L’exposition «Only Human : Martin Parr», qui propose un regard sur les Britanniques en faveur du Brexit, est présentée au National Portrait Gallery de Londres jusqu’au 27 mai 2019.

Martin Parr questionne l’identité britannique

LONDRES — Le photographe Martin Parr expose à partir de jeudi à Londres une série de portraits pris depuis le vote en faveur du Brexit, questionnant l’identité britannique au moment où le pays s’apprête à quitter l’Union européenne.

L’exposition, présentée à la National Portrait Gallery, couvre les dizaines d’années que le photographe britannique de 66 ans a passé à immortaliser ses semblables et s’intéresser aux loisirs de masse, mais c’est aussi la première fois qu’est exposé le résultat de son dernier projet : des portraits pris dans des bastions pro-Brexit.

Considéré comme un photographe documentaire pour son style sans fioritures, Martin Parr s’est rendu dans les régions des West Midlands, des Cornouailles et du Lincolnshire, en Angleterre.

«Je photographie le Royaume-Uni tout le temps, mais lorsque le référendum est arrivé, je me suis dit que je devais aller dans des régions dont je savais qu’elle votaient massivement pour le Brexit et voir ce qui se passait là-bas», a déclaré à l’AFP le photographe né dans le sud de l’Angleterre lors de la présentation de l’exposition.

«Cela parle de l’identité britannique et de ce que nous sommes en cette période de potentiel changement».

Certaines de ses photos capturent l’ambiance du côté du camp du «Leave». Des Britanniques et leurs chiens sont immortalisés, manifestant leur patriotisme le jour de la Saint-Georges — célébration annuelle du saint patron de l’Angleterre — et celui du mariage du prince Harry avec l’ex-actrice Meghan Markle l’an dernier.

Le photographe britannique Martin Parr devant l’une de ses photographies exposées à Londres.

«L’essence du Brexit»

D’autres images sont plus subtiles.

L’une des plus frappantes a été prise sur une plage des Cornouailles, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Elle montre un petit groupe regardant la mer près d’un drapeau rouge utilisé pour signaler un danger.

«C’est une très bonne métaphore sur la peur de l’immigration, qui est tout le problème du Brexit», décrypte Martin Parr dans une vidéo.

Il y raconte aussi que le résultat du référendum l’a mis en colère et que cela l’a incité à tenter de «capturer l’essence du Brexit».

Mais le photographe a confié à l’AFP qu’il n’avait pas constaté de changement important.

«Ce n’est pas différent de ce que je photographie depuis 35 ou 40 ans», a-t-il témoigné.

«Il ne va pas y avoir de changement radical, tout est constant — le défilé de la Saint-Georges existait déjà avant le vote sur le référendum».

Une sélection de ses travaux antérieurs est également présentée dans cette exposition baptisée Only Human : Martin Parr, organisée jusqu’au 27 mai.

Parmi ceux-ci figurent des portraits de célébrités jamais exposés auparavant, notamment du légendaire joueur de soccer brésilien Pelé la tête posée sur un ballon et de la styliste Vivienne Westwood se tenant debout dans des toilettes.

Mais la plupart des œuvres exposées restent fidèles au sujet de prédilection de Martin Parr : les Britanniques — ceux de l’establishment, éduqués dans les universités d’Oxford ou Cambridge, comme ceux du bout du monde.

«J’ai une relation d’amour-haine avec les Britanniques», a confié Martin Parr.

«J’aime le pays ... La haine vient du sectarisme, de la xénophobie qui a provoqué le vote en faveur du Brexit».