La peintre Corno succombe à un cancer

L'artiste peintre québécoise Corno, qui a rayonné de par le monde, s'est éteinte mercredi au Mexique. Elle était âgée de 64 ans.
Joanne Corneau, de son vrai nom, se trouvait au Mexique depuis un mois pour recevoir des traitements. Elle souffrait d'un cancer de la gorge.
Originaire de Chicoutimi et diplômée de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Corno a mené une carrière prolifique à New York, où elle s'était établie en 1992.
Ses oeuvres, toujours très colorées, sensuelles et inspirées du pop art, ont notamment été exposées à New York, Londres, Paris, Venise, Monaco, Hong Kong, Singapour, Séoul et Dubaï. Elle privilégiait les corps nus et les visages peints de façon énergique avec des couleurs chaudes, d'où se dégageait une énergie sensuelle.
>> Lire notre entrevue avec Corno, réalisée lors de son passage à Québec en 2014
Son frère, le psychanalyste bien connu et écrivain Guy Corneau, a dit être très attristé par la perte de sa soeur, qu'il admirait énormément. Mais du même souffle, il ajoute être «reconnaissant d'avoir pu côtoyer une femme comme ça dans (sa) vie».
Forte, très déterminée, courageuse, «elle a cru jusqu'à la toute dernière minute, jusqu'à hier, qu'elle passerait à travers», a dit M. Corneau. Elle a peu peint au cours de la dernière année.
Il a déclaré en entrevue avec La Presse canadienne que sa talentueuse soeur avait su dès l'enfance qu'elle voulait être peintre. «Elle n'a jamais eu d'autre chose dans la tête que ça», a-t-il relaté.
«Elle a touché beaucoup de monde par son art, et beaucoup de femmes aussi, dans leur affirmation et dans leur droit de vivre avec un talent, de l'affirmer et d'aller jusqu'au bout», a-t-il dit.
Une battante
En 2013, l'artiste a fait l'objet d'un documentaire réalisé par Guy Édoin, qui était devenu très proche d'elle. «C'était une battante. Je sais qu'elle s'est battue jusqu'à la toute fin», a dit le réalisateur en entrevue.
Il se souviendra de sa passion et de son courage, envers et contre tous, avec un parcours qui n'a pas toujours été facile dans un milieu ardu.
«J'ai découvert la passion de Joanne envers son travail, sa dévotion envers son art auquel elle croyait et qui l'habitait totalement.»
La peintre était très appréciée du public, qui aimait beaucoup ses toiles. Cet amour venait d'une combinaison des oeuvres et de la personnalité de l'artiste, qui était très agréable à côtoyer, relève M. Édoin.
Une oeuvre sensuelle
Selon Paul Maréchal, auteur, collectionneur et chargé de cours à l'UQAM en marché de l'art, l'artiste a bouleversé les choses. «C'est une peintre qui est arrivée dans le paysage des arts visuels au Québec au début des années 80 dans un monde dominé par le paysage, la nature morte et un peu par le portrait. Elle proposait une oeuvre sensuelle et gestuelle.»
Elle a été inspirée par le pop art, les couleurs et les gros plans des corps, plus grands que nature, explique-t-il.
Très populaire auprès des collectionneurs, «c'est l'une des artistes qui a le mieux vécu de son art de son vivant», dit M. Maréchal. Et elle a inspiré bon nombre d'autres peintres, en plus d'avoir contribué à éveiller les Québécois aux arts visuels.
Depuis 2006, la galerie AKA à Montréal vendait exclusivement les oeuvres de Corno au Québec.
Le directeur de la galerie, Louis Plamondon, a souligné qu'il s'agissait de l'artiste québécoise la plus reconnue à l'étranger. «Ce qui la démarquait des autres, c'est qu'elle faisait des portraits de gens, toujours avec une âme, souvent par les yeux. Mais immenses: elle aimait les toiles grandioses.»
Il affirme avoir été inondé d'appels jeudi, notamment par des clients qui voulaient acheter une toile le jour même, «en hommage à Joanne». Il a vendu la plupart de ses oeuvres en galerie au cours de la journée, a-t-il précisé.
Le premier ministre Philippe Couillard a transmis sur Twitter un message de condoléances, soulignant que la peintre «lègue une ?uvre riche qui fait la fierté du Québec sur la scène internationale».