Les mallettes Snapcase sont des objets qui conviennent à un large public. Elles ont été vendues à 15 millions d’exemplaires.

Michel Dallaire raconté au Musée de la civilisation

Le Musée de la civilisation con­sacre une fascinante exposition au designer industriel Michel Dallaire, concepteur d’une multitude d’objets familiers : vélo Bixi, flambeau des Jeux olympiques de Montréal, caquelon, mallette, bouteille d’eau de javel, pot de yogourt...

En verve, généreux, de bonne humeur, Michel Dallaire a guidé lui-même un petit groupe de journalistes, mardi, à travers la salle du Musée où sont rassemblés 120 des quelque 150 objets qu’il a donnés, en 2013, à l’institution de la rue Dalhousie, à Québec. Sa donation, qui comprend aussi des plans, des maquettes, des photos et des contrats, était assortie d’une condition : garder toutes ses créations ensemble.

Michel Dallaire a une manière très terre-à-terre de parler de sa profession. Il confie ne jamais être guidé par des critères esthétiques. Il valorise l’usage (l’ergonomie, par exemple). Son défi est de «débanaliser un objet sans le dénaturer» et de créer la surprise. Qui dit surprise, dit séduction. Qui dit séduction, dit ventes.

Le designer industriel aime «les formes expressives». Ainsi, le vélo libre-service Bixi est né de l’idée du boomerang. «Il faut qu’il revienne», a-t-il illustré. Le cadre en «V» a donc la forme du boomerang. «L’extrême simplicité» caractérise le Bixi : la selle, en effet, est le seul élément ajustable.

Michel Dallaire confie que la conception du vélo lui-même a été «la partie la plus facile». C’est le système d’arrimage qui a nécessité le plus de recherche. À ces yeux, ces plaques d’acier massives et béantes disent au cycliste et à sa monture : «Viens vers moi!» Une forme expressive, c’est ça.

Torche olympique

Il y a plusieurs anecdotes derrière la création de la torche des Jeux olympiques de 1976, à Mont­réal. Dallaire voulait une flamme orange, voyante. Pas une flamme bleue, invisible sur un ciel sans nuage. Il s’est souvenu des frites qu’il avait plongées dans l’huile d’olive, quand il était enfant, et qui avaient causé une «explosion de flammes orange». Sa torche serait alimentée à l’huile d’olive!

Après plusieurs tests non con­cluants, le designer a dû faire appel à des chimistes de l’école Polytechnique de Montréal afin de mettre au point le carburant par un «procédé de dopage». «On a drogué l’huile d’olive pour qu’elle soit plus volatile.»

Dans son incessante quête de «débanaliser l’objet», il a donné à la torche la fonction d’un outil. «Elle servait à transporter une flamme», a-t-il résumé. Son fourreau ajouré donnait le «résultat photogénique désiré».

Lorsque Michel Dallaire a présenté sa torche au Comité international olympique et au conseil exécutif de la ville de Montréal, le maire de l’époque, Jean Drapeau, l’a couchée entre ses deux mains, visiblement déçu. «Pouvez-vous faire autre chose?» a-t-il balancé au designer. Ce dernier a répondu qu’il avait tout donné et qu’il avait mis 34 ans à la concrétiser. Soit l’âge qu’il avait à l’époque.

Baptisée Dallaire. De l’idée à l’objet, l’exposition est divisée en trois zones. La première dévoile la démarche créative du designer; la deuxième explore son style; et la dernière montre les contraintes avec lesquelles il a dû composer. L’expo est présentée jusqu’au 26 août 2018.

Caquelon

Avec ses fourchettes évasées, le caquelon de forme conique évoque le tipi.

La compagnie Trudeau a approché Michel Dallaire pour lui commander un plat à fondue. «Elle avait été poursuivie par une personne qui s’était brûlée en renversant son caquelon», explique-t-il. Optant pour une approche minimaliste, le créateur a eu l’idée de deux poignées triangulaires «soudées au caquelon». «Ça oblige l’utilisateur à prendre ses deux mains et à porter des mitaines», dit-il. La forme conique du plat à fondue retient mieux la chaleur. Les fourchettes accrochées au pourtour de la marmite de porcelaine émaillée émergent comme les perches d’un tipi, d’où le nom amérindien du caquelon, Abénakis.

Six mille caquelons ont été fabriqués à Taïwan. Mais la production s’est vite arrêtée. «On n’était pas concurrentiel face aux imitations qui se vendaient 35 $», explique-t-il.

La carrière de Michel Dallaire a débuté avec l’Exposition universelle de Montréal, en 1967. «Je suis arrivé au bon moment», croit-il. Il a commencé avec un crayon et une efface (électrique). Puis il s’est mis à l’ordinateur, qui donne «une rectitude absolue», mais «moins de saveur».

Mallette

La mallette Snapcase s’est vendue à 15 millions d’exemplaires. «C’est l’objet le plus simple et le plus facile de ma carrière», relate-t-il. Souhaitant maximiser l’utilisation de son usine, la compagnie Resental a commandé un objet de thermoplastique à Michel Dallaire. Au terme de deux semaines de travail, il avait conçu cette mallette qui coûtait 2,25 $ à produire et qui se vendait au même prix «qu’une pizza moyenne pas livrée». Offerte en plusieurs couleurs et formats, elle convient à un public très large. «Les poètes achètent les jaunes, les avocats les noires», badine Dallaire.

Une fois de plus, il a respecté une approche minimaliste très attrayante.

Se décrivant comme «un technicien de l’objet», persuadé d’avoir une âme scandinave, se situant, comme designer industriel, au carrefour de l’art et de la technique, Michel Dallaire se dit honoré d’être entré au musée. «Le design industriel lui doit ses lettres de noblesse», a déclaré Stéphan La Roche, directeur général du Musée de la civilisation

Michel Dallaire a guidé lui-même un petit groupe de journalistes, mardi, à travers la salle du Musée où sont rassemblés 120 des quelque 150 objets qu’il a donnés.