Jeanne Couture et Sarah Bélanger Martel, qui agissent comme guides du Musée ambulantm devant l’œuvre de Josée Landry Sirois

Le musée qui bouge beaucoup

Observer attentivement, réfléchir, utiliser son imagination. Les consignes du Musée ambulant sont claires. «Je leur dis exactement la même chose en résolution de problèmes. Il faut chercher, suivre des étapes, la réponse n’apparaît pas tout de suite», observe Mme Hélène, avant de s’engouffrer avec sa classe dans l’igloo gonflable qui occupe pour la journée le gymnase de l’école de la Ruche-De Lanaudière à Saint-Vallier.

Qu’est-ce qu’un musée ambulant? «Un musée qui bouge beaucoup», répond Clovis, qui semble avoir une réponse à chaque question posée par nos deux guides, Jeanne Couture et Sarah Bélanger Martel. Et il y en a des questions!

Les enfants font le tour du Musée ambulant à la queue leu leu pour jeter un premier coup d’œil à Candy Crane de Pierre et Marie, à la sérigraphie Passer la nuit de Marie-France Tremblay, à la toile Se rendre là de Dan Brault, à l’immense collage de papiers de bonbons de Josée Landry Sirois, à l’ours de Paryse Martin, à Éden 2 d’Anne-Marie Groulx et à Potluck de Colifichet.

Puis, on approfondit. «En passant 15 minutes à s’intéresser à une œuvre d’art, ils en trouvent des choses. On ne les lâche pas, on pousse vraiment leur interprétation le plus loin possible», explique l’habile duo. À la moitié de la période, elles ont déjà trouvé le moyen de retenir la plupart des noms des élèves. 


« En passant 15 minutes à s’intéresser à une œuvre d’art, ils en trouvent des choses. On ne les lâche pas, on pousse vraiment leur interprétation le plus loin possible. »
Jeanne Couture et Sarah Bélanger Martel, du Musée ambulant

Ici, les élèves et les profs activent leurs neurones et leur corps pour apprendre à apprécier des œuvres d’art — un objectif du ministère de l’Éducation qui peut donner du fil à retordre lorsqu’on a déjà huit autres matières à enseigner.

Groupés devant le gros ours de Paryse Martin, les enfants suivent des yeux la main du guide pour bien observer tous les détails. Mimer aide à comprendre comment bouge l’ours ou comment les personnages de la sérigraphie de Marie-France Tremblay ne sont en fait que deux. Debout autour du festin de Noël de Colifichet, ça devient difficile ne pas toucher. Blanche, qui sait tricoter, se voit confier des broches et explique la technique à ses camarades. 

«Dans une autre école, on a eu un enfant dont les parents faisaient de la taxidermie. Il nous a expliqué en détail comment on empaille les animaux», raconte Jeanne Couture. Quand la chasse à l’ours est chose courante dans leur coin, les enfants voient l’œuvre de Paryse Martin d’un tout autre œil… 

Mobiliser la communauté

Installer la structure gonflable de 600 livres n’est pas de la tarte. Pour la transporter à l’intérieur, il faut l’aide de M. Guillaume, le prof d’éduc, et du directeur. La veille, des élèves ont aidé à transporter des bacs de matériel. «Marcher sur l’igloo pour le faire dégonfler a été un gros hit au service de garde», note Jeanne Couture.

Dans la première ville où s’est arrêté le Musée ambulant, les pompiers sont débarqués avec leurs uniformes et la mairesse est venue participer à un atelier de création.

À la table des filles sages et de Mme Julie, qui enseigne aux 5e et 6e, on parle seulement pour se passer les crayons. Chacune s’applique à décorer des silhouettes pour les placer dans une cour de récré en papier.

«Est-ce que j’ai le droit?», demande un garçon qui a bien envie de faire voler son bonhomme dans le ciel. «Pourquoi pas?» répond Marie-Fauve Bélanger, qui donne les ateliers, en alternance avec Catherine-Ève Gadoury. Ici, tout est permis. Ou presque…

Un homme canon qui traverse l’atmosphère, ça va. Mais les flammes qui s’élèvent autour d’un personnage couché sur le terrain de basket, ça risque de bien moins passer. «Quelqu’un peut faire un bonhomme pompier?», lance une fillette à la cantonade. 

