«C’est la première fois que les Quatre Libertés sortent des États-Unis», souligne Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen (nord-ouest de la France), qui héberge l’exposition.

Les «Quatre Libertés» de Rockwell exposées en Normandie pour les 75 ans du Jour-J

CAEN — Plus de 75 ans après avoir contribué au financement de l’effort de guerre américain, les «Quatre Libertés» de Norman Rockwell (1894-1978) apparaissent pour la première fois en dehors des États-Unis, dans le cadre d’une exposition en France consacrée à l’illustrateur de presse.

«C’est la première fois que les Quatre Libertés sortent des États-Unis», souligne Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen (nord-ouest de la France), qui héberge l’exposition. «Ce sont des oeuvres majeures du patrimoine des États-Unis et des témoins de leur histoire».

Réalisées en 1942 et 1943, ces quatre peintures à l’huile sont une mise en image du discours éponyme du président américain Franklin D. Roosevelt, prononcé le 6 janvier 1941, au moment où l’Europe vit sous le joug nazi. Onze mois avant l’entrée en guerre des États-Unis, Roosevelt y appelle de ses voeux un monde fondé sur «quatre libertés humaines essentielles»: la liberté d’expression, la liberté de conscience, celle de vivre à l’abri du besoin et celle d’être protégé.

Dans une reproduction de salon américain, évoquant les causeries au coin du feu, l’exposition du Mémorial de Caen offre au visiteur l’occasion de réécouter ce discours, qui a marqué l’histoire américaine.

Illustrateur pour le «Saturday Evening Post», Norman Rockwell avait lui-même été séduit par les paroles de Roosevelt et proposa au Bureau de la propagande de guerre (Office of war information), d’en faire des tableaux, ce que ce dernier refusa. Fruit d’un long travail, les quatre toiles seront finalement publiées dans le «Post» qui recevra ensuite des centaines de demandes de reproduction.

Une exposition itinérante à travers les États-Unis permettra même de lever plus de 130 millions de dollars en emprunts de guerre.

Pour réaliser ces oeuvres, Rockwell s’est comme souvent inspiré de scènes de la vie quotidienne, prenant comme modèles ses voisins d’Arlington, dans le Vermont.

Dans la Liberté d’expression (1942), un homme debout s’exprime au cours d’un conseil municipal pendant que l’assemblée l’écoute respectueusement. Et dans la «Liberté d’être protégé», une mère et un père bordent deux jeunes enfants, paisiblement endormis, tandis que le journal tenu par le père titre sur «l’horreur» des bombardements en Europe.

Exposé à la Maison-Blanche 

Les oeuvres exposées font largement référence à la période de guerre, vue sous l’angle des civils restés aux États-Unis, mais ne montrent aucune scène d’affrontement.

«Norman Rockwell a été très critiqué pour sa bienveillance. Il ne parle pas de la mort, de la blessure, il ne parle pas de combat», note M. Grimaldi.

L’artiste, qui a illustré le roman Tom Sawyer de Mark Twain, avait inventé un soldat nommé Willie Gillis, qu’il mit en scène dans des situations cocasses, donnant une image rassurante de l’armée américaine.

Le Mémorial met ce personnage fictif en contraste avec un portrait d’Heinrich Himmler, cerveau de la «solution finale», représenté devant une montagne de cadavres, une oeuvre réalisée en 1943 par l’illustrateur Boris Artzybasheff pour Time magazine.

Les années d’après-guerre sont surtout centrées sur la lutte pour les droits civiques, avec notamment «The problem we all live with» (1963), dans lequel une petite fille noire de six ans fait sa rentrée sous l’escorte de quatre agents fédéraux dans une école jusque-là réservée aux blancs.

Première commande pour le magazine «Look», le tableau a un temps été accroché à la Maison-Blanche, sous Barack Obama.

Dans «Meurtre dans le Mississipi» (1965), Rockwell tranche avec la bienveillance de ses oeuvres précédentes en représentant trois militants des droits civiques, en sang, au moment de leur assassinat par le Ku Klux Klan.

«On voulait faire une exposition qui raconte une histoire de l’Amérique», résume M. Grimaldi, qui précise que le Mémorial a dû consentir un «très gros investissement» pour accueillir ces oeuvres.

L’exposition, qui ouvre le 10 juin, doit durer jusqu’au 27 octobre.