Norbert Langlois et Abdelilah Chiguer, de la Galerie 3
Norbert Langlois et Abdelilah Chiguer, de la Galerie 3

Les galeries de Québec rouvrent grand leurs portes

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
Alors que les galeries ayant pignon sur rue ont fait partie des premiers commerces à rouvrir, le confinement aura eu l’avantage d’accélérer le virage Web que le milieu cherchait à prendre depuis quelques années. Dans un marché de l’art qui n’en est pas à sa première crise, les galeristes sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

À la Galerie 3

Comme dans la grande majorité des commerces, il y a moins de monde qu’à l’habitude et moins d’achats qui s’effectuent à la Galerie 3 qu’en temps normal.

«Mais les gens qui viennent restent vraiment plus longtemps, a remarqué Norbert Langlois. Il y a du monde qui reste encore confinés chez eux, alors ceux qui viennent, c’est parce qu’ils ont vraiment le goût de voir de l’art.»

Les conversations gagnent en profondeur et les galeristes ont tout le loisir de discuter avec les visiteurs. Ils ont même réfléchi à une exposition collective qui évoque la crise que nous venons de traverser, avec d’un côté, des œuvres plus introspectives qui évoquent la solitude et la perte, et de l’autre, des pièces qui incarnent le rêve et l’évasion.

«On n’a pas ouvert pour vendre, mais parce qu’on avait le goût de brasser de l’art, de voir des gens, indique M. Langlois. On était parmi l’une des rares entreprises culturelles à pouvoir le faire. Il y avait presque un mandat social.»

Abdelilah Chiguer et Norbert Langlois, de la Galerie 3

Le soutien des organisations comme l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) et la SODEQ distingue la période actuelle des années 90, où les ventes des galeries étaient au point mort, explique Abdelilah Chiguer. Au début de la crise, deux collectionneurs ont appelé pour dire qu’ils voulaient aider des artistes en achetant des œuvres.

Les acheteurs ont parfois conservé les mêmes revenus, mais sans dépenser en sorties, en spectacles et en voyages dans les derniers mois. «Acheter une œuvre d’art maintenant, c’est comme une victoire sur la réalité, qui va avoir une signification particulière pour le reste de la vie», mettent de l’avant les galeristes.

On peut visiter le kiosque virtuel de la galerie à la Foire Papier et l'exposition en cours au 247, rue Saint-Vallier Est, Québec. Info: www.lagalerie3.com

La page d’accueil de l’exposition virtuelle d’Antoine Lortie, par la Galerie A

À la Galerie.a 

Puisque son espace d’exposition ne donne pas directement sur la rue, Anne D’amours de la Galerie.a a fait le choix de le fermer jusqu’en septembre. Loin d’être inactive, la galeriste a présenté une exposition virtuelle des œuvres d’Antoine Lortie qui a attiré jusqu’à 100 visiteurs par jour et a scellé un partenariat avec une nouvelle artiste, Josée Landry Sirois, qui exposera à l’hiver 2021.

«Même pendant les expositions en galerie, c’était déjà par le Web que les gens nous découvraient et acquéraient des œuvres. Les activités numériques étaient toujours sur ma table de travail, mais je manquais de temps. La pandémie a fait en sorte qu’on a pu se concentrer sur ça. Avec le support de la communauté, la galerie va mieux qu’avant le confinement», raconte-t-elle.

Elle a donc vu d’un bon œil l’initiative de la Foire Papier, qui a pris un virage entièrement virtuel, avec une application qui permet de «voir» les œuvres convoitées dans le décor de son foyer et un mode de recherche aléatoire qui permet de découvrir des galeries — comme lorsqu’on arpente une foire sans se diriger vers des kiosques précis. «Comme on est moins connu, on court la chance que de plus de gens nous découvrent, et je peux présenter plus d’œuvres que si j’avais eu à louer un kiosque et à les transporter jusqu’à Montréal», note-t-elle.

On peut visiter le kiosque virtuel de la galerie à la Foire Papier et suivre la galerie à www.galeriea.ca

Michel Guimont, de la Galerie Michel Guimont

À la Galerie Michel Guimont

Même s’il avoue n’être pas la personne la plus familière avec l’informatique, Michel Guimont applaudit aussi les avancées virtuelles de la Foire papier et de l’AGAC pendant le confinement. Il était toutefois bien heureux de rouvrir les portes de sa galerie située en face de la Gare du Palais. «Je continue de préconiser le contact direct avec l’œuvre et les galeries peuvent facilement respecter les consignes de distanciation sociale», souligne-t-il. En parallèle de la foire virtuelle, il présentera donc une exposition bien réelle des œuvres sélectionnées, du 7 juin au 19 juillet.

On peut visiter le kiosque virtuel de la galerie à la Foire Papier et l'exposition en cours au 273 Rue Saint-Paul, Québec. Info: www.galeriemichelguimont.com

BDV-petit chiffre Coul:3 Alexandre Motulsky-Falardeau de la Galerie AMF

À la Galerie AMF

Un coin de rue plus loin, aux portes du Petit-Champlain où les galeries font habituellement leurs choux gras des touristes et des croisiéristes, la Galerie d’Alexandre Motulsky-Falardeau affiche toujours des œuvres de Miville (le dernier solo avant la pandémie) et de ses artistes phares André-Philippe Côté et Louis Boudreault.

Les ventes des trois premiers mois de 2020 donnaient l’impression au galeriste qu’il allait boucler sa meilleure année, cinq ans après s’être lancé en affaires sur la rue Saint-Paul (où il a tenu sa première galerie avant de reprendre le local de la galerie Lacerte, au 1, côte Dinan).

«Il faudra voir si les gens de Québec ont plus d’argent parce qu’ils ne voyagent pas, et si l’absence de touristes aura un gros impact. La fermeture du marché du Vieux-Port avait déjà donné un coup», expose le galeriste, tout de même optimiste.

Info: www.galerieamf.com