«Comme les silhouettes ont des bâtons, et qu’il y a des personnages identiques et différents, les enfants nous ont beaucoup parlé d’intimidation, de groupe, de conformisme», soulignent les animatrices.

La tournée du Musée ambulant se terminera à Grondines, lundi, après avoir visité sept écoles des Commissions scolaires de la Côte-du-Sud et de Portneuf. Les topos des différents médias, dont un article publié dans Le Soleil en août dernier, ont donné une bonne visibilité au projet. «On a eu 32 courriels d’écoles intéressées à nous recevoir», ont compté les créatrices du projet. Ne manque que des fonds.

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LE CASSE-TÊTE DES SUBVENTIONS

Le Musée ambulant suscite l’engouement des élèves, du personnel scolaire et des communautés partout où il s’arrête, mais doit composer avec les aléas du financement public.

Pour acheter l’équipement et effectuer une première tournée, le Musée ambulant a reçu 33 000 $ du Conseil des arts et des lettres du Québec grâce à un appel de projets lancé en octobre 2016. Octobre 2017, Jeanne Couture, la commissaire du Musée ambulant, est prête à soumettre à nouveau, mais on lui répond qu’il faut attendre le prochain budget provincial, en mars 2018. 

Il y a deux ans, le ministère de la Culture a annoncé qu’il verserait au CALQ 5 millions $ par année pendant cinq ans pour des projets dédiés au jeune public. «La première année, on a offert un soutien aux organismes qui avaient déjà un niveau d’activité significatif, puis on a fait un appel de projets», explique Anne-Marie Jean, directrice générale du CALQ. Certains des projets retenus ont été financés entre le 1er avril 2016 et le 1er avril 2017, d’autres, comme le Musée ambulant, ont passé sur le budget de l’année suivante.

Il restait 4,2 millions $ à distribuer lorsque le gouvernement a annoncé au CALQ qu’il pouvait utiliser cette somme pour le soutien à la mission des organismes établis, qui sont financés au fonctionnement plutôt que par projet. Les règles venaient de changer. Et elles pourraient changer encore.

Le 5 millions $ pourraient ne pas revenir. «On reste toujours prudent, mais on n’est pas inquiets», assure Mme Jean. Il pourrait aussi être «libellé» autrement, affecté à autre chose que les projets jeune public. «On le saura en mars», répète-t-on au CALQ. «La première fois, on a eu une réponse en avril. Ça veut dire que, cette fois, on aurait une réponse en... août?, calcule Jeanne Couture. Ça commence à être serré pour organiser une tournée à l’automne.»

Idées en réserve

Qu’à cela ne tienne, le quatuor qui actionne le Musée ambulant a d’autres idées en réserve.

Le dôme gonflable qui abrite le musée sera l’un des cas à l’étude d’un cours qui aborde l’architecture éphémère à l’Université Laval cet hiver. «On va pouvoir soumettre en recherche architecturale», un des programmes «sûrs» du CALQ, pour lequel il n’y pas pas de date butoir. Les artistes soumettent lorsqu’ils sont prêts. Et les quatre filles sont plus que prêtes.

Est-ce que ça nuit d’être un projet un peu inclassable? «On s’adapte au milieu, répond Hélène La Roche, chargée de programme au CALQ. Mais normalement, le Musée ambulant aurait dû être financé par le programme La culture à l’école», qui relève du ministère de l’Éducation. Mais il y a un hic. «Il faut que notre OBNL existe depuis au moins deux ans pour être admissible», indique Jeanne Couture.

D’autres avenues de financement sont envisagées par les créatrices du Musée ambulant. «En voyant l’engouement que ça suscite dans les communautés, on s’est dit qu’on pourrait approcher les Villes et les MRC», indique la commissaire. Sinon, les camps de jour et les festivals ont démontré de l’intérêt, ce qui permettrait d’obtenir des revenus autonomes. «Notre rêve : un soutien du ministère de l’Éducation ou [une] participation au Lab-École, puisque notre initiative est pédagogique et entre dans le cursus scolaire», indique toutefois Jeanne Couture.

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi : Portes ouvertes du Musée ambulant

Quand : Lundi 11 décembre, entre 15h et 17h

Où : Centre des Roches (505, chemin Sir-Lomer-Gouin, Grondines)

Info : museeambulant.com