«L’Atelier» de BGL — photo Le Soleil, Pascal Ratthé

Le meilleur des arts visuels

1) La Manif d’art

Il y a eu un grand déferlement d’art actuel sur Québec au début de l’année avec la Manif d’art, dont le cœur occupait le pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec. La commissaire Alexia Fabre a réellement su rassembler des œuvres d’exception, tout en faisant la part belle aux Québécois. En me remémorant la visite, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant à Mathieu Valade revisitant le générique de Star Wars et à sa licorne installée sur l’avenue Cartier, à la parade échevelée et mystérieuse de Jacynthe Carrier et l’Orchestre d’Hommes orchestre, à L’Atelier de BGL, morceau de leur installation à la Biennale de Venise qui fût acquise par le collectionneur Marc Bellemare en fin d’année, et aussi à cette œuvre finale, blanche et tintante, de Christian Boltanski, qui a fait planter des perches à clochettes sur l’île d’Orléans enneigée.

2) La bande vidéo

En passant en revue les expositions de l’année, je ne puis m’empêcher de remarquer que l’ensemble de la programmation de la Bande vidéo a été exceptionnel de par sa qualité et sa diversité. Carol-Ann Belzil-Normand avait ouvert l’année avec À peu près prêt(e), qui explorait les lignes primitives, la grille, les objets organiques, le cadre et le corps féminin, en vidéo et en céramique. L’illustrateur et cinéaste Patrick Doyon a fait vibrer la ligne claire avec GRRR (Georges Rémi relu et remixé). Mélanie Bédard a rendu hommage aux folles amitiés avec Phase I : Objets Matières, où un tapis et un bouquet de fleurs se faisaient ou s’éclatait sous nos yeux. Jocelyne Alloucherie, première à exposer dans la petite galerie du centre il y a 10 ans, a présenté Géométrie, une promenade solitaire dans des jardins qui semblent découpés à l’x-acto. Thing, d’Anouk De Clercq, nous a fait voyager quelque part entre une ville imaginée et le cosmos. Bref, l’art vidéo a débordé de l’écran et s’est montré particulièrement éclaté au centre d’artiste logé dans la coopérative Méduse.  

3) La rencontre de Cooke et Sasseville

«La rencontre», de Jean-François Cooke et Pierre Sasseville

À cause de sa taille colossale (et surtout de son prix), La rencontre de Cooke-Sasseville, installée au cœur de la place Jean-Béliveau aura beaucoup fait jaser cette année. L’élégante sculpture montrant deux jeunes cerfs un au-dessus de l’autre me plaît plutôt pour sa valeur esthétique et pour la variété des interprétations que l’ont peut en faire. L’arrêt sur image de cette rencontre — métaphorique, narcissique ou acrobatique — donne une touche d’élégance au nouveau parc, rappelle la vocation de l’aréna tout près (mais sans s’y limiter) et peut aussi être perçue comme un joli pied de nez à la construction de 400 millions située juste à côté. 

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QUELQUES EXPOS MARQUANTES

Sous les chatons de Ludovic Boney, Galerie Michel Guimont. Pour sa féérie, le côté tintant, l’installation communautaire, l’œuvre à apporter chez soi.

Adieu la photographie, sous le commissariat d’Hélène Matte, Maison Hamel-Bruneau. Pour avoir montré le déclin et la renaissance fabuleuse du médium.

Confondre l’ordinaire de Gabrielle Boucher, Lieu. Pour le ludisme, les objets humanisés, le quotidien réinterprété.

Étiolements de Myriam Dion, Œil de poisson. Pour le raffinement, le travail patient et intelligent, les ombres, l’actualité cristallisée.

› Collectif Mon autre/Alter ego, Espace Parenthèses. Pour le vivant, le luxuriant, le travail collectif, l’imagination débridée, de la jungle à Krypton.

Dark Watercolours de Daniel Barrow, Galerie 3. Pour l’esthétique victorienne, la noblesse, le mystère, l’humour, la délicatesse, l’ambiguïté féconde.

Horizons, collages sur mur de Wartin Pantois au sous-sol du Cercle. Pour la nordicité, l’inquiétante étrangeté, la charge sociale, le mariage du punk et de la feuille d’or.

ADA de Karina Smigla-Bobonski et 5RNP Étude humaine #1, de Patrick Tresset, au Mois multi. Pour l’interactivité, l’esthétique aléatoire mais soignée, le côté scientifique magique.