L’artiste a pyrogravé «Zone déserte: Blueberry Beach» sur un grand panneau de bois trouvé en forêt.

Les balades forestières de Marc-Antoine Cloutier

«Consulter une carte / Tenter de s’orienter / De vagues repères.» Marc-Antoine Cloutier a élaboré une méthodologie poétique pour garder les traces de ses expéditions dans un territoire en métamorphose. Avec «Terres isolées: au nord du deuxième lac», présentée à la Galerie d’art du Trait-Carré, il signe une exposition où le paysage est intimement lié à l’écorce, au bois et à la marche en forêt.

Le lieu d’exposition, avec ses murs de bois, ses rideaux de dentelle et son foyer de pierres, cadre très bien avec la production du jeune artiste, qui a raflé (ex æquo) le prix René-Richard 2018 et le prix de La Chambre Blanche lors de l’exposition des finissants en arts visuels de l’Université Laval, l’an dernier.

À la Chambre blanche, il a justement pu explorer un nouvel outil, l’imprimante laser, avec laquelle il a transposé des images sur de l’écorce. D’abord une carte du territoire situé au nord du lac Saint-Joseph, que l’artiste a sillonné pour créer les œuvres présentées. Puis, les étapes de sa recherche, rassemblées en bribes poétiques. Finalement, trois petites photographies des grands sillons creusés dans la forêt (Les rangs, 3 de 7), découpés par la silhouette des conifères. Le triptyque, accroché au-dessus de l’âtre, montre une forêt touffue et texturée, presque comme du velours.


« J’ai une optique de récupération, j’aime que les objets aient du vécu »
Marc-Antoine Cloutier

Sur un grand panneau de bois usé à la corde, où se trouve une tache rouge et des clous tortueux, Marc-Antoine Cloutier a pyrogravé Zone déserte: Blueberry Beach. «C’est une zone déserte, un ancien lac devenu marécage, avec des arbres morts, quelques arbustes, aucune trace d’animaux», décrit l’artiste, qui y a cueilli sur place des échantillons de petits fruits séchés, qu’il a disposés dans des bouteilles de verre sous le paysage désolé.  «Je trouve les panneaux de bois et les contenants de verre dans les maisons abandonnées qu’on s’apprête à détruire. J’ai une optique de récupération, j’aime que les objets aient du vécu», note-t-il. 

Au fil de ses pérégrinations, il a aussi cueilli des bouts d’écorce épaisse, picorés par les oiseaux, et les a disposés sur un socle comme des runes ou un étrange casse-tête. Sur trois autres socles, des morceaux de bois turquoise, tordus comme des vagues, semblent avoir été teints. La couleur insolite est toutefois due à un champignon qui s’immisce dans le bois imbibé d’eau et en décomposition. «J’ai seulement sculpté la pièce à la gouge, en suivant la forme du bois, pour rehausser la couleur. Je me laisse guider par ce qui se trouve sous ma main», souligne Cloutier.

Le parcours géographique proposé dans l’exposition est mis en évidence dans les titres, qui évoquent un lieu précis et un moment particulier et qui incluent la position géographique du territoire représenté. «Pour que les explorateurs ambitieux puissent les retrouver», espère l’artiste. Mais aussi pour ancrer concrètement sa démarche dans ces terres sauvages. 

Lorsqu’il dessine à l’encre de Chine sur de l’écorce, comme pour L’îlot boisé du lac Clair et Les 3 castors du lac à la Roche (le souvenir d’une rencontre imprévue), il cherche à rehausser et à mettre en valeur la couleur du support. Les vues sont minimalistes, mais minutieuses, ancrées dans la matière forestière. Lorsqu’il peint à l’acrylique directement sur le bois ou sur une toile clouée, il déploie les paysages en grands aplats de couleur. «J’essaie de jouer avec une atmosphère chromatique générale, puis, avec des accents de couleurs, je tente de créer un déséquilibre ou quelque chose de plus fantaisiste. Une ambiguïté dans le paysage», explique-t-il. 

Jusqu’au 6 janvier à la Galerie d’art  du Trait-Carré (7985, rue du Trait-Carré Est, Québec). Info sur l’artiste: http://marcantoinecloutier.com