Marc-Antoine Côté à l'Atelier du Bronze d’Inverness, où il a créé en tout ou en partie ses œuvres nommées Printemps.

Les cinq printemps d'aluminium de Marc-Antoine Côté

Pour la beauté du faire, la beauté du risque, la perte de contrôle nécessaire, Marc-Antoine Côté se lance dans des projets fous. Dans un creuset pouvant accueillir 150 livres d’aluminium, il a versé pendant 13 minutes du métal en fusion pour créer des sculptures murales, des paysages quadrillés creusés par les coulées et les cratères.

«Je voulais faire un gros tableau en bois, noir, et partir de là», raconte le sculpteur. Il a construit un relief avec des centaines de bouts de bois, puis l’a moulé trois fois, pour créer des matrices. À l'Atelier du Bronze d'Inverness, où la famille Gagnon accueille avec bienveillance ses idées non conformistes, il s’est muni d’une grande louche pour verser l’aluminium liquide. Sans savoir ce que ça allait donner — ce qui était exactement ce qui l’intéressait. «C’était une perte de contrôle très assumée», souligne-t-il.

Printemps 1, de Marc-Antoine Côté

En refroidissant, le métal a travaillé. Des portions plus sombres et des trouées sont apparues. L’humidité qui restait dans le moule de plâtre a cherché à s’échapper et a formé des bulles.

Même si elles s’appellent toutes Printemps, chacune des œuvres issues de cette séance alchimique est différente. Une des quatre, coulée dans un moule déjà altéré par un précédent moulage, se distingue un peu plus. Son territoire est plus liquide, son lustre est relevé par une patine. Mais sinon, on pourrait butiner des heures d’une à l’autre sans parvenir à faire l’inventaire de toutes leurs ressemblances et leurs différences.

(Détail)
Printemps 4, de Marc-Antoine Côté

On reconnaît le motif des cubes de bois sur Printemps 5, une masse rocheuse plus près des formes auxquelles Marc-Antoine Côté nous a habitués. Patiemment, il a assemblé la sculpture au fer à souder, comme une courtepointe.

Printemps 5, de Marc-Antoine Côté

La dernière pièce de l’exposition, une tour lumineuse d’où jaillissent des fleurs fraîches et colorées, a été baptisée Fleur. Le vertigineux bouquet, issu d’un projet d’art public qui n’a pas été retenu, a son propre système d’irrigation et est conçu pour durer — comme tout ce que fait d’ailleurs Marc-Antoine Côté.

Depuis 10 ans, on peut admirer la rivière Saint-Charles assis sur ses bancs miroitants, en forme de souches (Le tout reste un peu flou). Sa sculpture Il/Elle n’a pas de nom, monumental astéroïde qui a fait le bonheur de bien des enfants (et des plus grands) à Manif d’art 7, a eu une seconde vie sur le boulevard de la Confédération à Ottawa. Il a créé les troncs au nom poétique que l’ont peut voir à la place des Canotiers (Elle est retrouvée./Quoi? — L’Éternité./ C’est la mer allée/Avec le soleil.) ainsi que Hey Papa t’as vu notre stucpture?, un invitant passage ludique créé avec des enfants de 4 et 5 ans, dans l’arrondissement de la Haute Saint-Charles.

Fleur, de Marc-Antoine Côté

L’exposition de Marc-Antoine Côté se poursuit jusqu’au 28 avril à la Galerie Michel Guimont, au 273, rue Saint-Paul, Québec. Info : marcantoinecote.com

L'après Bloc 5


Marc-Antoine Côté est de ceux qui aiment le bruit, la poussière, les outils, l’atelier dans toute sa fureur et son fracas. Il est le frère d’armes de Ludovic Boney et Jean-Robert Drouillard, qui sont venus lui prêter main-forte pour l’installation des œuvres de son exposition à la galerie Michel Guimont. Il y a maintenant plus d’un an que le Bloc 5, l’atelier de Limoilou où ils ont créé leurs œuvres et fabriqué celles de bien d’autres sculpteurs, n’existe plus. Même s’il a acheté le terrain voisin de l’atelier de Jean-Pierre Morin, toujours dans Limoilou, pour y construire son propre espace de travail, Marc-Antoine Côté est forcé de louer un local industriel dans Saint-Sauveur. «Ça fait deux ans, et je n’ai pas encore été capable de construire. Avec la Ville et le Ministère, c’est l’horreur. On dirait que tout le monde me met des bâtons dans les roues», indique-t-il. Lui qui rêvait d’aller travailler à pied et que ses fils viennent le rejoindre à l’atelier en vélo s’accroche encore à son projet, mais avoue être sur le point de lancer la serviette.