L'artiste peintre Dan Brault dans l'atelier de Saint-Sauveur qu'il partage avec Cynthia Dinan-Mitchell

Les poèmes sucrés et sauvages de Dan Brault

Dan Brault respire le bonheur. Est-ce le fait de partager un nouvel atelier aéré et lumineux avec sa douce, la boxe, ou encore la peinture qui produit cet effet ? Chose certaine, les 46 tableaux qu’il a produits depuis janvier explosent de couleurs, de ludisme et de joie de vivre.

Avec Cynthia Dinan-Mitchell, Dan Brault occupe maintenant l’ancien atelier de Cooke-Sasseville dans Saint-Sauveur. Ils ont conjugué leurs espaces pour avoir tout ce dont ils ont besoin. Une petite pièce avec un système de ventilation permet de peindre avec un pistolet à air comprimé et de faire la sérigraphie, il y a du rangement et une table de solarisation au sous-sol, une cuisinette-quincaillerie…

«L’espace en hauteur donne une légèreté dans l’atelier, et comme le travail que je fais est assez maximaliste, chargé, je crois que ça m’aide à trouver un équilibre. Je suis revenu à une peinture beaucoup plus instinctive, gestuelle, par rapport à l’exposition que j’ai fait à Laroche-Joncas à Montréal», expose le peintre.

Les portes pourraient permettre de faire passer des tableaux de neuf pieds de haut. De quoi donner des idées de grandeur. Dan Brault sourit rien que d’y penser. Sur l’escalier amovible qui mène à la mezzanine, où fiston peut s’amuser ou faire la sieste pendant que ses parents travaillent, des gants de boxe et des straps sont en train de sécher. Le peintre s’est mis à l’entraînement en voyant la quarantaine approcher.

Deux grands formats dans l'atelier de Dan Brault

«J’en fais quatre ou cinq fois par semaine. Je fais le vide, je me défoule, puis l’endorphine embarque. C’est peut-être cet effet qu’on voit dans les tableaux! rigole Dan Brault. Je crois que je suis obsessif et que la boxe me permet de garder les deux pieds sur terre.» Sans compter qu’il peut maintenant tenir ses outils plus longtemps.

Avec tout le matériel de sérigraphie disponible dans l’atelier, pas étonnant que le peintre se soit mis à en intégrer dans ses œuvres. En rebelle, évidemment.

«Comme je travaillais sur panneaux de bois, je ne pouvais pas utiliser des pochoirs en vinyle, parce que c’est trop adhésif, ça arrache le bois, donc je n’avais pas le choix de trouver une autre technique. Je n’ai pas la patience de faire de la vraie sérigraphie, je l’utilise pour mettre certains de mes dessins sur mes tableaux, c’est un moyen, mais ce n’est pas mon médium», explique-t-il.

Lorsqu’il a récupéré un tout petit tableau fait à la peinture tempera en 2008, L’odeur du gazon chaud, l’envie de replonger dans cette technique du Moyen-Âge à base de jaune d’œuf a émergé. Il s’est lancé sur plusieurs tableaux, de différentes tailles, en même temps. «Ils ont tous un peu de tempera, mais je me suis mis à ajouter des dessins sérigraphiés et beaucoup de peinture à l’huile, même s’il y a encore de l’acrylique», indique Dan Brault.

Des petits formats de l'exposition «Poèmes de mon pays»

Il crée des poèmes cosmiques, des univers dans chaque œuvre, petite ou grande. Il jongle, tant avec les techniques qu’avec les outils, les types d’interventions, les intensités, les degrés d’abstraction.

«Le processus n’est pas rationnel, les travailler tous en même temps fait que des solutions se trouvent d’un tableau à l’autre, qu’il y a une parenté dans les couleurs, dans les formes, dans les blagues [comme un morceau qui semble se détacher du fond du tableau, ou une araignée qui semble sauter de tableau en tableau], observe Dan Brault. C’est toujours des excuses pour faire de beaux bordels.»

Ronds, carrés, rectangles... Dans Brault s'est éclaté sur des panneaux de bois de différentes formes.

Un vert foncé vibrant, qu’on trouve sur presque tous les tableaux, donne l’impression que les créatures, bonhommes et formes se promènent dans une talle de gazon particulièrement funky.

«Je ne sais pas qui va voir mes tableaux, qui va vivre avec, mais j’ai l’impression que je dois faire des œuvres pour eux. Que ce soit une aventure, une expérience, du gros fun. Ça me fait penser à de la poésie, parce que c’est une écriture où les mots ont un son, d’autres connotations que ce à quoi on s’attend. Il y a un jeu», explique-t-il.

Comme il n’y a pas la même somme d’acharnement sur tous les éléments du tableau (des innombrables couches pour faire ressortir des ombrages d’un dessin sérigraphié à un geste rapidement esquissé au pinceau), il s’y crée des masses d’énergie très différentes.

«Ça se passe dans un monde de peinture, un monde de taches, de formes, de coulisses, de couleurs, de dessins», résume le peintre. Un monde de tous les possibles, aussi sucré que sauvage.

Poèmes de mon pays sera présenté du 26 avril au 26 mai (vernissage le 3 mai) à la Galerie 3, 247, rue Saint-Vallier Est, Québec.