<em>Rougeoiement</em>, tapisserie en haute-lisse de Guy Lemieux
<em>Rougeoiement</em>, tapisserie en haute-lisse de Guy Lemieux

Les paysages tissés de Guy Lemieux

À 13 ans, Guy Lemieux allait vendre ses toiles sur la rue des Braves et pouvait en tirer jusqu’à 30 $, une petite fortune pour lui à cette époque. Mais lorsque quelques années plus tard, il a voulu s’inscrire à l’École des beaux-arts, il a fallu une intervention de ses deux grands-mères et une visite chez Jean-Paul Lemieux (le cousin de son père), pour convaincre ses parents de le laisser suivre cette voie.

Il fit partie de la dernière cohorte de l’école, où il a suivi le programme de peinture et l’option en tapisserie. «Puisque la tapisserie, c’est long, je me disais que ça me permettrait de continuer à travailler lors des périodes de création plus creuses, où j’aurais moins d’inspiration pour la peinture», se souvient l’artiste de 73 ans.

L’obtention d’une bourse en tapisserie qui lui permet d’exposer au premier Grand salon des métiers d’art à Montréal change toutefois ses plans et il entame une carrière à deux médiums, qui se nourrissent l’un l’autre.

En 1975, il a fondé la Maison Routhier, dédié au partage de la tradition de l’art textile, puis le Centre de formation textile et reliure du Québec (maintenant intégré à la Maison des métiers d’art de Québec), qu’il a dirigé durant une douzaine d’années.

S’il est né et a vécu à Québec, il est depuis longtemps attiré par les paysages bucoliques de la Rive-Sud. Il a acheté sa première maison à Berthier-sur-Mer et est établi depuis 13 ans à La Durantaye, dans Bellechasse.

Guy Lemieux devant son métier à tisser. 

Tapisserie miroir

Guy Lemieux travaille sur un métier haute-lisse traditionnel, une structure verticale où il entrelace horizontalement la fibre. Travaillant au dos de sa création, il surveille le résultat dans un miroir placé de l’autre côté du métier.

Il y a plusieurs années, la faillite de son fournisseur de laine, qui lui donnait accès à 350 couleurs, l’a obligé à revoir sa pratique avec les 72 nuances de laine de Saint-Alexandre-de-Kamouraska. Il s’est mis à faire des esquisses en noir et blanc et à improviser l’agencement des couleurs directement sur le métier.

«Généralement, je travaille comme sur une abstraction. Je place des taches de couleur ou des formes et le paysage se construit. Quoi que je fasse, ça tourne toujours à la figuration, observe l’artiste. Le paysage m’habite, mais en tapisserie, il est plus épuré, plus moderne, plus hachuré.»

Une exposition consacrée au travail de Guy Lemieux est présentée jusqu’en octobre au Vivoir de Saint-Jean-Port-Joli (levivoir.com). Son atelier est accessible sur rendez-vous. Info: guylemieuxartistepeintrelissier.com