Lauréat Marois dans son atelier, devant Les Clairs-Obscurs, le point de mire de sa «zone de contemplation».

Le lent ravissement de Lauréat Marois

Lauréat Marois a été aimé. Beaucoup. C’est sa manière d’expliquer pourquoi il traverse le monde le cœur léger, en observant avec attention ses moindres merveilles, et comment il parvient à créer si finement, en revisitant ses souvenirs, des paysages d’orfèvre.

Son atelier de la Maison Longue, dans Saint-Roch, est vaste, dégagé, ordonné. Sur le bord des fenêtres qui percent le haut du mur du fond, des plantes échevelées créent une muraille verdoyante. Le mur à droite de l’entrée accueille ses séries Les Clairs-obscurs. La murale qu’elles forment est le point focal de «la zone de contemplation». Sur deux grandes tables à roulettes, au centre de la pièce, les tubes de peinture acrylique, les crayons Prismacolor et les petits pots soigneusement identifiés côtoient les carnets et un ordinateur portable.

Deux séries des «Clairs Obscurs»

L’ambiance est douce. Comme dans un coquillage, une métaphore que Lauréat Marois a adoptée pour désigner son lieu de création. «Quand j’entre ici, en quelques minutes, mon énergie est restaurée. Il y a quelque chose d’originel dans le coquillage, qui me fait penser à cet état idéal», explique-t-il.

La métaphore a donné la série Coquillage, où il décline en sept teintes le même collage circulaire, aux allures de tournesol. Il a délibérément préféré ce cercle méditatif à la prévisible spirale d’un vrai coquillage. L’art crée des espaces de liberté, et Lauréat Marois a beaucoup voyagé dans ces contrées.

Une oeuvre de la série «Coquillage»

Le corpus Les Clairs-Obscurs est la pièce maîtresse de l’exposition qu’il prépare à la Galerie Michel Guimont. Il comporte 49 œuvres du même format, soit sept séries de sept. «C’est un grand paysage, une sorte d’autoportrait de ma création, de mon univers créatif», souligne Lauréat Marois.

La première série a été créée en 1994, la dernière était encore inachevée une dizaine de jours avant le vernissage. «Me rendre à 49 est un défi que je me suis lancé, pour voir si j’ai du souffle», indique l’artiste. Alors qu’il vient de célébrer ses 70 ans, sa longue carrière et ses nombreuses œuvres placées dans d’importantes collections témoignent pourtant déjà de son endurance.

L’idée de cette constellation, où il repique des éléments dans ses travaux précédents pour les porter plus loin, est née en visitant une exposition sur les politiques, au Louvre, en 1993. «Les œuvres allaient de la période gothique jusqu’à Ellsworth Kelly. Ça m’avait impressionné et je trouvais ça intéressant de développer une thématique sur plusieurs éléments, sur si longtemps», raconte-t-il.

Une oeuvre des «Clairs-Obscurs»

La Série A s’amorce avec une photographie datant de 1969, à son entrée à l’École des beaux-arts de Québec. «Tout était là, déjà», note-t-il. La composition, la silhouette sombre de l’arbre et la lumière qui irradie du fond de l’image s’affirmeront dans son travail en sérigraphie, qui le fit connaître et qui teinte toujours sa manière de créer, en composant ses œuvres couche par couche.

On trouve des références à Impression soleil levant de Claude Monet, au romantisme qui a nourri sa production des années 80, à un tableau de Lawren Harris du Groupe des Sept, à Vue de Charlevoix de Jean-Paul Lemieux. La lumière, la nature foudroyante et sublime, le quotidien dans ses plus infimes détails, la silhouette des montagnes… tout concourt à créer des paysages de l’étoffe des sensations.

Une oeuvre des «Clairs-Obscurs»

L’amour d’une grand-mère

Il a appris à dessiner en reproduisant des œuvres d’artistes classiques comme Reynolds, Chardin, Georges de La Tour et surtout Vermeer, qu’on connaît notamment pour Jeune fille à la perle. Son coquillage d’alors était la maison de sa grand-mère paternelle, où son frère jumeau Marcel et lui ont passé beaucoup de temps étant enfants. «C’était une femme remplie de poésie. Elle avait un très beau jardin. Elle tissait, elle brodait. Il n’y avait jamais rien d’ordinaire avec elle. Noël, c’était magnifique. Mais surtout, elle nous aimait tellement!» évoque Lauréat Marois.

Elle avait des reproductions des Glaneuses et de L’Angélus de Millet, «des images belles et réfléchies, qui nous influençaient beaucoup, mon frère et moi». Les jumeaux ont des ateliers à la même adresse. «On a des personnalités différentes, on travaille des médiums différents, mais ça reste mon meilleur ami. Tous les jours quand il est à Québec, il s’arrête ici vers 17h, il s’assoit sous la fenêtre et on parle. Pas longtemps, mais faut qu’on se voit.»

Le temps, pour l’un comme pour l’autre, est un élément essentiel du travail artistique, au même titre que la couleur, le papier ou les fils.

En plus de ses Clairs-obscurs et de sa série Coquillage, Lauréat Marois présentera des impressions numériques sur toile (Forêt no1 et no2) et des épreuves numériques sur papier (Conifères no1 et no2). Des images denses, magiques, cueillies au fil de promenades. Les plus observateurs verront une certaine similitude entre «l’impressionnisme fluide» de Forêt et le projet d’intégration des arts à l’architecture que Lauréat Marois a conçu pour la halte routière de Saint-Nicolas. Les conifères vivaient tout près de l’Universite du Québec à Chicoutimi, où enseigne l’artiste, avant d’être abattus. «Je me doutais qu’ils le seraient, mais je suis resté méditatif devant les souches. D’une certaine manière, ils continuent de vivre, je les ai immortalisés.»

«Conifères»

L’exposition De nature et d’infini sera présentée du dimanche 12 mai au 9 juin au 273, rue Saint-Paul, Québec. Info : www.galeriemichelguimont.com