Musulmane à Niagara Falls

Michel Dompierre, photographe: témoin de la lumière

RIMOUSKI — «Pourquoi je fais de la photographie?» se questionne le photographe Michel Dompierre en entrevue au Soleil. «C’est à cause de la lumière, de la qualité de la lumière.»

Tel un flambeau, l’artiste de Rimouski use de cette lumière et la fait rayonner depuis plus de 40 ans. S’il a, le temps d’une pose, immortalisé des scènes, des paysages et surtout des gens de sa terre d’adoption qu’est le Bas-Saint-Laurent, il a aussi témoigné d’une lumière propre à d’autres contrées, comme autant de moments d’éternité.

Michel Dompierre affectionne particulièrement la photographie de type documentaire et humaniste. «Témoigner de la vie des hommes et des femmes est une forme d’humanisme», considère-t-il. Pour le photographe, il est important de témoigner de son époque et du territoire qu’il habite. Le défi? «C’est de trouver l’exotisme, d’apporter un regard différent pour faire redécouvrir le territoire habité.» 

Sa lentille a souvent fixé la Pointe-aux-Anglais du Bic et le Rocher-Blanc de Rimouski, ces lieux qui, d’un seul cliquetis du déclencheur de son Canon, se métamorphosent en œuvres d’art.

Le photographe a réalisé six livres sur des municipalités et des MRC du Bas-Saint-Laurent. Il n’a jamais bénéficié de subventions du Conseil des arts et des lettres du Québec ni du Conseil des arts du Canada. Outre les livres Le Bas-Saint-Laurent : les racines de Bouscotte et Par temps de pose, qui ont respectivement été publiés par Les Éditions Trois-Pistoles et Édition Radio-Québec, la réalisation des quatre autres volumes a été financée par des contributions d’entreprises et d’organisations du milieu. «Je les sollicitais moi-même, raconte-t-il. J’essayais de développer un sentiment de reconnaissance sociale. Si vous voulez que vos entreprises fonctionnent, il faut que le territoire soit habité, il faut que vous lui donniez de la valeur. Je suis tellement fier de l’implication des entreprises privées dans les quatre ouvrages!»

La contorsionniste Laurence Racine-Choinière devant les îles du Bic à Rimouski

Nombreux voyages

L’homme né en 1945 à Hull a intégré le marché du travail comme journaliste pour Radio-Canada. Après avoir quitté le journalisme, il a œuvré à titre de directeur des communications pour Monique Vézina, alors ministre des Relations extérieures sous le gouvernement Mulroney. Lors de ses nombreux voyages que lui imposait la tâche, son appareil-photo a toujours fait partie de ses bagages. «Grâce à ça, j’ai eu accès à certaines personnes», se réjouit-il encore. Celles qui l’auront le plus marqué seront le réalisateur de cinéma Gaston Kaboré, l’un des fondateurs du Festival panafricain du cinéma et de la télévision d’Ouagadougou (FESPACO) au Burkina Faso et la chirurgienne de brousse Ann Spoerry, cofondatrice de l’African Medical and Research Foundation (AMREF) au Kenya.

Après avoir accompagné pendant un an et demi la ministre Vézina, Michel Dompierre n’aura plus, par la suite, que son appareil-photo pour seul maître. Il deviendra le photographe officiel de l’auteur-compositeur-interprète Richard Desjardins, dont il a illustré la carrière pendant une trentaine d’années. Même s’il renonce maintenant aux contrats d’envergure à cause de douleurs au dos, il arpente encore avec autant de passion le territoire maritime.

Toupie sur l’île de Taquile au milieu du lac Titicaca au Pérou

Le coup de foudre

Sa révélation pour le huitième art est survenue à l’âge de 17 ans lorsqu’il a été invité à visiter une chambre noire. Il a alors installé un laboratoire dans sa chambre, avec un gigantesque agrandisseur. Ce coup de foudre ne s’est jamais estompé depuis. 

Michel Dompierre n’aime pas dire qu’il est un autodidacte. Sa pratique et ses connaissances de la photographie valent assurément plusieurs diplômes. Les photographes qui l’inspirent sont Sebastiao Salgado pour la photo en noir et blanc ainsi qu’Henri Cartier-Cresson pour «l’instant décisif». Cela fera dire à Dompierre qu’«il n’y a pas de photo possible sans l’anticipation».

Celui qui avait la nausée des clichés de couchers de soleil a recommencé à en faire. «Mais ils sont toujours habités, précise-t-il. Il faut qu’il y ait des gens dessus.» S’il prend des images des couchers de soleil, dont ceux des fabuleuses îles du Bic, c’est parce que les couleurs de chacun ont quelque chose de surréel. Ça tient presque de la magie. D’ailleurs, le mot «magie» est un anagramme du mot «image», fait remarquer l’artiste.

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MICHEL DOMPIERRE A SU CAPTER «LA SIMPLICITÉ DU QUOTIDIEN»

Un jeune homme et son ballon à Sanankoroba au Mali

«M. Dompierre est une figure importante dans l’art photographique et dans l’immortalisation du paysage bas-laurentien, a souligné le député de Rimouski, Harold LeBel, avant de décerner la médaille de l’Assemblée nationale à Michel Dompierre de Rimouski, jeudi, en ouverture du Salon du livre de Rimouski. Il a su, par sa lentille, documenter l’évolution du Québec moderne avec un angle artistique. Que ce soit le forgeron de Trois-Pistoles ou la première électricienne de Mont-Joli, il a photographié la simplicité du quotidien.»

Pour le député LeBel, cette décoration vise à reconnaître l’œuvre de Michel Dompierre, mais aussi à saluer son important legs de quelque 15 000 photos à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). «Ce sont ces yeux-là qui ont vu toutes ces beautés extraordinaires», a lancé le pdg de BAnQ, Jean-Louis Roy, lors de la cérémonie.

Cette collection unique est un regard privilégié qui permet de documenter, pour les générations à venir, un pan d’histoire s’étendant de 1975 à 2008. Selon le député de Rimouski, le photographe a contribué de façon exceptionnelle à la mise en valeur du territoire bas-laurentien.

«J’accepte cette médaille avec beaucoup d’humilité», a fait savoir le récipiendaire. «Je considérais que mes photos revenaient avant tout aux citoyens», a-t-il expliqué comme première raison de son legs. L’autre raison, c’est parce qu’il était anxieux que quelque chose puisse arriver à ses photos, qu’il les perde toutes. De plus, aucun de ses proches ne pouvait les conserver et en prendre soin. Il estime que c’est tout ce qu’il laisse. 

Ce don est colossal. «J’ai gardé le tiers des bonnes images que j’avais faites, précise Michel Dompierre. Celles que j’ai gardées, c’est comme un bon vin qu’on garde.» L’homme, qui a célébré ses 74 ans vendredi, en a encore pour au moins un an à numériser bénévolement des photos et à contextualiser chacune d’elles. «C’est un travail de moine», admet-il.