Lizz Aston a commencé à explorer les textiles pendant ses études universitaires. En puisant dans un livre sur les techniques de macramé, elle s'est mise à explorer les manières possibles de répéter les designs sur une surface.

Lizz Aston: magnifier le minuscule

Les oeuvres créées par Lizz Aston se déploient dans l'espace en motifs délicats, ondoient dans la lumière, créent des ombres sur les murs, comme de fascinantes créatures qui tiennent à la fois du végétal, de l'acrylique miroir et du textile.
La jeune artiste torontoise a complètement transformé l'espace d'exposition de Materia, qui semble flotter quelque part sous la surface d'une mer balayée par le vent. Des formes organiques attirent les regards dans la vitrine, d'autres pièces courent sur les murs ou s'étirent du plancher au plafond, alors qu'une concentration de cimaises où sont placées des pièces de plus petit format, encadrées, crée un mini-palais des glaces au fond de l'espace d'exposition. 
Lizz Aston a commencé à explorer les textiles pendant ses études universitaires. En puisant dans un livre sur les techniques de macramé, elle commence à explorer les manières possibles de répéter les designs sur une surface.
La jeune artiste torontoise a complètement transformé l'espace d'exposition de Materia.
«Je m'étais beaucoup intéressée au procédé en faisant des métiers d'art et à la matière, à la façon dont les matériaux réagissent», indique-t-elle. Elle se met à reproduire des motifs de dentelle sur du papier. Le procédé est laborieux, minutieux, et elle cherche graduellement à amener son travail à une plus large échelle. «En utilisant un projecteur, j'ai pu grossir, voir comment ça change notre relation au motif, qui devient plus abstrait, moins reconnaissable, et montrer des vues explosées du même motif», explique-t-elle.
Elle se met à travailler sur du lin, plus résistant que le papier, qu'elle peut teindre en obtenant différents effets, puis explore les possibilités du papier japonais Kozo, dont les longues fibres créent d'autres résultats esthétiques. «Quand la couleur est très concentrée, elle a presque un aspect métallique», relève-t-elle.
L'artiste est fascinée de constater comment «les angles, la profondeur, les ombres, peuvent créer une expérience architecturale et monumentale avec quelque chose de si familier et de si petit».
Certaines pièces ont été réalisées à partir de motifs organiques, végétaux, prélevés sur diverses plantes. La ressemblance entre les motifs de la nature, très nets, et ceux créés par des mains humaines, moins réguliers, est saisissante.
Elle se tourne ensuite vers des matériaux plus technologiques, comme l'acrylique miroir et le film 3M dichroïque, qui portent des couleurs vibrantes. L'effet ressemble à l'arc-en-ciel que crée une coulée d'essence dans une flaque d'eau sur l'asphalte. «En fait, ce sont des autocollants géants, je dois faire attention quand je les manipule pour ne pas altérer la pellicule protectrice, parce que le matériau n'est pas destiné à faire ce que j'en fait», explique l'artiste.
Chaque installation dans un nouveau lieu d'exposition révèle les oeuvres, qui réagissent beaucoup à la lumière ambiante, sous un jour nouveau.
Chaque installation dans un nouveau lieu d'exposition révèle les oeuvres sous un jour nouveau.
Certaines pièces présentées à Materia ont été réalisées à partir de motifs organiques, végétaux, prélevés sur diverses plantes. Qui aurait cru que le réseau vasculaire d'une feuille de menthe créerait des motifs si parfaits et particuliers? La ressemblance entre les motifs de la nature, très nets, et ceux créés par des mains humaines, moins réguliers, est saisissante. 
Les pièces moins monumentales sont une série d'explorations sur les illusions d'optique et les effets de miroir, qui ont une certaine parenté avec les taches utilisées pour le test de Rorschach. «J'aime observer comment les hommes et les femmes réagissent différemment aux motifs artisanaux traditionnels. On associe beaucoup le travail manuel les motifs délicats aux femmes, mais à l'origine, la dentelle et le nouage étaient des savoir-faire également maîtrisés par les hommes. Selon leur histoire familiale, leur relation avec ces techniques, les gens ont vraiment des réactions différentes, parfois très profondes, avec les pièces», indique la jeune femme, qui songe à collecter les histoires que lui racontent les observateurs et qui commencent à s'accumuler.
L'exposition Surface, Space, Shadow, Repeat ! est présenté à Materia, 395, boulevard Charest Est, Québec, jusqu'au 2 juillet.
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Hélène Rochette: une maison en trois couleurs
Hélène Rochette réutilise tout, agence les matériaux selon leur couleur, leur brillance, leurs propriétés.
Hélène Rochette a investi la galerie Louise-Carrier comme s'il s'agissait d'un logement de trois pièces où chacune a sa couleur. Un grand salon rouge envahi par une sculpture furieusement foisonnante, une chambre noire et un boudoir jaune, où s'agencent des sculptures tissées avec des matériaux industriels et des impressions numériques. 
Les grandes images, protégées par un plastique souple, sont retenues par de simples serres, ce qui leur donne un élan, une courbe, qui rappelle les torsions de ses sculptures. «Je ne surdimentionne pas les photos, j'essaie de ne pas affecter le matériau. Je vais faire des prélèvements circulaires, puis on agence ça avec un logiciel, pour créer des rotations», explique l'artiste. À partir de ses cueillettes d'images, elle crée des tourbillons, des couronnes foisonnantes, des vortex de matière. 
Essuie-glaces, boyaux d'arrosage, tuyaux de moteur de voiture, géotextiles, caoutchouc... Hélène Rochette réutilise tout, agence les matériaux selon leur couleur, leur brillance, leurs propriétés. Les pièces rassemblées dans Les regards rapprochés incitent le regardeur à observer attentivement, à se questionner sur la nature de ce qu'il voit. «L'idée d'accumuler, de créer une densité de textures, m'intéresse beaucoup», note Hélène Rochette. 
Dans sa pièce jaune, elle a exposé le résultat d'un autre type d'expérimentation qu'elle mène depuis plusieurs années dans son atelier. Elle laisse couler de la peinture à l'huile à tableau pour créer des taches, qu'elle laisse se solidifier pendant six mois, puis qu'elle découpe et empile pour créer ce qui ressemble à des paysages topographiques. «J'ai de la difficulté à rester dans le 2D», observe la sculpteure.
On retrouve également des sculptures de sa série des Terriers, de gros paniers tressés à partir de matériaux industriels, auxquels elle donne des formes organiques. Les formes creuses et échevelées semblent vivantes, et on ne serait pas surpris qu'elles profitent de l'absence de présence humaine pour se déplacer dans leur nouvelle maison. 
Jusqu'au 11 juin au 33, rue Wolfe, Lévis