Jugement dernier de Jacques-Louis David est estimé à 6,2 millions $.

Moins probable que le «Saint Jérôme» soit vendu à Ottawa, selon la paroisse

La publication par la ministre de la Culture d’un avis d’intention pour le tableau «Saint Jérôme entendant les trompettes du Jugement dernier» ne vient pas mettre des bâtons dans les roues du processus de vente du tableau évalué à plus de 6,2 millions $ initié par la paroisse Notre-Dame-de-Québec. Le curé Denis Bélanger avoue toutefois qu’il devient maintenant moins probable que l’œuvre de Jacques-Louis David aboutisse au Musée des beaux-arts du Canada d’Ottawa, qui l’a exposée de 1995 à 2013.

«Ce que ça fait, c’est que ça donne un droit de premier refus de 60 jours à la ministre qui débute après le droit de premier refus du Musée de la civilisation, qui prend fin le 11 juin. Si on arrive au 11 juin et que le Musée de la civilisation, qui collabore présentement avec le Musée des beaux-arts de Montréal, n’est pas capable d’offrir le même montant que le Musée des beaux-arts du Canada, la ministre fera valoir son droit pendant 60 jours. Elle pourrait décider de combler la somme manquante avec les crédits de son ministère, car la loi lui donne le droit d’acheter au détriment de l’acheteur extérieur [de la province]. Si elle n’arrive pas à égaler l’offre du Musée des beaux-arts du Canada, la ministre va autoriser la vente», résume Mgr Bélanger.

Bref, la décision de la ministre n’empêche pas la paroisse de vendre l’œuvre à Ottawa, mais elle rend cette vente un peu moins probable. «Si le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts de Montréal réussissent à ramasser, disons, les trois quarts du prix de l’œuvre, le gouvernement sera certainement tenté de mettre l’épaule à la roue étant donné que les gens se sont mobilisés pour garder l’œuvre au Québec», poursuit-il.

Situation particulière

Mgr Bélanger rappelle que l’œuvre de Jacques-Louis David est dans une situation particulière, faisant partie du réseau muséal et n’étant plus exposée dans une église depuis 1986. «C’est une sage décision qui avait été prise à l’époque, car des remarques avaient été faites publiquement sur la valeur du tableau. Il a alors été envoyé au Musée du séminaire et la paroisse lui a ainsi évité de faire partie du butin des malfaiteurs qui ont pillé la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec en septembre 1990, emportant avec eux des œuvres de grande valeur de Zurbaran, Carolus-Duran ainsi qu’un tableau attribué à Goya. À l’époque, rappelle Mgr Bélanger, le Saint Jérôme de David se trouvait au Musée du Louvre de Paris.

C’est en 1995 que le Musée des beaux-arts du Canada a emprunté le tableau pendant 18 ans. «Ils s’y sont attachés et en 2013, le Musée de la civilisation a rappelé le tableau, car il avait un projet d’exposition sur le Séminaire du Québec. En fin de compte, il n’a cependant jamais servi. En 2014, il a été placé dans le musée situé dans les galeries de la cathédrale, mais c’est loin d’être l’idéal pour une œuvre de cette valeur. Les gens passaient et ne devinaient pas de quoi il s’agissait et, de la manière dont elle était placée, des gens auraient pu trébucher et l’abîmer», poursuit-il.

Présenté au Musée des beaux-arts de Montréal depuis l’an dernier et jusqu’au 11 juin pour le 375e anniversaire de la métropole, le tableau reviendra à Québec en juin... mais pourrait ne trouver sa nouvelle demeure qu’en 2019. «Une fois passé le délai ministériel, le 11 août, il faudra s’adresser à l’évêque pour autoriser la vente et l’évêque décidera ensuite s’il envoie la proposition de transaction à Rome, ce qui pourrait amener d’autres délais», conclut le curé.

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DÉCISION RAPIDE

Le Musée de la civilisation s’est montré satisfait de la décision de la ministre de la Culture d’émettre un avis d’intention pour le tableau Saint Jérôme entendant les trompettes du Jugement dernier. 

«Nous sommes heureux de la rapidité avec laquelle la ministre a agi pour émettre l’avis d’intention de classement du tableau comme objet patrimonial, demande que le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts de Montréal ont déposée conjointement. Cette décision, que nous saluons, permet d’envisager la suite de ce dossier de manière plus posée et plus sereine en offrant notamment du temps pour trouver une solution constructive afin de conserver ce tableau au Québec», a déclaré Stéphan La Roche, directeur général du Musée. 

«Le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts de Montréal poursuivront leurs démarches dans un esprit de collégialité afin de trouver une solution pérenne», termine-t-il.