Manger ensemble, une expo à savourer

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es. L'aphorisme de Brillat-Savarin prend tout son sens quand on parcourt les stations de Manger ensemble au Musée de la civilisation.
L'exposition cherche à faire découvrir comment l'art de la table nous définit comme peuple et comment les Québécois possèdent un riche patrimoine alimentaire - du cipaille gaspésien aux bagels de Montréal, en passant par la tourtière du Saguenay-Lac-Saint-Jean et, même, la poutine... à l'origine plus controversée.
On ne réglera pas la question de l'invention de la fameuse poutine, mais on peut remarquer que son assemblage hétéroclite s'inscrit dans notre tradition culinaire basée sur l'amalgame - après tout, le pouding chômeur est un dérivé du pouding britannique, la soupe aux pois un héritage français, les produits de l'érable sont d'inspiration autochtone et les fèves au lard proviennent des États-Unis (que Catelli a déjà cuisinées, comme en témoigne une enseigne publicitaire parmi les artefacts!). Sans parler de notre ouverture progressive aux cuisines du monde.
La modeste exposition est disposée en quatre îlots de couleurs vives (Ingrédients de partout, Chacun ses goûts, D'hier vers demain et Croquer son territoire) en lien avec notre patrimoine alimentaire et comment celui-ci nous définit. De façon collective, mais aussi individuelle : nos choix alimentaires peuvent être influencés par les traditions familiales, la culture d'origine, voire la religion. Mais ils sont aussi soumis aux modes, à notre budget et ultimement à nos goûts. 
C'est court mais éclairant : on y trouve plusieurs pièces distinctives, comme le gigantesque KitchenAid des années 30 (qui appartenait à une famille de 15 enfants), la cuisinière jouet Easy-Bake, la bouteille de Kik Cola ou le batteur Sunbeam noir et blanc. Chaque souvenir lié aux éléments exposés rappelle au visiteur que la bouffe est affaire de partage, de transmission et de savoir-faire.
À ce propos, on trouve au coeur de l'expo une cuisine reconstituée, celle d'Yvonne Tremblay Gagnon. Elle est l'élément central d'une installation de Catherine Bélanger qui évoque la valse des gestes que la dame de 82 ans effectue quand elle met la table pour ses enfants.
Le visiteur peut aussi contribuer à la transmission de notre patrimoine en passant, en guise de dessert, au comptoir-lunch où l'attend une jarre vitrée. Il peut y laisser une recette de famille, un souvenir de repas mémorable ou bien un plaidoyer pour une spécialité régionale. Sur l'origine de la poutine, par exemple!
Manger ensemble se déroule jusqu'au 21 août. On peut aussi visiter l'exposition virtuelle mangerensemble.mcq.org.