Le tableau Saint-Jérôme entendant les trompettes du jugement dernier, de Jacques-Louis David, est au centre de tractations qui commencent à prendre des allures de chicane Ottawa-Québec.

Le Québec fixé «dans les prochains jours» sur la valeur du «Saint-Jérôme»

La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Marie Montpetit, saura «dans les prochains jours» si le très convoité tableau «Saint-Jérôme entendant la trompette du jugement dernier» de Jacques-Louis David, propriété de la paroisse Notre-Dame-de-Québec, a une valeur patrimoniale qui justifie d’empêcher sa vente à l’extérieur de la province. Sa contrepartie à Ottawa, Mélanie Joly, se tient loin du débat.

«Si on identifie qu’il a une valeur nationale, je procéderai à un classement afin d’éviter que le tableau puisse être vendu, quitte le Québec», a martelé mercredi la ministre en mêlée de presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

La veille, elle avait fait part sur Twitter de la commande : «Compte tenu de l’intérêt patrimonial évident du «Saint-Jérôme» de David, j’ai demandé au @MCCQuebec de l’évaluer en vue d’un classement patrimonial.»

«Je vais avoir des indications très rapides. Ça fait déjà une semaine que la demande a été faite aux experts de l’art au ministère. Donc très rapidement je vais avoir des indications dans les prochains jours à savoir si ça me permet de le classer», a rajouté Mme Montpetit mercredi.

Celle-ci n’a pas caché qu’il s’agit d’une «procédure accélérée» et s’est présentée comme la «gardienne du patrimoine du Québec».

Le Saint-Jérôme, de son petit nom, est au centre de tractations qui commencent à prendre des allures de chicane Ottawa-Québec.

La paroisse Notre-Dame-de-Québec, première paroisse catholique d’Amérique du Nord concentrée dans le Vieux-Québec, veut vendre le tableau pour renflouer ses coffres et a tâté l’intérêt du marché international à l’automne.

Sachant cela, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) a fait part de son intention de l’acquérir et a même inscrit un précieux tableau de l’impressionniste Marc Chagall, «La tour Eiffel», aux enchères pour financer la transaction qui pourrait frôler les 10 millions $.

«La tour Eiffel», de Marc Chagall

Or le Musée de la civilisation du Québec possède un droit de premier refus sur le Saint-Jérôme, qu’il gère depuis des décennies, et compte s’en prévaloir. Une campagne de financement a été lancée de concert avec le Musée des beaux-arts de Montréal. Offre a été faite au MBAC de se joindre au groupe, mais le directeur Marc Mayer refuse net et critique la démarche des institutions québécoises.

Interpellée, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a dit trouver «regrettable» qu’une oeuvre d’art puisse quitter le pays, mais ne compte pas s’ingérer dans les affaires du Musée des beaux-arts du Canada pour respecter son indépendance.  Avec Jean-Marc Salvet et La Presse canadienne

LA SAGA EN CINQ DATES

  • 1779 Jacques-Louis David peint Saint-Jérôme entendant la trompette du jugement dernier
  • 1939 Les collectionneuses Geneviève et Henriette Cramail font don du tableau à la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.
  • 1995 La fabrique de la paroisse Notre-Dame de Québec confie Saint-Jérôme… au Musée de la civilisation, qui en est toujours dépositaire à ce jour. Il est prêté au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. Il y sera exposé jusqu’en 2013.
  • 2016 Saint-Jérôme... est prêté au Musée des beaux-arts de Montréal, où il se trouve toujours. La fabrique Notre-Dame manifeste sa volonté de se départir du tableau et l’offre aux Musées des beaux-arts du Canada, de Montréal et de Québec.
  • 2017 En décembre, le Musée des beaux-arts du Canada dépose une offre d’achat. Pour financer la transaction, le conseil d’administration de l’institution vote pour que la toile La tour Eiffel de Marc Chagall soit mise en vente. À titre de dépositaire de Saint-Jérôme…, le Musée de la civilisation dispose d’un droit de premier refus qui arrivera à échéance en juin 2018.  Geneviève Bouchard